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Baromètre Notre Temps: Retraite, ce que veulent les Français, boomers ou pas

Rester tout simplement là où l’on a toujours vécu, ou déménager pour se rapprocher de ses enfants, de la mer… Notre baromètre exclusif, en partenariat avec l’Ifop et le Service public de l’autonomie, confirme les tendances des précédentes éditions. Mais il souligne aussi de nouveaux facteurs de choix, comme le pouvoir d’achat ou la présence de commerces et de professionnels de santé.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°671

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En France avant tout!

L'Hexagone est, de loin, la destination privilégiée par les retraités et futurs retraités. Les régions densément peuplées ont toujours le vent en poupe ; le soleil et la mer attirent aussi.

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Dans quelle région souhaitez-vous passer votre retraite?

  • La France est le lieu de retraite voulu par près de 9 Français sur 10. Un choix qui se renforce avec l'âge (94% des 75 ans et plus). "À ce niveau d'unanimité, c'est une singularité française, précise François Legrand de l'Ifop. Dans des études équivalentes menées au Royaume-Uni, la tentation de l'expatriation est bien plus élevée." Pour les Français, la retraite semble ainsi vécue comme une étape de vie à accomplir chez soi, plutôt que comme une rupture. Dans le détail, les catégories populaires et les habitants de l'Île-de-France semblent les plus intéressés par l'étranger.
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et Île-de-France sont les deux localisations les plus envisagées pour la retraite (ce sont aussi les régions les plus peuplées, sachant que la majorité des répondants souhaite rester vivre là où ils sont déjà). Mais PACA, qui occupe la première place globale et séduit en particulier les 50-64 ans, bénéficie sans doute d'un petit bonus soleil. Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie suivent de près. La Bretagne chute par rapport à notre baromètre 2023.

La retraite idéale pour vous, c'est...

Profiter des enfants et de la mer, c'est le rêve. Mais, plus étonnant, l'idée d'une grande maison avec des copains séduit aussi.

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Si vous ne deviez tenir compte d’aucune contrainte, où aimeriez-vous vivre votre retraite?

  • Globalement, "vivre près de chez ses enfants mais dans son propre logement" est le premier choix pour une retraite de rêve, en particulier pour les… jeunes (41%).
  • Le bord de mer arrive ensuite (ces vœux pouvant se cumuler), en particulier pour les 65-74 ans et les hommes retraités, ainsi que les chômeurs.
  • À partir de 65 ans, le désir de voyage recule nettement.

Ce qui vous motive vraiment: Vouloir passer sa retraite là où l’on habite déjà? Tout dépend de son lieu de vie.

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Qu’est-ce qui comptera le plus pour choisir le lieu de votre retraite?

Comme pour les éditions précédentes, rester où on est (parce qu'on s'y sent bien) compte le plus dans le choix des Français. Sauf chez les moins de 35 ans qui veulent d'abord "partir pour réaliser un projet".

  • La région parisienne suscite le moins de fidélités: ses habitants veulent davantage se lancer dans une nouvelle aventure ou retourner dans leur région d'origine. À l'inverse, c'est dans le Nord-Ouest et les communes rurales qu'on souhaite le plus rester sur place.
  • Depuis notre premier baromètre, le fait de se rapprocher de ses enfants devient de plus en plus important.

Pouvoir d’achat, environnement… Ça compte!

Avant de décider de leur lieu de vie, certains retraités ou futurs retraités regardent à deux fois, surtout si ce dernier risque d'être impacté par le changement climatique, ou si la vie y est chère.

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Le coût de la vie sur place et le changement climatique affectent-ils votre choix?

Le coût de la vie, facteur de choix que nous évaluons pour la première fois, est déterminant chez les moins de 35 ans et chez les actifs en général (88% et 85%). Et il peut motiver le choix du lieu où passer sa retraite.

  • Le souci du pouvoir d'achat, sans doute lié à la crainte de faibles pensions, semble s'apaiser avec l'âge (25% chez les plus de 75 ans), en partie parce que leur choix est déjà opéré.
  • Les catégories supérieures ne sont pas épargnées par cette crainte (81%), tandis que les plus populaires en font un critère de choix moins déterminant.
  • Concernant le changement climatique et ses risques, les moins de 35 ans se montrent les plus concernés, à 76%. Mais toutes les catégories d'actifs y prendront garde au moment de choisir leur lieu de retraite (de 67% pour les catégories intermédiaires à 75% pour les cadres). À Paris et en Île-de-France, on en tiendra plus compte qu'ailleurs (67% et 65%). En revanche, dans les régions exposées à la montée des eaux et au recul du trait de côte (Sud-Ouest, Nord-Ouest), on ne note pas plus de préoccupations que la moyenne.

