Les chroniques de Martine Gruère
La chronique de Martine Gruère: Et la musique?
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Et la musique? Risque-t-elle d'être oubliée? Non, mais en 80 ans (mon âge) elle a tellement changé dans sa forme, sa variété, sa place dans ma vie, dans nos vies, dans la société…
Pour entendre de la musique à la demande, je me souviens du gramophone qu'il fallait mettre en route grâce à une manivelle que nous devions tourner jusqu'à ce qu'elle s'arrête, puis s'assurer que la petite aiguille en bois – à changer après chaque audition – était bien posée sur le premier sillon du disque78 tours. Et la musique toujours classique envahissait notre salle à manger via son énorme amplificateur… C'était le bonheur de mon père, un peu moins le mien car il devenait impossible de parler ou de rire entre nous, les enfants. Nous devions écouter et admirer.
Mais il y avait aussi le poste de radio, une sorte de concurrence que pendant longtemps nous n'avons pas eu le droit de toucher. Son accès, ses boutons étaient réservés aux adultes. Et voilà qu'à 13 ans, j'ai voulu écouter tous les jours au retour du lycée (devenu "collège") "Salut les copains", les yéyés. Une sorte de scandale familial toléré parce que j'appartenais à une famille tolérante mais mon émission devenait difficile à entendre lorsque ma mère juste au même moment - pourquoi? - utilisait sa machine à coudre très bruyante qui était située dans la même pièce.
Aujourd'hui, les débats familiaux portent sur l'autorisation ou pas pour les enfants puis les pré-adolescents de détenir "leur" tablette ou "leur" smartphone. C'est l'accès sans limite aux écrans, aux réseaux, qui est redouté par les parents attentifs.
Et la musique ? Nous chantions beaucoup. Il paraît que mon grand-père lyonnais connaissait 1111 chansons! Nous chantions en famille, à l'Eglise, dans le scoutisme et plus tard durant les longs trajets en voiture - avant que n'y soient installés les lecteurs de cassettes et la radio. Les chants étaient aussi dans la rue "Tous chauds mes marrons…", sur les chantiers, et dans la cour de notre immeuble parisien venaient parfois des chanteurs auxquels nous envoyions par la fenêtre des pièces de 5 francs enveloppées dans du papier journal pour les remercier de leur prestation.
Et aujourd'hui? La musique existe encore mais sous d'autres formes et peut-être de façon plus circonscrite. On l'écoute dans des concerts parfois immenses, souvent magnifiques ; on peut l'écouter dans ses oreilles presque à plein temps mais l'image, les écrans nous ont envahis. Sommes-nous passés du règne du son, des oreilles, au règne des images? de la vue et des yeux??
La rue, les voitures sont moins bruyantes, même le bal des pompiers du 14 juillet qui nous faisait fuir il y a quelques années, s'est fait très discret cette année… avec le même succès d'une grande foule venue pour danser.
Les cloches de nos Eglises ont été régulées, interdites la nuit, mais quel plaisir! Elles disent notre histoire, nos appartenances. Au milieu de la ville, elles évoquent le village et sa vie plus calme. Notre fils habite avec sa famille à Dubaï ; installée sur le toit de sa maison, j'ai eu la chance - en particulier au moment du coucher du soleil -d'entendre le chant des muezzins émanant simultanément de toutes les mosquées de la ville: quelle beauté! Nous pouvons partager alors – dans nos pays si lointains - ces intenses moments de l'appel à un ailleurs.
La musique nous parle autrement, elle appartient à un autre monde que la parole, elle touche à notre âme…
Cet été, je revenais d'un court séjour inattendu à Briare (Loiret) - la ville du "Pont canal" qui permet aux bateaux de traverser la Loire en la dominant. Une ville où règnent les cours d'eau et de ce fait de multiples oiseaux…Le festival de l'association "classique autrement" débutait, rassemblant huit musiciens d'une qualité exceptionnelle. Deux concerts par jour, dehors ou dans des Eglises, à Briare ou dans des villages alentours. J'ai pu assister - participer? - à quatre concerts dont deux à l'extérieur qui m'ont tellement touchée. Le premier initiant le festival a eu lieu le soir sur une barge au milieu du canal: le piano à queue, les instruments à vent et à cordes se sont succédés, rassemblés, portés par des musiciens communiant eux-mêmes dans le bonheur d'offrir à tous de la beauté, du dépassement. Et juste avant notre retour à Paris, les musiciens installés dans un parc sous un noyer afin de bénéficier de son ombre et un peu plus loin la Loire sur les berges desquelles se reposaient des oies bernaches. Peut-être n'ont-elles pas apprécié la musique? -il s'agissait d'œuvres de Mozart - elles se sont envolées dans un ordre impeccable - mais en ce qui me concerne, je suis repartie ensoleillée par ces moments magiques …Je les porte en moi et peux les revivre quand cela me chante…
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