François Bayrou bientôt renversé? Le choix risqué du vote de confiance pour faire passer son plan
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François Bayrou joue son va-tout pour tenter de faire passer son plan de redressement des finances publiques – quelque 44 milliards d'économies annoncées pour le budget 2026, avec des mesures très impopulaires, telles que la suppression de deux jours fériés. Le Premier ministre a décidé d'activer l'article 49.1 de la Constitution, c'est-à-dire de demander un vote de confiance lors d'une session extraordinaire de l'Assemblée nationale d'ici 15 jours, soit le 8 septembre prochain. "J'engagerai la responsabilité du gouvernement sur une déclaration de politique générale", a-t-il affirmé devant ses ministres, qui posera "explicitement la question centrale de la maîtrise des finances publiques, celle de savoir s'il y a un problème d'urgence vitale pour notre pays". En clair, s'il n'obtient pas la majorité des élus présents, alors son gouvernement sera censuré et il tombera.
Avec cette décision, le Premier ministre choisit de prendre de vitesse à la fois les oppositions et le mouvement hétéroclite "Bloquons tout" qui avait appelé à une grande mobilisation le 10 septembre contre son plan, alors qu'initialement, l'Assemblée devait reprendre ses travaux le 15 septembre. Il a justifié son choix d'engager sa confiance parce que le débat "vital" sur la dette "a sombré dans la confusion" durant l'été, période où les partis de gauche ont commencé à soutenir le mouvement émanant de citoyens venus d'horizons divers. Il fallait donc "une clarification". "Cette clarification est urgente, il y a un lieu pour une clarification, c'est le Parlement, avec un débat ordonné et un vote, et non dans la rue", a ajouté François Bayrou.
Prendre les Français à témoin
C'est une manière, a-t-il également explicité, de convaincre les Français, qui d'après lui ne n'ont pas compris l'urgence et donc rejettent ses mesures. "J'ai la conviction inarrachable que les Français prendront conscience de la gravité de la situation, la conviction qu'ils accepteront de participer à l'effort, pourvu qu'il soit juste". Car "la dette, a-t-il tancé, ce ne sont pas les gouvernement qui la consomment", elle est utilisée "pour la protection de nos concitoyens, pour les retraités - pour quelques 600 milliards sur les dernières années - a-t-il insisté, pour les consommateurs, les fonctionnaires, les assurés sociaux, les entreprises" et donc par ricochet a-t-il relevé, les salariés.
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Oui, ce vote de confiance, c'est "un risque", a-t-il répondu à un journaliste lors de la conférence de presse, mais "le plus gros risque aurait été de ne rien faire". Le Premier ministre assure vouloir agir en deux étapes, d'abord le vote sur le principe de la réduction de la dette, ensuite, viendra le temps du débat sur les mesures. "Elles ne sont pas imposées, jamais. Les mesures, elles sont proposées, discutées et adoptées dans une double délibération avec les partenaires sociaux pour les mesures sociales et les parlementaires. (...) Toutes les mesures sont discutables", a-t-il assuré.
Le Premier ministre, s'il est confirmé, a toutefois entre les mains l'arme du 49.3 pour imposer les mesures qu'il avait listées mi-juillet, comme l'avait fait Elisabeth Borne pour la réforme des retraites en 2023. Interrogé pour savoir s'il pouvait s'engager à ne pas utiliser cet article, François Bayrou n'a pas tranché, estimant que "c'est une idée qui ne [lui] est pas tout à fait étrangère", mais que ce n'est pas "tout à fait acceptable dans le débat".
Un horizon politique incertain
La France insoumise, les écologistes et les communistes ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne voteraient pas la confiance à François Bayrou, Marine Tondelier, estimant même que ce vote de confiance est "de fait une démission". Même chose du côté du Rassemblement national: Marine Le Pen a dit souhaiter une dissolution de l'Assemblée. En début de soirée, Olivier Faure, patron du PS, a déclaré au Monde qu'il est "inimaginable que les socialistes votent la confiance au Premier ministre", "François Bayrou a fait le choix de partir (...). C'est une autodissolution".
Que se passera-t-il si François Bayrou tombe? Une dissolution est-elle inévitable? Pas si sûr, rien n'oblige Emmanuel Macron à convoquer de nouvelles élections et le Premier ministre a rappelé que le chef de l'Etat avait été échaudé par le résultat des dernières de l'été 2024. Il devra alors trouver un nouveau candidat pour Matignon, capable de faire consensus sur un budget...
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