En pavillon, mais plus seulement

Avec l'âge, l'idée d'un appartement se substitue de plus en plus à celle du pavillon. D'autres formules d'habitat collectif émergent aussi dans les réflexions.

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Quel type de logement souhaiteriez-vous pour votre retraite?

Le rêve d'une retraite pavillonnaire recule, sauf pour les plus jeunes (81 %), tandis que les plus de 75 ans cherchent davantage que la moyenne un appartement (31% contre 21%) mais aussi un habitat partagé, solution qu'ils identifient bien plus que les autres générations.

Dans ce cas, ils sont davantage tentés par la colocation entre seniors qu'avec des générations différentes. Une partie des moins de 35 ans se disent aussi séduits par les nouvelles formules collectives, qui se multiplieront sans doute dans les décennies à venir.

  • Plus d'un Français sur cinq envisage aussi une résidence autonomie ou services, alors que l'Ehpad n'apparaît pas dans les vœux.

Les préférences semblent tenir aussi à la sociologie locale: dans les communes rurales, on est plus intéressé que la moyenne par les formules collectives, résidence autonomie et colocation seniors en particulier. Cette dernière formule séduit notamment dans le Nord-Ouest.

Un impératif: des commerces et des médecins

Pouvoir faire ses courses facilement et avoir son médecin près de chez soi, voilà qui rassure.

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Quels sont les services de proximité qui seront les plus importants pour vous au moment de votre retraite?

"Jamais sans mes commerçants", disent les sondés; les cabinets médicaux et hôpitaux arrivent ensuite. Une préférence marquée chez les 50-64 ans mais qui s'inverse à partir de 65 ans, l'offre de santé devenant alors prioritaire. La présence de services de soins à domicile arrive loin derrière, même pour les plus de 75 ans. En cas de perte d'autonomie, l'aide à domicile professionnelle est pourtant souhaitée par toutes les générations, nettement devant les proches.

Se décider, oui, mais pas trop tôt

Tout quitter? Aménager son logement? On y pense le moment venu.

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Selon vous, à quel âge réfléchirez-vous à l’endroit ou à la région où vous préféreriez vivre votre retraite?

  • C'est toujours entre 60 et 64 ans qu'une majorité de Français se prépare à choisir son lieu de retraite (45%). Une réflexion qui demeure marginale avant la cinquantaine. Mais, par rapport à notre édition précédente, on y pense de moins en moins entre 50 et 59 ans (28% contre 36% en 2020) et de plus en plus à 65 ans et au-delà (de 7% en 2020 à 16 % aujourd'hui).
  • Et les Français envisagent-ils d'aménager leur logement en prévision d'une perte de mobilité (chambre au rez-de-chaussée, salle de bains adaptée…)? Ils y pensent de plus en plus tardivement (68 ans en moyenne contre 67 ans en 2020). Si l'on pose spécifiquement la question du moment d'éventuels travaux aux 75 ans et plus, cette réflexion arrive même à l'âge moyen de 80,9 ans.

Serge Guérin: "Les nouvelles générations de retraités s’ouvrent à des modes de logement innovants"

Cette édition de notre baromètre témoigne d'une cohérence dans la réflexion des retraités et futurs retraités. Je mettrais par exemple le recul du souhait de vivre – ou de continuer à vivre – en pavillon pour les plus de 65 ans (lire page suivante) en relation avec la question du pouvoir d'achat. Les coûts associés à une maison individuelle peuvent devenir importants. N'oublions pas que la première demande de service à la personne concerne le jardin. Si celui-ci devient d'abord une dépense et que son entretien ne peut plus être un plaisir, il renvoie aussi le propriétaire à l'idée de son propre vieillissement. La question de la sécurité joue aussi sans doute en partie dans le choix de l'habitat collectif.

Par ailleurs, les nouvelles générations de retraités ont souvent vu leurs enfants ou petits-enfants vivre en colocation, et sont prêtes à examiner ces solutions. Je pense que cette tendance va s'amplifier dans les années à venir. Enfin, n'oublions pas que si 75 % d'entre eux sont propriétaires de leur logement, une bonne part des autres habitent en HLM. Et ils sont volontiers séduits par les formules d'habitat partagé, parfois promues par leur bailleur social. De la même façon, la réticence à revenir dans sa région d'origine me semble tenir à deux autres résultats du baromètre. D'une part, le souhait majoritaire de rester où on vit: c'est notamment pour conserver ses relations de voisinage et ses amis.

