Autour du berceau et des nouveaux-nés, les temps changent
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672
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"Ma belle-fille devrait laisser pleurer sa fille"
"Ma petite-fille de 4 mois pleure beaucoup, en fait dès qu'elle n'est pas dans les bras. Je vois ma belle-fille s'épuiser à l'avoir toujours contre elle en porte-bébé. Je me suis permis de lui dire que peut-être, elle devrait la laisser pleurer de temps en temps. Elle a réagi vivement en m'expliquant qu'elle savait ce qui était bon pour sa fille, qu'elle avait besoin de proximité physique. Je n'en suis pas sûre, je crois plutôt que ses parents l'ont habituée à ça…"
Ludivine, 63 ans
En trente ans, les pratiques en matière de puériculture ont énormément évolué, influencées par des découvertes scientifiques sur le fonctionnement du cerveau des bébés et sur la façon dont s'installe l'attachement. "Aujourd'hui, il est recommandé aux parents d'avoir un maternage proximal, c'est-à-dire d'être très à l'écoute des besoins de leur bébé dans ses premiers mois de vie et de privilégier la proximité physique (portage, bercement) afin de le rassurer", explique Clémence Pernoud, petite-fille de Laurence Pernoud, célèbre autrice de livres de puériculture. Elle cosigne en 2025 une nouvelle version des deux best-sellers de Laurence Pernoud, J'attends un enfant et J'élève mon enfant, éd. Albin Michel. Une évolution parfois difficile à comprendre par certains grands-parents qui, lorsqu'ils étaient eux-mêmes jeunes parents, ne craignaient pas de laisser pleurer leur tout-petit dans son berceau. Parce que c'est ainsi que l'on faisait à l'époque! "Ces nouvelles méthodes peuvent être vécues par ces grands-parents comme une menace, une remise en cause de la manière dont ils ont exercé leur propre parentalité. Ils peuvent alors s'en défendre, pas toujours consciemment, en adoptant une attitude assez critique et jugeante vis-à-vis de la jeune génération", constate Mathilde Bouychou, psychologue, spécialiste en périnatalité, autrice du podcast Parentalité(s) - Éduquer, c'est comprendre et du livre Désir d'enfant, éd. Solar.
"Donner le bain tous les jours? Ils estimaient que ce n'était pas indispensable"
"Au départ, mon fils et sa femme ne donnaient le bain qu'un jour sur deux à leur bébé. Ils estimaient que cela n'était pas indispensable de faire plus. Cela me semblait dommage car la plupart des bébés apprécient beaucoup ce moment de détente dans l'eau. Surtout, c'est très efficace pour calmer les coliques. J'en ai parlé avec eux. Dans un premier temps, je les ai sentis un peu sur la défensive et puis, au fil des jours, j'ai constaté qu'ils donnaient le bain plus souvent."
Brigitte, 60 ans
Ici, chacun a ses arguments, tous défendables! "On sait aujourd'hui qu'il n'est pas judicieux de baigner chaque jour un nourrisson car l'eau est trop dure et agressive vis-à-vis de son microbiote cutané. Mais d'un autre côté, le bain peut effectivement apaiser les douleurs digestives chez certains bébés", note Clémence Pernoud. Heureusement, des différences de points de vue ne conduisent pas systématiquement à un conflit.
"Cette grand-mère a su partager son expérience sans émettre de jugement négatif sur les jeunes parents, avec une réelle bienveillance et sans chercher à imposer sa vision. Et parce qu'ils ne se sont pas sentis désavoués, à un moment où ils ont tout à découvrir de leur nouveau rôle et sont donc dans une certaine fragilité, ces parents ont pu entendre la proposition qui leur était faite", analyse Mathilde Bouychou. Avoir plusieurs générations qui se penchent sur son berceau, dans un esprit collaboratif, c'est tout bénéfice pour un bébé!
"Ils emmaillotent leur bébé et cela m'inquiète"
"Ma fille et mon gendre ont remis au goût du jour une technique de puériculture que je pensais tombée en désuétude: ils emmaillotent leur bébé. Cela m'a beaucoup étonné, ma femme et moi n'avons jamais fait cela pour nos propres enfants. Les jeunes parents nous expliquent que ça aide notre petit-fils à dormir. Mais je suis inquiet car j'ai vu sur internet que cela peut favoriser la mort subite du nourrisson. J'hésite à leur en parler…"
Simon, 55 ans
Quelle surprise de voir ressurgir un usage que nous pensions d'un autre temps, associé dans notre esprit au maternage du XIXe siècle. "Tout n'est pas à jeter dans l'histoire de la puériculture! L'emmaillotage est aujourd'hui largement validé par des études scientifiques. C'est un excellent moyen pour offrir aux bébés, après leur naissance, une continuité avec l'expérience sensorielle vécue in utero. Et ainsi leur apporter de la sécurité", développe Mathilde Bouychou. À condition bien sûr que ce geste soit pratiqué en toute sécurité, sans que le bébé soit trop serré et pas au-delà de quelques mois.
