COP 30 de Belém: Pourquoi la forêt est un espace sensible en danger à protéger?
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps Santé & Bien-Être
À quoi va servir cette nouvelle COP?
Une COP de plus diront d'aucuns… Oui, mais avons-nous d'autres choix que de rappeler l'urgence de préserver les forêts du monde afin de leur permettre d'assurer leur fonction de résilience climatique et de protéger les populations par la même occasion? Le point avec Stéphanie Mansourian coauteure de Forest Landscape Restoration (éd. Routledge), collaboratrice scientifique aux universités de Lausanne et Genève, en Suisse, et Plinio Sist, directeur de l'unité de recherche Forêts et sociétés au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et auteur de Exploiter durablement les forêts tropicales (éd. Quae).
La forêt, un acteur de la santé
Les forêts jouent un rôle clé dans l'équilibre écologique global. Elles abritent les écosystèmes les plus riches en biodiversité, piègent le CO2 à hauteur de 15,6 milliards de tonnes par an grâce à la photosynthèse et produisent de l'oxygène. Si elles ne compensent pas toutes les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, elles sont essentielles pour limiter le réchauffement climatique. Dans son dernier rapport, Forêts et arbres pour la santé humaine (2023), corédigé par Stéphanie Mansourian, l'Union internationale des organismes de recherche forestière (IUFRO) a rappelé leur potentiel pour la préservation de la santé physique, psychologique et sociale des populations.
Les experts rappellent leurs effets positifs sur le développement neurologique des enfants, la dépression, les troubles anxieux, le vieillissement cognitif et l'espérance de vie. Les forêts sont également de formidables armoires à pharmacie: elles fournissent de nombreuses ressources pour se soigner, les plantes médicinales qui en proviennent assurant des soins de santé primaires à 70% de la population mondiale. "Près des deux tiers des plantes identifiées comme ayant des propriétés anticancéreuses par l'Institut national du cancer américain sont originaires des forêts tropicales. On estime en outre que 25% des médicaments utilisés par la médecine occidentale sont issus des composés chimiques produits par les espèces de ces régions, et il y a encore beaucoup à explorer", note Plinio Sist. La course à la découverte a d'ailleurs pu générer une forte pression sur les ressources et sur les populations locales détentrices de précieuses connaissances. Depuis sa création en 2010, le protocole de Nagoya sur "l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation" (APA) est censé réglementer l'exploitation de la biodiversité. Mais son adoption et son respect s'avèrent inégaux.
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Quelques héritages pharmaceutiques tropicaux venus des forêts du monde entier
• La quinine, issue de l'écorce de quinquina des Andes, contre le paludisme.
• La physostigmine (ésérine), à partir de la fève de calabar d'Afrique, contre le glaucome.
• La vincristine, extraite de la pervenche de Madagascar, utilisée en chimiothérapie contre certains cancers.
• La calanolide A et B, provenant d'arbres rares de la forêt du Sarawak, en Malaisie, contre le VIH.
Source: l'ONG Forest Stewardship Council.
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Exploitation intensive, feux de forêt, nouvelles maladies... Un potentiel menacé
Ce réservoir thérapeutique est menacé par la fragilisation des écosystèmes forestiers. "Et leur disparition s'est accélérée, avec une perte de 10 millions d'hectares de forêt (soit 2,5 fois la Suisse!) chaque année entre 2015 et 2020", s'inquiète Stéphanie Mansourian, citant les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les zones les plus touchées sont, en Amérique latine, le Brésil, la Bolivie, le Mexique et le Nicaragua, et, en Afrique, le Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon. Mais les forêts des pays du Nord (Canada, Russie, Grèce…) ne sont pas épargnées.
"Les feux expliquent 50% des pertes, suivis de l'agriculture, notamment l'élevage en Amérique latine, la plantation de palmiers à huile et d'hévéas en Asie, le cacao en Côte d'Ivoire… précise Plinio Sist. Près de 90% des feux sont d'origine humaine! Ils contribuent au réchauffement, donc à l'assèchement des forêts, alors plus exposées aux attaques pathogènes décimant les arbres… qui brûlent plus facilement et émettent des fumées nocives pour la santé respiratoire." Et moins de zones forestières, ou trop exploitées, c'est aussi plus de nouvelles maladies, dont l'émergence a bondi de 30% depuis les années 1960, via des contacts avec des animaux infectés. C'est sans doute ce qui est à l'origine des épidémies de VIH, Zika, Ebola, ou du Covid-19.
Éviter les crédits carbone, miser sur des solutions éprouvées comme l'agroécologie
"Il est urgent de protéger toutes les forêts de la planète et de replanter avec des essences résistantes, plus adaptées aux nouveaux paramètres climatiques, mais pas n'importe comment", souligne Stéphanie Mansourian. Elle regrette l'errance d'entreprises ou de gouvernements qui proposent d'acquérir des "crédits carbone" en plantant à tout va, sans discernement. Pour la préservation des forêts tropicales, les scientifiques ne cessent de rappeler la pertinence de solutions reconnues.
"Nous encourageons ainsi l'agroécologie, méthode naturelle pour préserver la fertilité des sols. La gestion durable des ressources forestières est un autre moyen de conserver de grandes surfaces tout en générant des revenus pour les populations locales", explique Plinio Sist. Enfin, l'essentiel repose sur des décisions politiques cohérentes touchant l'agriculture et l'environnement, sur des subventions et des contrôles. "Quand le président brésilien Lula en a mis en place lors de son premier mandat (2003-2007), la déforestation a reculé de 80%."
"Reste à se promener en forêt et rejoindre des associations engagées pour la défense et la plantation des arbres", ajoute Stéphanie Mansourian. Des bienfaits sur tous les plans, individuel et collectif.
Photo: Vue panoramique aérienne de la forêt de Białowieża - ou forêt de Bialovèse- en Pologne, formée il y a dix mille ans. Cette forêt d'environ cent cinquante mille hectares est une forêt primaire préservée, entre Pologne et Biélorussie. Refuge des derniers bisons d'Europe, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco.
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