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Les chroniques de Serge Guérin

Serge Guérin: Grandiose, boomer, bêta... à quoi sert ce découpage entre générations?

Nous en entendons parler souvent: faites-vous partie des boomers ou de la génération Z et cela vous définit-il? Dans sa nouvelle chronique, le sociologue Serge Guérin ausculte ce découpage en tranches générationnelles - huit à ce jour-, qui va de la génération "grandiose" - pour les individus nés entre 1901et 1927- à la "bêta" (2025). Est-il si pertinent?

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672

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huit générations distinctes coexistent

Aujourd'hui, huit générations distinctes coexistent: la génération grandiose (1901-1927), la génération silencieuse (1928-1945), les baby-boomers (1946-1964), la génération X (1965-1980), la génération Y (les millennials, 1981-1996), la génération Z (1997-2012), la génération alpha (2013-2024) et la génération bêta (nés à partir de 2025). Karl Mannheim, le sociologue qui a "inventé" la notion de génération en 1928, partait du fait qu'une génération se fondait sur le partage d'une histoire fondatrice commune, pour lui la guerre de 14-18. Le sens commun voulait qu'une nouvelle génération arrive tous les vingt ans.


Dans les années 1990, Strauss et Howe, consultants en marketing, vont, à partir de la société américaine, postuler que l'histoire est une succession de cycles de quatre-vingts ans
, regroupant quatre générations (l'idéaliste, la réactive, la civique puis l'adaptative) qui réagissent entre elles et suivent les évolutions de la technologie et de nouvelles formes de consommation. Selon eux, nous étions dans le cycle du millenium englobant les baby-boomers, les X, les millennials et les Z, soit les générations idéaliste, réactive, civique puis adaptative, avant le prochain cycle devant apparaître au début des années 2000.

Ce découpage en tranches générationnelles a ses limites et dit de moins en moins le réel, tant la population vivant en France est de plus en plus hétérogène en termes de conditions de vie et d'imaginaire. Même parmi les "boomers", les réalités vécues ne sont pas les mêmes pour les plus âgés, nés entre 1946 et 1955, et pour leurs cadets: la retraite moyenne des femmes est bien moindre et les anciens ouvriers, employés et paysans, ne vivent pas du tout de la même façon que les anciens cadres ou fonctionnaires.

Plus largement, ces différences croissantes au sein des générations sont un sujet inquiétant pour l'avenir de notre pays et notre capacité à faire monde commun. Il reviendra peut-être aux seniors de favoriser le "liant" entre habitants: de bâtir des ponts entre les générations, mais aussi des passerelles au sein de chacune d'entre elles.


Serge Guérin est sociologue et professeur à l'Inseec GE.

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