L'édito de Marie Auffret: Oui, les "vieux" méritent mieux (et voilà pourquoi)

"Les vieux méritent mieux!" Ce cri du cœur, vous l'avez peut-être vu passer sur les réseaux sociaux, dans la presse, ou entendu si vous fréquentez, pour vous-même ou un proche, un établissement accueillant des personnes âgées. Et pour cause: ce slogan a été repris le 16 octobre dernier par près de 40 000 personnes à travers la France, dans des Ehpad, des services d'aide à domicile, des CCAS à l'initiative de fédérations et d'organisations engagées auprès du grand âge.

Une manifestation de plus? Non. Une mobilisation pour que le vieillissement devienne enfin une priorité nationale. Certes, le moment n'était pas forcément idéal pour attirer l'attention des pouvoirs publics et des médias, dont les yeux étaient tournés vers les affres de la formation du nouveau gouvernement, l'éventualité d'une motion de censure, tout cela sur fond de réforme des retraites potentiellement suspendue... Pourtant, si cette mobilisation a trouvé un écho, c'est bien parce que l'urgence est réelle. Et sur ce point, ce n'est d'ailleurs pas si fréquent, nous sommes nombreux à être d'accord.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: entre 2020 et 2030, le nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans va bondir de 48% ; en 2050, les plus de 85 ans seront 5 millions, contre 2 millions aujourd'hui. Et pourtant, le mot "vieillissement" a-t-il été prononcé dans le dernier discours de politique générale du Premier ministre? Non, pas plus que "personnes âgées", "seniors", "dépendance", "longévité", "transition démographique" ou "silver économie"... Un silence éloquent de la part des pouvoirs publics?

Une vingtaine d'organisations, regroupant professionnels, structures, personnes âgées et leurs aidants, a donc décidé de hausser le ton ; non pour râler, mais pour réveiller les consciences. Car l'inaction coûte cher: humainement, économiquement, socialement. Quelques chiffres suffisent à témoigner de l'ampleur du malaise: 51% des établissements manquent de personnel ; 65% des structures risquent de finir l'année en déficit... Il ne s'agit pas de chiffres abstraits, mais de lieux de vie, de soins, de liens.

Le collectif formule une demande claire: une loi de programmation pluriannuelle d'ici fin 2026, avec un financement à hauteur de 1,6% du PIB, soit 11,5 milliards d'euros supplémentaires par an. Une somme? Certes, mais nécessaire pour garantir le choix du lieu de vie selon ses besoins ; des professionnels formés et en nombre suffisant ; une prévention renforcée de la perte d'autonomie ; des territoires adaptés au vieillissement (transports, logements…). 

Alors oui, le ton est grave, mais l'espoir est là. Car cette mobilisation, c'est aussi une manière de dire: "Nous sommes là, nous comptons, et nous voulons être entendus." Pour reprendre les mots de la Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), à l'origine des deux premières éditions de cette opération: "L'accompagnement du vieillissement de notre pays n'est ni un marqueur partisan ni une querelle d'experts: c'est un choix de société."