Sheila: "Ma vie, je me la dois"
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À l’avenir, le titre de votre 28e album, est plein de promesses. Pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette nouvelle aventure
Sheila: J'étais en plein milieu de ma tournée, ce n'était pas prévu, mais j'avais envie d'aborder une foule de thèmes épineux comme la spiritualité, le racisme, les disparus, l'amour, la résilience, les rumeurs. Je vais avoir 80 ans et il faut les fêter. J'aimerais le faire sur scène. J'ai la chance d'être en forme et il faut saisir le bonheur quand il est là.
Des sonorités pop, électro, disco… Vous allez faire plaisir à tout le monde avec cet album
Sheila: Dans mes concerts, quatre générations cohabitent dans la salle. Il y a ceux qui m'ont suivie depuis le début, mais aussi des enfants qui apprennent mes chansons à l'école. Les premiers voient leur vie défiler à travers mes chansons. Certains me disent que je devrais être remboursée par la Sécurité sociale. Parfois, des gens s'effondrent en larmes en me voyant. Il m'arrive de trouver ça un peu lourd à porter, mais je comprends. Leurs souvenirs remontent. Ils se sont aimés, ont baptisé leurs enfants ou ont divorcé sur mes chansons.
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Que pouvez-vous apporter aux plus jeunes?
Sheila: J'aimerais leur transmettre ce que la vie m'a appris. Plus tard, quand je serai très vieille, je voudrais donner des conférences pour que mon expérience profite à d'autres. On nous appelle les seniors. Quel vilain mot. On devrait plutôt dire les "majors", comme sont appelés les bons élèves dans les universités. Cela refléterait mieux le fait que nous avons travaillé quarante, cinquante, parfois soixante ans et que nous sommes à même de léguer notre savoir. Je n'aime pas non plus le mot "retraite". Il n'y a aucune mise en retrait dans cette nouvelle vie qui démarre. Au contraire! Commence celle que l'on s'est vraiment choisie, remplie des passions et des activités que l'on n'a pas eu le temps de faire auparavant.
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Vous avez vécu des drames personnels, la rumeur vous a poursuivie. Où puisez-vous votre force?
Sheila: C'est la scène qui me tient. C'est comme ça que je tiens le coup. Cela vient aussi de mon éducation. J'ai été élevée par des bosseurs. Mes parents étaient tous les deux commerçants. Ils n'avaient pas le choix, ils devaient se lever tous les matins aux aurores pour aller faire les marchés. Enfant, je n'ai jamais manqué de rien. Mais je n'ai pas eu une vie cocoonée. J'ai poussé un peu comme un champignon, à côté des uns et des autres. Très tôt, il a fallu que je me débrouille. Ça a forgé mon caractère et j'en suis très contente.
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Dans ce contexte, comment a germé l’idée d’une carrière dans le monde du spectacle ?
Sheila: J'ai toujours eu le sens artistique, je pense que c'est inné. Je tiens ça de ma mère qui aurait adoré faire ce que j'ai fait. Elle jouait du piano, chantait comme un rossignol et aimait beaucoup dessiner. D'ailleurs elle s'était inscrite en école d'art, mais ma grand-mère l'a vite rappelée à l'ordre et elle a abandonné tout avenir dans ce domaine. C'est l'une de mes particularités. Quand j'ai débuté dans ce métier, je n'avais personne autour de moi pour me guider. Je ne connaissais personne dans le show-business. Le frère de Sylvie [Vartan, NDLR] était trompettiste, les parents de France Gall étaient dans la musique. Moi, j'étais juste une petite fille de Français moyens. Je pense que c'est ce qui a fait ma différence. J'ai ouvert la porte d'un monde à des gens qui n'avaient pas les codes.
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Vos parents vous ont-ils soutenue dans cette voie?
Sheila: Toujours. Ils ne m'ont jamais bridée. Je traversais tout Paris pour mes cours de danse, je faisais du piano, je chantais. On a dit plus tard que tout était arrivé grâce à mon producteur. Mais, ma vie, je me la dois. Adolescente, je travaillais très tôt avec mes parents sur les marchés en sachant que j'aurais mes après-midi de libres. Je les passais à assister à des répétitions de groupes dans les hangars du Val-de-Marne. Il y avait une véritable effervescence musicale. Un jour de 1962, je suis tombée sur des musiciens qui cherchaient une chanteuse. J'avais 16 ans et je suis devenue la chanteuse des Guitares Brothers.
La même année, vous êtes aussi devenue Sheila!
