Notre édito de la semaine
L'édito de Marie Auffret: Une cour de récréation animée, la plus belle des nuisances sonores!
Des enfants condamnés à jouer sur quelques mètres carrés parce que leurs rires troublaient la quiétude des voisins… Cette histoire, je la découvre dans l'édition du jeudi 25 septembre du Parisien: au printemps dernier, une décision de justice (s'appuyant sur un règlement datant de 1834) a été rendue en faveur de riverains dont les fenêtres donnent sur la cour de récréation d'une école de Maisons-Laffitte (Yvelines).
Pour faire valoir leur droit, les voisins ont évoqué les nuisances sonores, leurs fenêtres closes, leurs jardins inutilisés, leur tranquillité menacée. C'est vrai (pour l'avoir déjà vécu, je peux en témoigner!) qu'une cour d'école est bruyante. Par contraste, le silence qui y règne durant les soirées ou les jours sans école en est presque troublant. Mais enfin, de là à interdire l'accès des enfants à la cour! N'y avait-il pas de compromis possible pour un "terrain d'entente" qui aurait bien mérité son nom? Des rencontres à organiser? Une zone de calme à créer du côté du potager où aujourd'hui les petites tomates dépérissent? On aurait pu y apposer un panneau "Chut! Ne fais pas de bruit… Ici on écoute les légumes pousser"!
Je m'interroge… Ceux qui ont porté l'"affaire" en justice ont-ils oublié le plaisir de la récré, au point d'assimiler les éclats de rire, cris stridents, "plouf plouf" animés et jeux de ballon, à un banal vacarme urbain?
Bien sûr, il serait facile d'opposer les "bons" – la jeunesse joyeuse – aux "méchants" – les adultes grincheux. En tant qu'adulte (parfois!) grincheuse, il m'arrive de me demander si les enfants ne crient pas plus fort aujourd'hui qu'hier. La faute aux écrans? Aux écouteurs? À leur liberté d'expression? À moins que mon seuil de tolérance ne s'émousse. Car derrière cette guerre picrocholine se cache une question bien plus large: celle de la manière dont nous acceptons le bruit des autres. Si nous sommes tous d'accord pour détester les pétarades d'une mobylette nocturne, les querelles à propos du chant du coq et des croassements des grenouilles divisent davantage. Voilà désormais les cris des enfants dans le collimateur de la justice. À quand l'interdiction, dans certains immeubles, des bébés en âge de faire leurs dents?
"On a besoin des enfants", rappelle, furieux, le maire de Maisons-Laffitte interrogé par Le Parisien. Il a raison, mais pas seulement pour des raisons démographiques. Nous avons besoin de ce joyeux désordre qui anime nos lieux de vie. Certes, nous avons le droit de ne pas tout tolérer et de faire valoir notre propre confort. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'en bâillonnant les récréations, c'est un peu de notre humanité que nous enfermons. Ce tintamarre de ballons, de cris et de rires est peut-être la plus belle bande-son qu'une ville puisse offrir à ceux qui y grandissent, et à ceux qui ont gardé, tout au fond d'eux, une âme d'enfant.
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