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Pour Yves Muller, protéger les oiseaux, ça compte

L’observation et la défense des oiseaux, c’est une passion de longue date pour Yves Muller, 72 ans, ancien professeur de math. Devenu un naturaliste chevronné, il milite plus que jamais pour les trésors ailés de notre faune sauvage.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672

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Une cigogne, élégante, de noir et blanc vêtue. Elle nous observe, le pas suspendu, au coin d'une allée. Rien de surprenant, nous sillonnons le parc de l'Orangerie de Strasbourg, ville d'élection de ces grands volatiles, en compagnie d'Yves Muller qui les connaît bien. Il nous apprend que leur présence est en progression, avec 1 600 couples en Alsace à l'heure actuelle, contre une dizaine seulement dans les années 1970. Il en sait quelque chose, pour avoir supervisé leur comptage dans le Grand Est l'an dernier. Ce professeur de maths à la retraite, vice-président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), est arrivé des Vosges du Nord afin d'assister au lancement d'un centre dédié à la cause animale, créé pour remplacer l'ancien zoo de la ville. Il s'apprête à donner une conférence sur la cigogne blanche. Transmettre sa passion, sensibiliser à la préservation des espèces fragiles: à 72 ans, c'est un rêve qu'il vit plus que jamais.

Une fascination qui se transforme en thèse

"Les oiseaux m'ont toujours fasciné. Cela me vient sûrement des vacances passées en pleine campagne vosgienne chez ma marraine quand j'étais petit. Je me suis attaché à ce lieu, et je suis venu y vivre après mes études de maths, pour enseigner au collège et au lycée de Bitche, à l'extrême nord-est du département de la Moselle", nous explique Yves. Il habite non loin, en pleine nature, dans le village d'Éguelshardt, où ses enfants ont grandi. C'est un lieu idéal d'observation des oiseaux de la région, qu'il aime sillonner en empruntant les sentiers forestiers, à l'écoute du chant des merles, des grives, des mésanges, des pics…

Sa démarche est peu à peu devenue scientifique, avec la rédaction d'une thèse sur l'avifaune forestière nicheuse des Vosges du Nord. Autrement dit, sur l'ensemble des oiseaux du coin, dont certains retiennent tout particulièrement son attention: notamment les chouettes, auxquelles il voue une tendresse toute particulière. "Je me suis d'abord passionné pour l'effraie pendant une dizaine d'années. J'ai observé et bagué près de 4 000 individus, avant de repérer la chouette de Tengmalm, une petite espèce montagnarde, tout près de ma maison", raconte-t-il avec enthousiasme, nous montrant des photos de l'adorable chouette moussue, tachetée de blanc. Une vraie découverte, car l'oiseau n'avait jamais été entendu dans les Vosges du Nord. Quelques années plus tard, c'est au tour de la chevêchette, encore plus rare. Il a fallu émettre son cri – d'abord grâce au magnétophone, puis en apprenant à l'imiter en siffl ant – pour l'attirer et mieux l'observer, à la tombée de la nuit.

Chouette chevêchette d’Europe Dézoomer
© Yves Muller

Un naturaliste prof de maths et marathonien!

Yves Muller est l'auteur de plus de cent publications scientifiques sur les oiseaux forestiers. Il a décroché des contrats pour mener des études, mais il est resté toute sa vie professeur de mathématiques, à temps partiel par moments, et en a profité pour susciter l'intérêt des élèves, attirés par son club d'observation des oiseaux. "Je les ai même emmenés un jour en camp nature, ils ont pu ainsi mieux les voir. C'est l'un de mes plus beaux souvenirs d'enseignant", assure-t-il. Et les maths? La rigueur de la discipline lui a servi dans sa vie parallèle de naturaliste.

Sa femme Marie-Josée, ses deux enfants et ses trois petits-enfants se prêtent au jeu, en l'interrogeant sur des photos d'oiseaux prises à la volée, mais sans s'investir autant que lui. Sa fille a plutôt opté pour l'apiculture, devenue son hobby. Il faut dire qu'Yves n'est pas facile à suivre dans ses longues randonnées, surtout quand il court. Car le running est son autre passion: il a une quinzaine de marathons et quelques ultra-trails (comme L'Ultra-Trail du Mont-Blanc et la Diagonale des Fous, à la Réunion!) à son actif. Difficile d'y croire, à l'entendre parler des petites chouettes tranquilles de montagne, qu'il continue de pister. "J'ai toujours aimé relever des défis", confie-t-il. Essayant de concilier ces échappées sportives avec ses missions d'observation, il enregistre les cris entendus et note les plumages aperçus

Président de l'antenne régionale de la LPO

Depuis qu'il est à la retraite, il a un peu moins le temps d'arpenter les forêts à la recherche des chevêchettes cachées. Normal, il tente de relever de nouveaux challenges, plus collectifs, toujours pour la protection des oiseaux. La présidence de la LPO Alsace et la vice-présidence de la LPO France lui demandent beaucoup de disponibilité, de même que la présidence d'Odonat (l'Office des données naturalistes) Grand Est… "Je n'ai pas hésité à manifester, récemment, pour la préservation des prairies, contre l'agriculture intensive, pour sauver le petit courlis cendré, un bel oiseau au long bec devenu trop rare", ajoute-t-il. Il invite chacun à le rejoindre sur l'application NaturaList afin de faire part de ses observations de la faune sauvage, histoire d'aider à ouvrir les yeux sur ses merveilles et mieux protéger notre précieuse biodiversité

Enve de protéger les oiseaux?

Trouver le centre LPO le plus proche de chez vous

en allant sur lpo.fr, où vous pourrez également suivre les activités de la ligue et avoir des infos pour sanctuariser un terrain.

Télécharger l'appli gratuire naturalist  sur votre smartphone à partir du site faune-france.org. Vous pourrez transmettre vos données, informer, alerter sur la faune observée directement sur place.  

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