Sheila: Tout est allé très vite. L'été, on me jetait des bières sur la tête lors de mon premier concert au casino de Perros-Guirec parce que je chantais du rock. En septembre, je passais une audition devant des producteurs, qui, quinze jours plus tard, me faisaient signer mon premier contrat et enregistrer mon premier disque. On a été submergés. Mais j'avais pour moi l'insouciance de mes 16 ans et une grande envie d'y aller.
Les débuts ont dû être rudes…
Sheila: Disons que tout était à inventer. Le métier n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. De grands artistes comme Bécaud ou Aznavour ont beaucoup galéré au début. C'est une des grandes différences avec les artistes d'aujourd'hui. Ils arrivent sur le marché, ils n'ont rien fait ou presque et ils ont déjà un avocat, un attaché de presse et compagnie. Quand j'ai démarré, il n'y avait rien de tout ça. Il a fallu se débrouiller. C'est notre génération qui a débroussaillé le terrain. Malheureusement, nous ne sommes plus très nombreux à pouvoir vous en parler.
Cela vous affecte-t-il?
Sheila: Bien sûr. J'ai un peu l'impression d'être le dernier des dinosaures. Prenez la photo de Jean-Marie Périer de Salut les copains et regardez qui est parti: Françoise Hardy qui était mon âme sœur, France Gall, Johnny, Dalida, Joe Dassin. C'est dur de voir mon époque s'éteindre à petit feu. Dès que quelqu'un meurt maintenant, c'est moi qu'on appelle. J'en ai marre de parler des morts, parlez-moi des vivants! Il y a aussi ceux qui s'arrêtent comme Eddy, Dutronc, Sardou, Sylvie ou Serge Lama. Je me sens isolée dans le paysage. J'aimerais ne pas porter cela toute seule.
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Le temps qui passe vous effraie-t-il?
Sheila: Pas du tout. Il ne faut pas avoir peur du temps. Sinon, on s'assoit dans un canapé et on ne s'en relève pas. On ne vieillit pas. Ce sont les autres qui vous donnent un âge. Moi, dans ma tête, j'ai la cinquantaine, max 60 ans. J'ai la chance d'être en pleine santé, mais ce n'est pas un hasard. Je peux vous dire que je la mérite. Je ne bois pas, je ne fume pas, je fais du sport depuis que je suis petite. Surtout, je n'ai pas le temps d'être malade. J'ai encore trop de choses à faire, trop de projets à mener.
À quels jeunes chanteurs prêtez-vous l’oreille aujourd’hui?
Sheila: J'adore Stromae et son univers. C'est un artiste de grand talent qui ne copie personne. Je suis triste qu'il ait été bouffé par le système. J'aime beaucoup Clara Luciani et Juliette Armanet, qui sont un peu mes filles. J'apprécie aussi Orelsan. Il est hors du temps et a un univers extraordinaire. J'écoute aussi beaucoup Julien Doré et Eddy de Pretto, deux formidables chanteurs.
Qu’est-ce qui vous rend fière lorsque vous vous retournez sur votre carrière ?
Sheila: D'avoir choisi ma vie. Je l'ai passée à me battre pour tracer ma propre route. Ça aura été le combat d'une femme dans un milieu d'hommes avec des hommes qui ne l'aident pas. J'en ai bavé, mais, au bout du compte, je suis debout et j'aimerais dire aux gens qu'il faut juste y croire.
Ses grandes dates
1945 Annie Chancel naît le 16 août à Créteil.
1963 Son deuxième 45 tours Le Sifflet des copains - L'école est finie la propulse au rang de star.
1971 "Les Rois mages" se classe numéro 1 en France. La même année, elle reçoit le prix de la chanson antiraciste pour "Blancs, jaunes, rouges, noirs". 1989 Elle fait une pause de neuf ans dans sa carrière.
2021 Sortie de l'album Venue d'ailleurs, qu'elle déclare être une "autobiographie en musique".
2025 Elle sort un nouvel album et remonte sur scène pour une "Tournée 8.0".
Sheila: nouveau CD, nouvelle tournée
Elle revient plus énergique que jamais avec À l'Avenir, un album résolument tourné vers le futur. Grâce aux textes de Pierre-Yves Lebert, Amaury Salmon ou de l'écrivaine Rachel Khan, Sheila, qui fêtera son 80e anniversaire en août, aborde des thèmes personnels. "Et Dieu dans tout ça" évoque la spiritualité, "Racée" le racisme, "Une petite âme blanche" la disparition de son amie, Françoise Hardy. En tournée dans toute la France, elle sera le 18 novembre sur la scène du Dôme de Paris.
À l'Avenir, New Chance/Warner, 15,99€.
Dates de la tournée sur Sheilaofficiel.com
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