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Quand la musicothérapie adoucit les cœurs

Un atelier de musicothérapie à l’hôpital Avicenne permet aux femmes atteintes d’un cancer de se livrer et de se ressourcer. Pour en savoir plus sur cette pratique thérapeutique originale et récente, Notre Temps à poussé la porte du centre Martine Midy, qui accueille tous les vendredis l'atelier de musicothérapie de Beya.

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"Il ne faut pas vous étonner si à la fin de la séance, on pleure… de joie ou de tristesse!", prévient Maud. Le ton est donné, ici pas de faux semblant, de filtres roses… Mais une quête profonde, joyeuse et solidaire de ce qui compte, de ce qui soulage. Ce vendredi matin, à l'atelier de musicothérapie, au centre Martine Midy de l'hôpital Avicenne (AP-HP) à Bobigny (Seine-Saint-Denis), quatre femmes partagent leur vécu, leurs émotions et un moment suspendu de légèreté. Leur point commun? Traverser un cancer. Mais pas seules. Les quatre cinquantenaires se retrouvent, se soutiennent et échangent régulièrement dans ces séances de musicothérapie. Une pratique qui se développe petit à petit à l'hôpital pour aider les patients à mieux vivre avec la maladie.

Bols tibétains et Magic System

C'est sous l'œil bienveillant de Beya Barkous, musicothérapeute à la tête du cocon musical, et guidées par sa voix suave que ces quatre femmes vont chanter, danser et explorer leur inconscient. Pour Beya, la musicothérapie est une forme de thérapie qui utilise la musique comme outil principal pour aider les patients à améliorer leur bien-être physique, émotionnel, mental et social.

Oubliez le cours de chant théorique et autres étirements cadenassés. Dès le début, Beya laisse la place à l'individualité et l'improvisation. Au centre de la salle, une dizaine d'instruments étonnants venus des quatre coins du monde. "Je vous invite à prendre l'instrument qui vous plaît et essayer de vous répondre." Chaises retournées, chacune peut taper sur une grenouille, faire vibrer un bol tibétain, un carillon ou un hang. Ce morceau improvisé, enregistré par Beya, évoque pour certaines un cours d'eau, rappelle à une autre ses promenades en forêt avec ses chiennes. "J'ai pensé aux petits êtres dans la forêt", s'amuse Anna. "Des fées?", rebondit Dalila. Pour se mettre en mouvement ensuite, place à la musique, mais c'est à chacune de trouver les exercices, étirements et petits pas qui lui font du bien. "Ça craque!", remarque Maud. "Mais qu'est-ce que ça fait du bien!", rigole Dalila.

Atelier de musicothérapie de Beya Barkous Dézoomer
© Oihana Gabriel / Notre Temps

"Ce qui m'intéresse, c'est le vécu"

De nouveau assises, Beya fait résonner trois bols en cristal, nous invitant à chanter sur des voyelles plusieurs notes pour vibrer de concert. "Ce qui m'intéresse, c'est le vécu, précise ensuite Beya. Qu'est-ce que ça leur fait de se rendre compte qu'elles savent chanter, de chanter en groupe. Le résultat technique, je m'en fiche!"

À les voir se déhancher sans limite sur Magic System, on se croirait bien loin d'un l'hôpital. "Ce lieu leur permet de créer des souvenirs différents du parcours médical", relève Beya.

Pour se poser les bonnes questions, Beya distribue une feuille et invite à y déposer nos "pensées poubelles", que chacune va ensuite confier à l'oral, détailler, explorer, avec l'aide de ses complices. Proches trop ou pas assez attentifs, voisin indélicat, tâche physique qui demande trop d'effort… Les petites choses de la vie les font rigoler. Mais toutes partagent une nouvelle philosophie de la vie depuis que la maladie les a percutées. "J'ai décidé de ne plus m'énerver, je garde mon énergie pour moi", résume Dalila. La première fois que cette femme de 58 ans a poussé la porte de l'atelier, en janvier, elle ne cachait pas ses réticences. Depuis, elle ne manque pas un vendredi. "Ici, je me suis autorisée à parler. Beya a l'art et la manière de faire sentir les choses. Cela me pousse dans mes retranchements, c'est une profonde thérapie."

Beya rigole devant les bols en cristal pendant son atelier de musicothérapie Dézoomer
© Oihana Gabriel / Notre Temps

"Un moment d'échappement"

Ici, pas de mensonge. Mais du soutien entre femmes aux parcours divers et à des stades différents de la maladie. Ce qui aide aux confidences et à se projeter dans un futur parfois incertain. "Je sens que mes sœurs sont fatiguées de ma maladie, heureusement que je peux en parler avec vous", souffle Anna. Quand Karine se livre sur son envie de ralentir, qu'elle est invitée par Beya à répéter, fort, plus fort, calmement, comme un mantra, ce désir, l'émotion affleure. "Bravo, Karine, je ne t'ai jamais vue comme ça, l'encourage Dalila. D'habitude, tu fais tout vite, tu rigoles..."

Aucun doute, les quatre comparses, qui partagent bien plus qu'un passé douloureux, ressortent de ces deux heures soulagées et revigorées. Et déjà enthousiastes à l'idée de se retrouver dans un prochain atelier de musicothérapie ou de tricot, car le centre de soins de support propose quantité d'activités. "Les ateliers de musicothérapie m'ont aidé à mieux gérer les phases de la maladie, les émotions, à mieux comprendre mon corps, assure Maud. C'est un moment d'échappement, on peut dire des choses qu'on n'avoue pas à nos proches, déjà bien inquiets. Depuis quelques mois, mes amis me trouvent plus zen." Et Beya d'assurer que ce travail n'y est pas pour rien: "la psychologue du centre est souvent étonnée de la profondeur de leurs paroles. Mais je prépare leurs corps, leurs émotions, leurs expressions: ici on apprend à se connaître."

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