Les chroniques de Muriel Gilbert
Muriel Gilbert: "Pléiade, myriade, lichette..." ces mesures pifométriques que nous employons dans la langue française
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°667
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Parlons d'une curiosité du français: les "unités pifométriques". Des unités de mesure qui n'en sont pas, car elles sont imprécises: une ribambelle de gens, un chapelet d'injures, une noria de voitures… des quantités au "pifomètre". On pourrait croire qu'elles se manipulent à la va-comme-je-te-pousse… Pas du tout! J'ai corrigé un article du Monde où il était question d'une "pléiade de protestations". Voilà qui était maladroit, une pléiade désignant un groupe de personnes remarquables. Les Pléiades, à l'origine, sont les sept filles du géant Atlas, qui porte le ciel sur ses épaules.
Noria, flopée, palanquée, pincée, nuage...
Les unités pifométriques vont du plus chic, la noria ou la myriade, au plus familier: la flopée, la tapée, la palanquée, le tas… Or, pas question de parler d'une flopée de lait ou d'une noria de protestations. On parle de norias de véhicules, parce que la noria, au sens propre, est une chaîne sans fin de godets destinés à puiser de l'eau. On peut parler de myriade, du grec murias, qui veut dire 10000, voilà pourquoi on évoque les myriades d'étoiles ou de moustiques. Plus familier: la palanquée (au sens propre, une charge manipulée à l'aide d'un palan). N'oublions pas les unités désignant une petite quantité: la lichette de beurre, le filet d'huile, la pincée de sel, le brin de toilette, le poil, la larme… On peut parler d'une goutte, d'un doigt ou d'un nuage de lait (quoiqu'un doigt soit plus utilisé pour l'alcool), mais pas question de parler d'un doigt de sel. Bref, les unités pifométriques sont à employer avec… un chouïa de précision.
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