Pourquoi la France est le pays le plus touché par le cancer et comment se mettre à l’abri?
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L'étude publiée fin septembre 2025 dans The Lancet est riche en enseignements et nous pousse à réagir pour reprendre la main sur notre santé. Elle a comparé dans 204 pays le "fardeau" du cancer entre 1990 et 2023, et estimé 44 facteurs de risque comportementaux, environnementaux, professionnels et métaboliques. Résultat: le cancer est la seconde cause de mortalité dans le monde, et, triste constat, la France est en tête en matière d'incidence de 47 types de cancers, avec 389 cas pour 100 000 habitants.
Un signal d'alarme qui doit être entendu car ce n'est pas une fatalité. Si les pays occidentaux comptent plus de cas que dans beaucoup d'autres pays, c'est parce que nos systèmes de santé font beaucoup de diagnostics -nous repérons donc les malades- et que nous avons une meilleure espérance de vie. Pour autant la contre-performance française y compris parmi les pays occidentaux n'est pas une surprise pour les cancérologues, qui répètent depuis des années que nous pouvons en France mieux faire en matière de prévention. Il n'est jamais trop tard pour apprendre à se protéger, encourage le Professeur Jean-Yves Blay, à la tête d'Unicancer, qui pointe nos quatre points faibles, et rappelle que 40% des cancers sont évitables.
1/ La France compte trop de fumeurs et de fumeuses
Premier mauvais point montré du doigt: le rôle du tabagisme, particulièrement important en France, notamment parmi les femmes. Pas moins de 23 % des femmes françaises fument, c'est le chiffre le plus élevé d'Europe. Cela explique par exemple pourquoi nous sommes dans le trio de tête de la fréquence des cancers du sein avec l‘Australie et la Nouvelle-Zélande. La probabilité d'être touché par un cancer du sein est en constante augmentation, notamment chez les femmes jeunes dès 30 ans, au point que certains cancérologues préconisent d'avancer l'âge de dépistage dès 40 ans. Le tabac est associé à au moins 16 types de cancers. Bonne nouvelle cependant: le baromètre de Santé Publique France publié le 15 octobre 2025 confirme une baisse du tabagisme en France avec quatre millions de fumeurs quotidiens en moins en dix ans. Nous sommes passés de 28,6% de "personnes de 18 à 75 ans fumant chaque jour" en 2014 à 18,2% en 2024. Un vrai progrès! Autre raison de se réjouir: l'amélioration est nette parmi les plus jeunes: ils sont 15% à fumer à 17 ans contre 25% en 2017.
Pour me protéger : "Supprimer le tabac, c'est 20% de cancers en moins! On a tout à gagner à devenir non-fumeur à 30 ans, 50 ans, comme à 70 ans. Le sur-risque de cancer s'effondre en deux ans, hors cancer du poumon. Ça vaut vraiment le coup", encourage Jean-Yves Blay. Le "Mois sans tabac" et l‘accompagnement de Tabac Info Service sont deux atouts reconnus dans l'arrêt du tabac.
Pour protéger mes enfants et petits-enfants : "Avec la Société européenne de cancérologie (Esmo), nous venons de remettre en garde contre tous les produits, vapettes et autres substituts. Ils sont vendus comme des produits d'aide à l'arrêt du tabac. En réalité ce sont des portes d'entrée dans le tabagisme, notamment chez les jeunes. Il faut le leur dire et redire!".
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2/ Nous consommons nettement plus d'alcool qu'ailleurs
Le rôle de l'alcool comme facteur déclencheur reste sous-estimé et encore largement tabou. Il est pourtant responsable de 8% des cas, selon le Centre Internationale de Recherche sur le Cancer (Circ), soit près de 30 000 malades! Le risque d'être touché par un cancer pour une femme est en passe de rejoindre celui des hommes (57% des malades sont des hommes, aujourd'hui) notamment en raison de la consommation, souvent de longue date, de tabac et d'alcool, pointent les études. Médicalement, le mieux c'est zéro verre d'alcool. Mais en France notre culture festive rend l'abstinence alcoolique compliquée. Notre consommation est nettement (9% supérieure) au-dessus de la moyenne de l'Union européenne au classement de l'OCDE.
