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Réforme des retraites: les femmes seront-elles perdantes?

Alors qu'une étude accuse le futur système universel de les pénaliser, le colloque du COR s'est penché sur les femmes et la retraite. Deux éléments doivent être considérés: l'âge de départ à la retraite, sur lequel la réforme aura un impact, et le niveau de pension qui dépend des inégalités salariales.
Par  Audrey Dufour (La Croix)
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Réforme des retraites: les femmes seront-elles perdantes?

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Pour les femmes, la retraite se joue sur le salaire

L'étude avait fait grand bruit la fin novembre. L'Institut de la protection sociale, un laboratoire d'idées qui ne cache pas son opposition à la réforme des retraites menée par Jean-Paul Delevoye, affirmait que les femmes seraient les perdantes du futur système. Un résultat que s'est empressé de dénoncer l'exécutif, qui parle d'une " démonstration imprécise" . Inaugurant le colloque du Conseil d'orientation des retraites (COR) sur la question des femmes, lundi 2 décembre, le haut-commissaire à la réforme a jugé l'étude " extrêmement curieuse" car elle ne tient pas compte " des questions d'indexation" . " Les mécanismes de solidarité actuels ne corrigent pas suffisamment les inégalités entre femmes et hommes",  a aussi tenu à rappeler Jean-Paul Delevoye.

•Les mères d'un enfant lésées?

Le gouvernement avait déjà assumé que sa réforme pénaliserait légèrement les mères de plus de trois enfants, en échange de quoi la majoration de pension serait étendue dès le premier enfant. De 10% à compter du troisième enfant, pour chacun des parents, la majoration de pension passerait à 5% dès le premier enfant, à se répartir entre les deux parents. Faute d'accord, les 5% iraient à la mère. Mais selon l'Institut de la protection sociale, même les mères d'un enfant unique seraient lésées. En cause notamment, la fin de la majoration de la durée d'assurance. Actuellement, un enfant donne le droit à huit trimestres pour la mère dans le privé (sauf cas particuliers) et quatre ou deux trimestres dans le public, selon l'année de naissance de l'enfant.

Avec un système en points et donc sans trimestre, cette majoration de durée d'assurance sera supprimée. À la place, les femmes percevront des points durant leur congé de maternité et/ou parental – comme les personnes au chômage ou en maladie. Mais nombre d'entre elles comptaient sur ces trimestres supplémentaires pour valider leur retraite à taux plein et partir plus tôt. Dans le futur régime universel, les points permettront d'augmenter la pension, mais pas de partir plus tôt: il faudra toujours attendre l'âge pivot, prévu à 64 ans, pour partir sans décote. À cette accusation, Jean-Paul Delevoye oppose un recul de l'âge d'annulation de la décote  "si cela ne nuit pas à l'équilibre financier" . Actuellement, plus de deux femmes sur dix attendent 67 ans pour partir à la retraite et ne pas se voir pénalisées par la décote pour cause de trimestres manquants. Le futur système, avec un départ à 64 ans sans décote, pourrait donc leur être bénéficiaire.

•Des écarts de pension entre femmes et hommes dus à la rémunération

Au-delà de ces questions d'âge se pose aussi la question du niveau de pension. Selon les statistiques du ministère des solidarités, les femmes percevaient 42% de pension en moins que les hommes en 2017, si l'on ne prend en compte que les droits directs, c'est-à-dire hors pension de réversion. Une femme touchait en moyenne 1 123 € de pension mensuelle brute, hors réversion, contre 1 933 € pour un homme. Cet écart tend à se réduire, mais reste considérable.

Tout se joue bien avant la retraite. Deux tiers des écarts de pension entre femmes et hommes sont dus à la rémunération, de loin le facteur le plus important, a rappelé Frédérique Nortier-Ribordy, du COR. Même si un lent rattrapage des salaires est en cours, les femmes perçoivent un cinquième de moins que leurs homologues masculins.

"Si l'éducation a longtemps pu expliquer les différences de rémunération entre les femmes et les hommes, cet écart est aujourd'hui la conséquence des maternités,  synthétise Dominique Meurs, chercheuse associée à l'Institut national d'études démographiques.  La chute de revenu salarial pour les femmes persiste pendant au moins dix ans après le premier enfant."  En cause notamment le temps partiel.  "Près du tiers des femmes est à temps partiel, et ce taux ne diminue pas",  détaille Selma Mahfouz, à la Dares, l'institut des statistiques du ministère du travail. Alors que le taux d'activité des hommes augmente avec l'arrivée du premier enfant, celui des femmes décroche, et de façon encore plus marquée à compter du troisième enfant.

Une situation "logique" mais qui s'auto-entretient: les hommes gagnant plus que leurs conjointes, il est financièrement plus intéressant que ce soit ces dernières qui diminuent leur activité pour élever les enfants. Mais cela entretient les stéréotypes sur les femmes, et donc les préjugés qui jouent sur leurs salaires. Avec, à la fin, une conséquence très marquée sur le niveau de retraite. L'économiste Frédérique Nortier-Ribordy l'a chiffrée: "Une femme devrait vivre jusqu'à 116 ans pour espérer un revenu égal à celui de son mari sur l'ensemble de sa vie…"

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