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Les vaccins contre le Covid-19 aident-il à lutter contre les cancers?

Et si les vaccins contre le Covid-19 avaient des effets bénéfiques inattendus? Une étude américaine révèle que les vaccins à ARN messager pourraient améliorer l’efficacité des traitements contre certains cancers, en renforçant la réponse immunitaire. Une piste prometteuse.

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Une surprise de bon augure. Si les inquiétudes ont longtemps entouré les vaccins à ARN messager promus depuis l'épidémie de Covid-19, une découverte récente pourrait faire changer le regard. Et à l'avenir, ces vaccins nouvelle génération pourraient peut-être trouver une place dans l'arsenal thérapeutique contre les cancers…  En effet, des chercheurs américains du centre de cancérologie MD Anderson de l'Université du Texas ont publié fin octobre un article étonnant dans la revue scientifique Nature. Ce dernier dévoile que ces vaccins contre le Covid-19 pourraient renforcer la réponse aux traitements d'immunothérapie dans certains cancers. Et même améliorer les chances de survie de ces malades. On fait le point.

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Qu'ont découvert les chercheurs?

Les chercheurs avancent dans cette nouvelle étude que les patients atteints de certains cancers et sous immunothérapie voient l'efficacité de ce traitement amplifié quand ils ont été vaccinés contre le Covid-19. Concrètement, les oncologues ont épluché les données de 1 000 patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC) et de mélanome, deux pathologies particulièrement mortelles encore aujourd'hui. Résultat? Ceux qui avaient reçu un vaccin à ARN messager dans les 100 premiers jours après le début de l'immunothérapie voyaient leurs chances de survie augmenter de deux façons. En effet, la survie médiane était significativement améliorée (37,3 mois contre 20,6 mois dans le cancer du poumon) et 3 ans après le vaccin, 55,7% des patients vaccinés étaient en vie contre 30,8% des non-vaccinés. Certains patients, ceux qui souffraient de tumeurs peu sensibles à l'immunothérapie, voyaient même leurs chances de survie multipliées par 5.

On peut donc supposer que les vaccins à ARN messager contre le Covid-19, bien qu'ils ne ciblent pas les tumeurs, puissent renforcer le système immunitaire et améliorer l'efficacité des immunothérapies. Une hypothèse que les chercheurs veulent continuer d'explorer.

Deux précisions de taille: ces bénéfices ont été observés avec les deux types de vaccins (Pfizer ou Moderna) et avec une ou deux doses. En revanche, les chercheurs notent que cette amélioration de la réponse immunitaire n'a pas été observée avec les vaccins contre la grippe ou le pneumocoque.

Comment expliquer cette corrélation entre vaccin contre le Covid-19 et amélioration de la survie des patients atteints de cancer?

Pour mieux comprendre ce phénomène, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris. Dans Atlantico, Adam Grippin, radio-oncologue et co-auteur de l'étude, explique cette corrélation ainsi: l'immunothérapie, appelée inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, est un traitement qui "agit en bloquant une protéine produite par les cellules tumorales pour désactiver les cellules immunitaires, permettant ainsi au système immunitaire de continuer à tuer le cancer." En clair, le vaccin mettrait notre système immunitaire en alerte et lui permet non seulement de reconnaître et de lutter contre le virus du Sars-Cov-2, mais également contre les cellules tumorales. Comme si le vaccin à ARN messager et ce type d'immunothérapie se renforçaient mutuellement.

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Et pour la suite?

Une piste qui ouvre des perspectives enthousiasmantes, d'autant plus qu'aujourd'hui les vaccins à ARN messager sont couramment utilisés et produits à un faible coût. Si l'immunothérapie a révolutionné la prise en charge de certains cancers, notamment du poumon et parmi les plus graves, certaines tumeurs, dites "froides", ne réagissent pas à ce traitement. "Nos découvertes suggèrent que les vaccins à ARNm pourraient fournir juste l'étincelle dont le système immunitaire a besoin pour transformer ces tumeurs "froides" en tumeurs "chaudes", précise le médecin à Atlantico. Si cela est validé dans notre prochain essai clinique, nous espérons que cette intervention largement disponible et peu coûteuse pourrait étendre les bénéfices de l'immunothérapie à des millions de patients qui autrement n'en bénéficieraient pas."

En effet, Adam Grippin a prévu de poursuivre dans cette voie en lançant un essai clinique sur des patients atteints d'un cancer du poumon, dont certains recevront un vaccin contre le Covid-19 pendant leur traitement, d'autres non, à l'aveugle. Afin de vérifier qu'il existe bien un lien de causalité entre ce vaccin spécifique et la capacité décuplée du système immunitaire à se battre contre certaines tumeurs.

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