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Le lithium, une nouvelle piste contre Alzheimer?

Une carence de ce métal dans notre cerveau pourrait-elle être impliquée dans le développement de la maladie? C’est ce que suggèrent les travaux d’une équipe de chercheurs d’Harvard, parus dans la revue scientifique Nature. Une hypothèse prometteuse, même si l’étude ne concerne pour l’instant que la souris. En quoi consiste précisément cette découverte et que peut-on en espérer? On vous en dit plus.
Alzheimer lithium
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Qu’ont découvert les chercheurs?

On sait depuis longtemps que des métaux lourds, tels que silicium, cadmium ou lithium, sont présent à des doses très faibles dans notre organisme, en particulier dans le cerveau. Jouent-ils un rôle dans la dégénérescence cognitive? Pour le savoir, les chercheurs d'Harvard ont d'abord comparé la concentration de 27 métaux dans le cerveau et le plasma sanguin post mortem de trois groupes d'individus: des personnes en bonne santé, et des personnes souffrant d'un déclin cognitif léger, et des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Ils se sont aperçus que celles qui souffraient d'un trouble cognitif avaient une concentration significativement plus faible de lithium dans le cerveau. Selon les auteurs de l'étude, le lithium semble "piégé" par les plaques amyloïdes, ces amas de protéines caractéristiques de la maladie qui s'accumulent autour des neurones, qui agiraient comme un "aimant".

Pour aller plus loin, les chercheurs ont tenté une expérience sur un modèle animal. Chez des souris soumises à un régime pauvre en lithium, ils ont constaté un déclin cognitif accéléré et davantage de plaques amyloïdes. Plus intéressant encore: en redonnant à ces souris de l'orotate de lithium, compensant ainsi le déficit de métal, les fonctions cognitives des rongeurs sont revenues et les plaques ont régressé!

Un espoir pour l'homme?

Corriger un déficit en lithium chez les personnes malades pourrait-il ralentir la progression de la maladie, et ouvrir la voie à de futurs traitements? C'est évidemment l'hypothèse. Mais de l'animal à l'homme, il y a du chemin, et souvent, très souvent même, des espoirs déçus.

"Ces résultats portent sur un modèle animal, c'est vraiment très expérimental, et en effet, la recherche contre Alzheimer a souvent connu des déceptions en essayant de traduire chez l'homme ce qui marchait chez la souris, tempère Philippe Amouyel, Professeur de médecine au CHU de Lille et directeur général de la Fondation Alzheimer. Pour l'instant, nous sommes encore dans la spéculation, mais c'est très enthousiasmant car il n'est pas si fréquent d'observer une action active aussi significative".

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S'il faut rester prudent à ce stade et attendre que soient maintenant menés des essais sur l'homme, en espérant confirmer l'hypothèse, la piste du lithium reste enthousiasmante à plusieurs titres. D'abord parce que c'est un métal familier en psychiatrie, couramment utilisé pour son rôle de stabilisateur de l'humeur dans le traitement des troubles bipolaires. On en connait déjà les avantages et les limites voire les risques, ce qui pourrait permettre de mener des essais sur l'homme plus rapidement. "Sa toxicité et l'ajustement des doses ayant déjà été largement étudiés, on gagnerait plusieurs années sur la conduite des essais", ajoute le Pr Amouyel.

Le lithium intéresse d'autant plus qu'on peine à trouver des traitements face à la maladie. Des années de recherche, des centaines d'essais cliniques menés (et en cours) et des milliards d'euros engloutis n'ont encore pas permis de trouver la solution pour en venir à bout. "On progresse néanmoins depuis quelques années, insiste Philippe Amouyel, notamment grâce aux nouveaux traitements tels que Lecanemab et Donanemab qui visent à éliminer les plaques amyloïdes. Des études sont en cours aussi pour tenter d'éliminer la protéine Tau, autre marqueur de la maladie… Mais dans un paysage où l'on a encore peu d'armes et où on ne sait pas guérir la maladie, ce serait une bonne nouvelle que le lithium vienne s'ajouter à l'arsenal disponible pour en ralentir voire en suspendre la progression!".

La prévention avant tout

En attendant, le Professeur rappelle que la prévention reste essentielle: "on sait, dit-il, qu'on peut retarder l'apparition des premiers symptômes par le maintien d'une activité intellectuelle régulière, d'une vie sociale et le respect d'une bonne hygiène de vie". Il met en garde aussi et prévient qu'il est "inutile de se précipiter en pharmacie ou sur internet pour tenter de s'approvisionner en lithium dans l'espoir d'éviter une démence". À haute dose, le lithium est en effet toxique et, sur l'homme, "rien n'est encore scientifiquement établi".

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