"En évitant d'induire de l'anxiété chez les jeunes parents, les grands-parents peuvent amorcer une discussion en utilisant le mode interrogatif: est-ce la sage-femme ou le médecin qui t'a fait cette recommandation? Un professionnel de santé t'a-t-il montré comment procéder?" conseille Clémence Pernoud. Car en matière de puériculture, n'importe quel "tuto" visionné sur les réseaux sociaux ne peut suffire comme source d'information.
"Ma fille a pensé que je ne souhaitais pas m'investir"
"Quand mon petit-fils est né, je n'osais pas le prendre dans mes bras, j'avais l'impression de ne plus du tout savoir faire avec un nouveau-né. Constatant ma réserve, ma fille ne l'a pas très bien pris, elle a pensé que je ne souhaitais pas m'investir. C'était tout le contraire! Je lui ai donc confié mes craintes et c'est elle qui m'a rassurée sur mes capacités à pouponner, encouragée à sauter le pas. Et effectivement, les bons gestes sont revenus très vite."
Béatrice, 59 ans
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Heureux sont les mots qui permettent de lever les malentendus! "Cette grand-mère a bien fait de dire ses doutes: exprimer ses ressentis propres ne constitue en aucune sorte une attaque de l'autre et facilite donc le dialogue", souligne la psychologue. Un autre élément a probablement encouragé cette saine communication: une forme d'humilité affichée par la nouvelle grandmère. "Elle n'arrive pas en terrain conquis, prétendant tout savoir sur les bébés, sous prétexte qu'elle-même a eu des enfants. N'ayant peut-être plus été en contact avec des nourrissons depuis trente ans, elle admet avoir besoin d'un temps de réadaptation", observe Clémence Pernoud.
Rien n'empêche non plus les grands-parents de solliciter un "guidage" auprès des jeunes parents. Pour se remettre plus facilement le pied à l'étrier, et aussi pour être sûrs d'être en phase avec leurs attentes. "Il est toujours intéressant de s'inscrire dans une attitude d'ouverture et de désir de comprendre. Ainsi, les grands-parents peuvent questionner les jeunes parents sur telle ou telle pratique dont ils ne comprennent pas exactement le sens", propose Mathilde Bouychou.
"Avec ma mère, j'ai été obligée d'être catégorique"
"Quand mon fils est né, ma mère contestait toutes mes manières de faire. Pire, elle remettait en cause le couchage sur le dos en prétendant qu'elle m'avait couchée sur le ventre et que je n'en étais pas morte! J'ai été obligée d'être catégorique: soit elle respecterait mes consignes pour s'occuper de mon bébé, soit je ne lui donnerais pas à garder. Cet ultimatum a mis fin à ses critiques et nous avons réussi à trouver un modus vivendi."
Charlotte, 33 ans
Il est des sujets sur lesquels les jeunes parents n'ont pas à transiger. Le fait de coucher un bébé sur le dos pour lutter contre le risque de mort subite du nourrisson en est un, car largement documenté par la science. Ce n'est ni une "mode" ni un "caprice"! "Face à l'attitude de toute-puissance et de provocation de sa mère, cette jeune femme a été très courageuse de poser une limite claire et sans appel. Cet épisode lui a d'ailleurs sans doute permis de devenir pleinement adulte, l'accès à la parentalité lui ayant donné le ressort nécessaire pour s'affirmer et s'individualiser par rapport à sa mère", décrypte la psychologue.
"Devenir parent constitue une lourde mission, on ne peut s'encombrer de relations toxiques à ce moment-là de sa vie. Mieux vaut donc couper court si nécessaire, au moins temporairement, quitte à renouer plus tard sur des bases plus sereines", insiste Clémence Pernoud. Ici, cette grand-mère a eu la sagesse de ne pas persévérer dans la confrontation. Gageons que le désir profond de ne pas être privée de son petit-fils et de construire avec lui une jolie relation a pesé dans la balance…
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