Pourquoi la prise en charge de l'arthrose est encore trop sexuée
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°670
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Douleur exprimée: l'interprétation du soignant varierait selon le genre du patient
Des biais d'interpétation, inconscients mais fréquents, sont aussi à l'œuvre, y compris chez les soignants. Pour les besoins d'une étude, des patients ont été filmés pendant qu'un médecin examinait leur épaule douloureuse (The Journal of Pain, 2021) et devaient exprimer leur niveau de douleur ressenti. Les vidéos étaient ensuite montrées à des non-soignants qui devaient orienter le traitement vers des médicaments antidouleur ou une psychothérapie. Verdict: à expression et intensité de la douleur équivalentes, les observateurs réservaient plus facilement la "simple" psychothérapie aux femmes. Un bel exemple de biais de genre dans l'interprétation de la douleur exprimée!
Un état de douleur minoré chez les femmes
Les soignants n'échappent hélas pas à cet écueil, le plus souvent inconscient, au point que le sujet fait actuellement débat en rhumatologie, comme en cardiologie, et a été abordé lors du congrès de la SFETD. Une enquête Ipsos/ Fédération hospitalière de France, publiée en mars 2025, confirme que près de la moitié des Françaises estiment leurs symptômes et leurs douleurs minorés par les professionnels de santé, et un tiers par leur entourage. De quoi s'autocensurer, ce que font la moitié d'entre elles.
L'étude Inserm 2025 d'analyse par l'intelligence artificielle de 480 000 dossiers de patients arrivés aux urgences du CHU de Bordeaux confirme un biais significatif exercé par les soignants au détriment des femmes: la sévérité de leur état est sous-évaluée par rapport à celle des hommes.
La pose de prothèse de genou concerne désormais plus les femmes que les hommes
Certains chiffres valent mieux qu'un long discours: selon les statistiques du système national des données de santé (SNDS) regroupant toutes les arthroplasties totales du genou réalisées en France de 2009 à 2019, la progression des poses de prothèses a été de 46% chez les femmes contre 73% chez les hommes.
Autrement dit, cette chirurgie a bien bénéficié d'une dynamique à la hausse, mais moins pour les femmes, pourtant deux fois plus touchées, que pour les hommes! Elles devraient être deux fois plus souvent opérées, ce qui n'est pas encore le cas même si aujourd'hui on s'en rapproche (sur 100 000 prothèses annuelles posées 37% le sont chez des hommes et 63% chez les femmes). On revient de loin, en 2000, une étude canadienne notait que la chirurgie était trois fois moins souvent proposée aux femmes qu'aux hommes (The New England Journal of Medicine).
Activité régulière, aides techniques: quels traitements non médicamenteux pour soulager l'arthrose?
"Il n'y a aucune raison de différencier la prise en charge de l'arthrose selon les sexes", insiste la Dre Courties. Les mesures non pharmacologiques ont fait leurs preuves. "Pour tous, conserver une activité régulière est la base, car bouger est bénéfique à l'os, au cartilage et aux muscles. Il faut juste être à l'écoute de ses douleurs et multiplier les petites séances courtes plutôt que forcer", ajoute la Dre Aline Frazier. Une étude a montré qu'une rééducation en ligne pour le genou est aussi efficace qu'en présentiel. Bonne nouvelle, car le surpoids est responsable de 20% des cas d'arthrose (la raison est mécanique: les articulations sont davantage sollicitées en cas de kilos en trop).
Les aides techniques sont aussi à prescrire sans hésiter, souligne la Dre Courties. Semelles amortissantes en cas d'arthrose du genou, genouillères, orthèses de repos pour les doigts et les mains… Certaines existent désormais en simple bandage compressif. "Il faut savoir se faire confiance et trouver ce qui réussit à chacun", encourage la Dre Frazier.
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Un bon sommeil ou une sieste le matin
Autre facteur protecteur pour tous et toutes: un bon sommeil, quitte à compenser en cas de mauvaise nuit par une sieste d'une vingtaine de minutes. Le Pr Serge Perrot (hôpital Cochin, Paris) a expliqué lors du congrès de la SFEDT 2024 que, pour une question de chronobiologie, une sieste entre 10 heures et 11 heures est la plus efficace pour abaisser le taux de molécules favorisant l'inflammation et la sensibilité à la douleur. Enfin les nouvelles recommandations de la SFR, datant de fin 2024, pointent l'intérêt de pratiquer des exercices pour renforcer les muscles et mobiliser l'articulation, notamment contre l'arthrose des mains, vidéos à l'appui.
Témoignage: Anne, 66 ans, Rouen (76) "Des gadgets pour muscler les doigts"
"Mes mains me font mal, m'empêchent d'ouvrir un pot de confiture, d'éplucher des légumes… Ma rhumatologue m'a parlé de Viggo TV, j'y trouve des exercices comme appuyer avec mon pouce sur tous les doigts un par un ou poser ma main sur la table, doigts écartés, puis serrés, sans, puis avec un élastique entre deux doigts. J'ai acheté des gadgets pour muscler les doigts. Pour l'escalade, que je pratique, cela m'aide bien. Et je prends moins d'anti-inflammatoires."
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