On se refait moins facilement des amitiés quand on vieillit. D'autre part, le souhait de conserver des commerces à proximité domine aussi: il s'agit de lieux de sociabilité importants. Or de nombreuses localités, d'où peuvent être originaires ces sondés, sont touchées par la désertification, privées de leurs commerces ainsi que de médecins. Par ailleurs, on note peut-être à travers ces réponses une forme d'échec de la communication sur les services de soins à domicile. Ils seront cruciaux, mais sont aujourd'hui encore mal identifiés.

Maëlig Le Bayon: "La lutte contre l’isolement est le grand sujet

La priorité des retraités n'est pas seulement de rester chez eux le plus longtemps possible, aussi de ne pas vivre seuls. De nouvelles formes d'habitat collectif peuvent y répondre, explique le directeur général de la branche autonomie Maëlig Le Bayon.

Comment le Service public de l'autonomie, notre partenaire sur cette enquête, envisage-t-il la question du logement des Français âgés?

Nous construisons aujourd'hui des solutions pour l'avenir, en tenant compte de la transition démographique. 1,3 million de personnes sont en perte d'autonomie ; elles seront quelque 500000 de plus en 2040. Le baromètre indique que 95 % des 75 ans et plus souhaitent vieillir à domicile: parvenir à une connaissance fine de ce que veulent les Français, en particulier de 75 ans et plus, est prioritaire.

En l’occurrence, les 75 ans et plus envisagent un appartement classique mais aussi un habitat partagé bien plus volontiers que les autres générations…

Les Français aspirent à ne pas être seuls. La lutte contre l'isolement est le grand sujet face à davantage de divorces, à des aidants familiaux plus éloignés… En effet, les résidences ou habitats partagés ou inclusifs (avec des espaces communs et la possibilité de partager un projet de vie avec d'autres), l'accueil familial ou la colocation intergénérationnelle apparaissent dans les choix des personnes interrogées. Ces nouvelles manières d'habiter permettent d'être chez soi sans être seul et d'optimiser les trajets des médecins généralistes ou des professionnels de l'aide à domicile, leur assurant ainsi une présence plus efficace. Enfin, cela démontre qu'il est possible de se lancer dans un nouveau projet de vie à 75 ans ou plus.

Comment mettre en œuvre une offre à la mesure des besoins?

Pour construire une offre là où vivent les Français, nous devons parler aux maires, les aider à bâtir un diagnostic et soutenir des projets qui correspondent aux lieux. Construire une offre de masse n'est plus envisageable. Dans l'habitat intermédiaire, des capacités d'une quinzaine de personnes – avec des espaces communs pour cuisiner ensemble, par exemple – sont une solution souhaitable. Pour les résidences autonomie, qui sont des appartements avec des espaces de vie collectifs, une taille critique pour l'équilibre financier de l'établissement est nécessaire mais, en rénovation comme en création, la formule peut être revue, par exemple en réduisant les grandes salles à manger réfectoires qui ne sont plus recherchées, au profit d'espaces plus conviviaux. L'habitat partagé ou inclusif, localisé en cœur de bourg ou dans les quartiers d'habitations, et où on peut mutualiser des prestations comme l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) est une bonne solution en zone rurale. Aujourd'hui, plus de 200000 personnes ont déjà choisi ces types d'habitat.

Les Français se préparent-ils à vivre longtemps, parfois en perte d'autonomie?

Maëlig Le Bayon: Ils se projettent peu. Dans les faits, on s'intéresse à la perte d'autonomie quand elle survient. L'âge moyen de réflexion sur l'aménagement du logement révélé par le sondage est supérieur à 80 ans: c'est trop tard. Ce sont les chutes et accidents qui peuvent conduire à l'hospitalisation, à la perte d'autonomie voire à l'Ehpad. La prévention est une question centrale: l'activité physique, l'alimentation, le lien social sont essentiels pour anticiper cette nouvelle étape de vie. L'enjeu est aussi de connaître les coûts de l'adaptation du domicile, et ceux des alternatives qui existent pour un nouveau logement plus adapté ou pour un hébergement dans un établissement, et les aides disponibles. Il nous faut un grand rendez-vous national sur l'autonomie, dans l'esprit de ce qui a été fait sur la retraite. D'ores et déjà, notre site (pour-les-personnes-agees.gouv.fr) rassemble ces informations: lieux, tarifs, aides financières…

Cette enquête a été menée du 13 au 19 mai auprès d'un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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