Pour me protéger : "Les recommandations officielles c'est "maximum deux verres par jour et pas tous les jours"… même les jours de fêtes! La population entière le sait désormais, sans pour autant adapter les pratiques", observe le Pr Blay. Proposer systématiquement des alternatives non alcoolisées en soirée, c'est un premier pas. "Assurer qu'on peut être festif sans alcool et limiter la consommation. Se dire: ce soir, je prendrais sans doute un verre de vin en soirée, pas deux…"
Pour protéger mes enfants et petits-enfants : "Les recommandations officielles sont les mêmes, "maximum deux verres par jour et pas tous les jours", c'est vraiment important d'en parler avec les jeunes, y compris avec nos petits-enfants qui seront sollicités tôt", encourage le spécialiste.
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3/ Nous passons à côté de trop de dépistages permettant d'agir avant que la maladie ne s'installe
L'organisation européenne du cancer observe que les Français répondent moins bien aux programmes de dépistage du cancer du sein, (46% de participation en France contre 54% en moyenne en Europe), colorectal (29% en France contre 44% en Europe), et du col de l'utérus (62% contre 69% en Europe). Or, le cancer du côlon évolue lentement et est repérable dès le stade de polype, tumeur bénigne qui, dépistée tôt permet d'éviter le cancer. Même chose pour le cancer du col de l'utérus, puisqu'il est possible d'agir au stade précancéreux en détectant les HPV, virus très fréquents (80% de la population est porteuse, hommes et femmes), silencieux longtemps même sans poursuite d'activité sexuelle.
Pour me protéger : Contre le cancer du côlon, les actuels tests immunologiques sont précis, rapides, et faciles à réaliser chez soi. Il suffit de plonger un bâtonnet dans un peu de selles et d'envoyer le prélèvement en analyse. Entre 50 et 74 ans, le kit est disponible et gratuit auprès d'un médecin, d'un pharmacien, on peut le commander sur le site monkit.depistage-colorectal.fr. Après 75 ans, le dépistage et ses modalités varient selon l'histoire médicale de chacun.
Contre le cancer du sein, le dépistage repose sur un examen clinique (palpation) et une mammographie. Le dépistage organisé de 50 à 74 ans tous les deux ans est proposé gratuitement sans avance de frais aux femmes sans symptôme. Ce cancer se développe d'abord in situ, à un stade localisé. On le guérit alors en conservant le sein, parfois sans chimiothérapie. Passé 75 ans, il est possible de poursuivre la surveillance avec un dépistage individuel.
Pour le col de l'utérus, il est conseillé un frottis entre 25 et 30 ans. Si les résultats des deux premiers tests cytologiques réalisés à un an d'intervalle sont normaux, un frottis à 3 ans suffit. Ensuite un tous les cinq ans suffit jusqu'à 65 ans, avec un test HPV cette fois. Il est possible de poursuivre le suivi au-delà en cas de facteur de risque (problème vulvaire, antécédent de conisation…). Ce cancer est sur le point d'être éradiqué dans les pays avec un fort taux de dépistage.
Pour protéger mes enfants et petits-enfants : Rien de mieux que l'exemple: montrer qu'on participe aux programmes de dépistages, en parler en famille, c'est utile pour banaliser la démarche!
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4/ Notre environnement nous expose à trop de toxiques
La France est l'un des plus gros consommateurs de pesticides, dans son agriculture comme à domicile (au jardin, à la maison…). Des études récentes ont montré que les Français sont particulièrement imprégnés en cadmium par exemple, cancérogène présent dans les pesticides. Nous respirons de l'air pollué, nous mangeons des végétaux en contact avec des produits chimiques, soit directement dans nos fruits et légumes soit parce qu'ils nourrissent les animaux qui se retrouvent dans nos assiettes (viande, produits laitiers…). Les modes de préparation des aliments ultra transformés est lui aussi montré du doigt… Et l'absence de registres locaux dans des zones urbaines denses et autour des sites Seveso complique la mise en place de préventions localement spécifiques. "A ce jour, on sait qu'agir sur les facteurs de risque précédents -alcool, tabac…- sera plus immédiatement efficace", tempère le Professeur Blay. Pour autant, c'est bien un facteur de plus, qui s'ajoute aux précédents.
Pour me protéger et protéger mes enfants et petits-enfants: Eviter autant que possible le contact avec les toxiques, privilégier autant que possible une alimentation biologique, cuisiner maison, éviter de faire son footing à proximité des grands axes routiers, les parades sont connues, mais tout n'est hélas pas en notre pouvoir, notamment concernant notre lieu de vie et notre activité professionnelle.
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