Psycho. Nathalie: "J'ai enfin compris que le travail n'était pas une source indispensable à mon bien-être"
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"Pendant plus de trente ans, j'ai été assistante de direction dans un groupe de presse. J'avais à peine 23 ans lorsque je me suis retrouvée parachutée, un peu par hasard, dans cette rédaction parisienne, après des études de Langues étrangères appliquées dans ma Bretagne natale. Je voulais voler de mes propres ailes et il fallait que je gagne de l'argent pour pouvoir payer le loyer de mon studio. Mais, pour être tout à fait honnête, je ne pensais pas un seul instant m'éterniser sur ce poste. Mon but à moi, c'était de devenir traductrice littéraire. Contre toute attente, je me suis pourtant rapidement plu dans mon travail, tant et si bien que j'y suis restée, oubliant mes rêves d'adolescence. J'aimais l'ambiance des conférences de rédaction, les périodes frénétiques suivies de moments plus calmes et, bien sûr, l'adrénaline des soirées de bouclage. J'avais beau ne pas être directement concernée par les joies du reportage et de l'écriture, je trouvais ça passionnant d'être H24 au cœur de l'actualité, voire de croiser parfois, dans les couloirs du journal, des hommes politiques ou des stars de cinéma. Je ne m'ennuyais jamais. Le soir, j'avais toujours un tas d'anecdotes à raconter à mon mari et à mes enfants. Rien d'étonnant à ce que notre fils aîné ait un temps voulu intégrer une école de journalisme, avant de renoncer, à la suite de mes multiples mises en garde concernant l'avenir incertain de la profession. C'est cette fameuse crise des médias, fragilisés par l'arrivée du numérique, qui a fait que je me suis retrouvée, il y a quelques années, sur la touche. Du jour au lendemain, on m'a fait gentiment comprendre que ce serait bien que je m'inscrive dans un énième plan de départ volontaire. J'avoue que ça m'a fait un choc (j'étais dans la boîte depuis tellement longtemps que j'avais fini par me croire indéboulonnable), mais les conditions de départ étant plutôt généreuses, je me suis laissée convaincre. D'autant que mon mari m'y poussait vivement car, pour lui, "il ne sert à rien de s'accrocher au boulot quand on ne veut plus de nous". Nous avions la chance d'avoir un peu d'argent de côté et, en mon for intérieur, je me disais que, au vue de mon expérience, je ne tarderais sans doute pas à rebondir. Tout est alors allé très vite. Lorsque je me suis retrouvée seule à la maison, j'ai néanmoins tout de suite eu le sentiment d'être inutile, de ne plus servir à rien. Quelques collègues m'ont bien envoyé des messages au début, mais je sentais bien qu'ils n'avaient plus vraiment de temps pour moi. Pendant des mois, je me suis forcée à me lever chaque jour à la même heure, à m'habiller et à sortir, ne serait-ce que pour faire le tour du pâté de maisons, dans le but de me constituer une nouvelle routine personnelle. J'envoyais aussi des lettres de candidatures pour des postes qui correspondaient peu ou prou à mon profil, mais comme je ne recevais jamais de réponse j'ai vite compris que, sauf miracle, je ne retrouverais plus rien à mon âge, même en élargissant mes recherches. Cette période a été très difficile. J'avais constamment une boule au ventre, je dormais mal. Quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, je bottais en touche, de peur de passer pour un parasite. J'avais honte de moi. C'est une réflexion de mon mari qui a tout changé. Un jour, il m'a dit, l'air de rien, qu'il rêverait d'être à ma place et de pouvoir faire tout ce qu'il remettait toujours à plus tard, faute de temps. Il voulait sans doute me secouer et, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a marché. À partir de là, j'ai alors commencé à considérer ma situation différemment. C'était vrai, après tout, que j'avais, par la force des choses, l'opportunité de pouvoir redéfinir ma vie et d'explorer d'autres pistes d'épanouissement. Aujourd'hui, je suis bénévole au Restos du cœur, je m'occupe de mes proches, je fais de la peinture dans une association de quartier et je me rends à tout un tas d'événements enrichissants. Je ne m'ennuie jamais et, surtout, j'adore vivre à contre-courant: faire mes courses dans des magasins quasiment vides, aller chez le médecin à l'horaire qui me chante, et aussi ne plus prendre le métro aux heures de pointe. J'ai compris que le travail n'était pas une source indispensable à mon bien être. Ma vie actuelle me plaît tellement que je ne voudrais plus revenir en arrière. Et ça tombe bien, car je serai d'ici peu à la retraite!".
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