Les personnes âgées, ces oubliées des quartiers populaires

À l'heure où les baby-boomers sont montrés du doigt comme étant des “profiteurs” soucieux de leur “confort”, il est intéressant de mettre en lumière une catégorie de retraités, tout sauf privilégiée, ceux dont on dit qu'ils gagnent une “petite retraite”. Ces hommes et ces femmes, aux revenus faibles, vivent dans des quartiers populaires et ne sont probablement pas partis en congés. Ils n'ont pas quitté leur logement, qu'ils occupent souvent depuis de longues années et qui devient de moins en moins adapté à leur condition physique. Un document publié en 2025 par les Petits Frères des pauvres, intitulé Paroles de vieux de banlieue et vieux de quartier, met à jour des chiffres, des réalités parfois méconnues, et donne à lire des témoignages poignants.

Dans ce qu'on appelle les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) et l'habitat social, la population des personnes âgées est en hausse constante depuis les années 1990 et représente aujourd'hui plus de 18% des habitants. Plus de 30% des locataires HLM ont 60 ans et plus, plus de 11% ont plus de 75 ans, et 67% des plus de 65 ans y vivent seuls. C'est un fait, les quartiers vieillissent, alors qu'ils sont souvent représentés, notamment dans les médias, peuplés de jeunes gens.

À ce vieillissement s'ajoutent, dans ces habitations, des risques majorés d'isolement et de perte d'autonomie. “La plupart de ces logements ont été construits dans les années 1960-1970, et une partie non négligeable d'entre eux est difficilement ou non adaptable, avec par exemple des coursives ou des demi-étages, des parties communes inadaptées”, déplore Thierry Asselin, directeur des politiques urbaines et sociales de l'Union sociale pour l'habitat.

Pourtant, ces habitants âgés, dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté, préfèrent souvent rester à domicile, même lorsque celui-ci ne correspond plus à leurs besoins. Bien que la majorité des personnes (77%) interrogées se disent “satisfaites de leur logement”, elles sont nombreuses à pointer les difficultés ou motifs d'insatisfaction dus, entre autres, à la mauvaise isolation et aux pannes récurrentes d'ascenseur. “Il y a un ascenseur pour 84 locataires, et il est toujours en panne” (Michel, 65 ans). “Je suis au 4e étage et il n'y a pas d'ascenseur. Je n'ai plus la force de gravir les quatre étages” (David, 80 ans). Le rapport fait état d'une forte demande d'adaptation du logement: “Je veux rester autonome le plus longtemps possible dans mon appartement, mais la douche est inadaptée, les prises de courant ne sont pas à la hauteur souhaitée et le balcon est compliqué d'accès” (Luce, 79 ans).

De la même façon, si 74% des répondants se disent “satisfaits de leur quartier”, ils sont nombreux à exprimer de vives critiques sur leur environnement, l'offre de services, d'équipements, de transports; à déplorer l'insécurité et les dangers des déplacements extérieurs. “Il n'y a pas suffisamment de commerces à proximité. Tout a fermé. Avant il y avait une librairie, un coiffeur, un bureau de poste” (Christiane, 91 ans). “Il manque un parc pour les enfants et les personnes âgées” (Marie-Claire, 63 ans). “Il n'y a plus de bancs publics” (Maud, 77 ans). “Les docteurs ne se déplacent pas à domicile” (Victor, 75 ans). “Mon quartier est très cosmopolite, ça me plaît, mais il y a des bagarres nocturnes et des points de deal” (Marie-Noëlle, 77 ans).

Conséquence, dans cette catégorie de population, la perte d'autonomie en dehors du logement est précoce: 40% des répondants sont concernés, dont la moitié a moins de 80 ans. Avec le risque associé, pour les moins autonomes, d'être assignés à résidence, autrement dit de ne plus sortir de chez eux.