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Les superpouvoirs du vaccin contre le zona

Plusieurs études, dont les scientifiques saluent la robustesse, démontrent que le vaccin contre le zona protège non seulement contre le zona, mais aussi… contre Alzheimer ! Au point d’être aujourd’hui, pour beaucoup d’experts, la meilleure façon de repousser la maladie. Et ce n’est pas tout…

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672

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C'est le genre de surprise que l'histoire de la médecine réserve parfois. Il y a eu, dans le laboratoire d'Alexander Fleming en 1928, la découverte par hasard de la pénicilline qui sauva des millions de vies, ou encore l'identification dans les années 1980 d'une petite bactérie (Helicobacter pylori), cachée dans l'estomac, responsable de tant d'ulcères gastro-duodénaux et cancers gastriques… Cette fois, ce n'est pas une mais deux bonnes nouvelles arrivées en quelques mois. À ne pas bouder!

Alzheimer : un cas sur cinq pourrait être évité grâce à la vaccination contre le zona

Dans une étude publiée dans la revue Nature en avril 2025, les chercheurs de l'université de Stanford (États-Unis) ont montré qu'être vacciné contre le zona diminue de 20 % le risque de développer une démence au cours des sept années suivant l'injection, comparé aux personnes non vaccinées. "20%, c'est éviter un malade sur cinq, avec une simple vaccination bien tolérée, on n'a jamais fait aussi bien!" s'enthousiasme le Dr Nicolas Villain, neurologue, chercheur à l'IM2A à la Pitié Salpêtrière (Paris). Si le résultat est particulièrement remarquable, c'est par l'ampleur de la protection en effet, mais aussi par la robustesse de l'étude. Les chercheurs ont suivi de 2013 à 2023 "en vie réelle" tous les habitants du Pays de Galles systématiquement vaccinés à l'âge de 79 ans. Les dossiers médicaux de 280 000 personnes ont alors été analysés, afin de comparer ceux des vaccinés, et ceux des personnes âgées de 80 ans au début de l'étude, donc non éligibles à la vaccination. Résultat: une surreprésentation de malades d'Alzheimer de 20% parmi les non-vaccinés.

On dit souvent que les personnes favorables aux vaccins sont en meilleure santé grâce à de meilleures habitudes de vie (activité physique, alimentation…). Ici, pas de biais de ce type, les profils médicaux et sociaux à 79 ou 80 ans sont similaires. "Il reste à comprendre comment le vaccin protège: en stimulant le système immunitaire? En réduisant les réactivations du virus? Ou par un autre mécanisme?" interroge le communiqué de Stanford Medicine. Dans la communauté scientifique, on imagine que ce bénéfice pourrait être supérieur encore. Le nouveau vaccin Shingrix est en effet plus efficace contre le zona que le Zostavax, utilisé dans l'étude de Stanford. Est-ce le cas contre Alzheimer? Des chercheurs de l'université d'Oxford ont comparé en 2024 le risque de démence entre des personnes vaccinées aux États-Unis entre 2014 et 2017 avec le Zostavax, et celles ayant reçu le nouveau vaccin entre 2017 (date de l'arrivée du Shingrix aux États-Unis) et 2020. Avantage au second, avec 164 jours supplémentaires sans symptômes. "De tels résultats ouvrent la voie à une prévention primaire très accessible, on en rêvait", poursuit le Dr Villain, précisant n'avoir aucun lien d'intérêt avec des fabricants de vaccins.

Serait-il aussi possible de ralentir l'avancée de la maladie d'Alzheimer avec le traitement antiviral, qui soigne si bien le zona, s'il est administré dans les trois premiers jours après l'apparition des symptômes? Les chercheurs de l'université de Columbia ont cherché à le vérifier auprès d'une centaine de malades âgés de 71 ans en moyenne. Sans succès hélas, au moins à court terme. Prendre durant des mois ce traitement serait en outre loin d'être facile, et risquerait d'exposer à des effets secondaires, notent les médecins.

Maladies cardio-vasculaires : des résultats très encourageants

Autre piste prometteuse: une protection cardiovasculaire. On sait qu'un zona augmente le risque vasculaire, qu'il peut entraîner des hémorragies, un état inflammatoire, une rupture de plaques d'athérome, des thromboses… En mai 2025, une étude sud-coréenne indique que se protéger du zona a un effet positif sur le coeur. Publiée dans The European Heart Journal, la revue de la Société européenne de cardiologie (ESC), elle a suivi 1,2 million de Coréens de plus de 50 ans (61 ans d'âge moyen) de 2012 à 2021. Conclusion: le fait d'être vacciné a abaissé le risque cardio-vasculaire global de 23%. Dans le détail, les chercheurs constatent moins d'insuffisance cardiaque (-26%), moins d'AVC (-24%), moins de cardiopathies ischémiques (-22%), moins de thromboses (-22%) et moins d'arythmies (-21%). Des résultats particulièrement marqués chez les hommes, les moins de 60 ans, ainsi que les personnes à faibles revenus. Et huit ans après la vaccination, la protection était toujours nette. "Cette étude est un argument de plus démontrant le rôle de l'inflammation dans les évènements cardio-vasculaires aigus. Si un essai randomisé en double aveugle (ni le malade ni le médecin ne connaissent la nature du traitement administré) confirmait ces résultats, il faudrait se poser la question d'avancer de quelques années l'âge de la vaccination contre le zona", suggère le professeur Gérard Helft, président de la Fédération française de cardiologie. Les chercheurs coréens envisagent de reprendre leur étude avec le nouveau vaccin Shingrix. Avec encore de meilleurs résultats à la clé?

Le zona: qu'est-ce et quel vaccin est recommandé?

Une infection virale liée à la réactivation du virus de la varicelle, en sommeil souvent depuis l'enfance dans nos cellules nerveuses.

L'apparition de plaques roses puis de vésicules localisées (buste, bras, jambe, visage), liée à une baisse d'immunité, une maladie, une grosse fatigue, ou sans explication.

Une source de complications (surinfections, méningites…), des sensations de brûlure et douleurs pouvant durer des mois voire des années. L'incidence et la sévérité des symptômes augmentent avec l'âge.

Un traitement antiviral efficace s'il est initié dans les trois premiers jours de la maladie.

En France, le nouveau vaccin Shingrix, limitant le risque d'être touché et l'ampleur des symptômes. Il est recommandé par la Haute Autorité de santé à tous dès 65 ans (y compris après un ou des zonas ou une vaccination avec le vaccin précédent), et plus jeune en cas de faible immunité. Il est pris en charge à 65% par l'Assurance maladie.

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