L'édito de Marie Auffret: Lutte contre l'âgisme: faut-il revoir les limites d'âge?

Le Conseil de l'âge a rendu sa copie. Mercredi 1ᵉʳ octobre, dans le cadre de son plan de lutte contre l'âgisme, il a dévoilé dix propositions pour faire reculer les discriminations liées à l'âge dans notre société (lire aussi notre appel à témoignages: "vieux", "senior"," personne âgée"... Et vous, comment préférez-vous que l'on vous appelle?). Vous ne connaissez pas encore le Conseil de l'âge? Rien d'étonnant: il est encore tout jeune. Et pourtant, son rôle est loin d'être secondaire.

Ce Conseil fait partie du Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA), créé en 2016 et rattaché au Premier ministre. Sa mission? Éclairer les politiques publiques en formulant des avis et recommandations sur les grandes questions qui touchent les familles, les enfants, les retraités et les personnes âgées, ainsi que sur la prévention et l'accompagnement de la perte d'autonomie.

Parmi les dix mesures proposées, la "numéro 9" a piqué ma curiosité. Elle invite à revoir les seuils d'âge pour accéder aux fonctions de représentation dans les instances de gouvernance. Le message est limpide: "L'apport d'une personne assurant un mandat ne se mesure pas à son âge, mais à l'expérience, l'expertise, l'engagement et les valeurs que le dépositaire de cette fonction y engage. On peut être pertinent à tout âge. Le principe essentiel est que l'ensemble des générations, en activité ou non, soient bien représentées dans les instances, sans domination ou exclusion de certaines."

L'âge, en somme, n'est ni un critère de compétence ni un handicap. Mais alors, où en est-on concrètement sur ces fameuses limites d'âge, dans les instances de gouvernance et ailleurs? Petit tour d'horizon (non exhaustif) de la question.

Dans la fonction publique, par exemple, les choses ont évolué en vingt ans. Depuis une ordonnance de 2005, la plupart des concours ne sont plus soumis à des conditions d'âge. Seules quelques professions restent encadrées pour des raisons opérationnelles: gardien de la paix, gendarme, surveillant pénitentiaire, etc. Et pour ce qui est de la retraite, la limite est généralement fixée à 67 ans, avec possibilité de prolonger jusqu'à 70 ans dans certains cas.

Du côté des organismes de Sécurité sociale (dans le viseur du Conseil de l'âge), les règles sont un peu différentes. La limite d'âge pour être nommé administrateur est fixée à 65 ans, avec une prolongation possible jusqu'à 70 ans. Mais, et c'est une nuance importante, les représentants des retraités ne sont pas concernés par cette contrainte.

En politique, c'est une autre histoire. Depuis 2011, il faut avoir au moins 18 ans pour être député ou président de la République. Pour devenir sénateur, l'âge minimal est passé de 30 à 24 ans. Et surtout: aucune limite maximale n'existe pour exercer un mandat. Maire, ministre, député, président… l'engagement ne connaît pas de plafond. Seule compte la vox populi, hélas peu réputée pour sa tolérance dans ce domaine!

Vous êtes bénévole dans une association? En 2022, le Conseil d'État a rappelé qu'une association peut fixer un âge minimal ou maximal pour devenir membre ou dirigeant, à condition que cela soit justifié par son objet et sa nature. Autrement dit, ces critères doivent être raisonnables et non discriminatoires.

Bref, et c'est une bonne nouvelle, l'engagement citoyen n'a pas, sauf exception, de date de péremption. L'expérience des uns et l'énergie des autres, jeunes et moins jeunes, peuvent faire bien plus que coexister: elles peuvent se compléter. Et ça, c'est une vraie richesse.