L'édito de Marie Auffret. Non, les "boomers" ne passent pas leur vie à faire la bamboche

Est-ce une maladresse? Un coup de griffe mûrement réfléchi? Une manœuvre destinée à détourner les regards des vrais enjeux en pointant du doigt une catégorie de la population, aussi hétérogène soit-elle? Quoi qu'il en soit, les propos du Premier ministre, le 27 août dernier, ne sont pas passés inaperçus. Un peu plus tard, interrogé sur l'utilisation du terme "boomers" le Premier ministre précisait: "Ils devraient être à mes côtés les premiers pour qu'on baisse la dette et que ça ne soit pas les plus jeunes qui soient obligés de la payer […] Il faut qu'ils protègent les plus jeunes." Voilà pour les faits. En opposant les générations, François Bayrou savait-il qu'il déclencherait ce flot de réactions? En utilisant "boomer", terme utilisé avec une connotation négative, (on se souvient du fameux "OK boomer"), avait-il conscience de pointer du doigt un coupable? Après tout, il aurait pu utiliser la terminologie classique, "plus de 60 ans", "seniors", "retraités"… 

À l'unisson, les médias tendent leurs micros à des jeunes et moins jeunes, à des "boomers" aisés et très modestes, s'interrogent sur l'existence d'une guerre des générations, comparent les pouvoirs d'achat, tentent d'évaluer si ces "cigales" qu'ils interrogent dans des thés dansants ou les promenades des Anglais sont de vils égoïstes nantis… À ce propos, petite information à l'intention de mes confrères journalistes: les plus de 60 ans peuvent aussi être interrogés où ils se trouvent, dans des associations caritatives, de soutien scolaire, dans des clubs sportifs, à la sortie des écoles où ils attendent leurs petits-enfants… Ils ne passent pas leurs journées à faire la bamboche.

François Bayrou est-il abonné à Notre Temps? Clairement non et quel dommage! S'il le lisait chaque mois, il saurait… Il saurait l'implication sociale des 60 ans et plus, leur place auprès de leurs proches ou parents en perte d'autonomie, leur soutien auprès des enfants et petits-enfants (à travers notamment des donations), leur participation active dans les associations, les clubs sportifs, les conseils municipaux, sans oublier les bureaux de vote au moment des élections. Chaque mois, ces "boomers" témoignent dans Notre Temps de leurs engagements familial et citoyen. Il saurait que la valorisation monétaire des contributions des seniors (garde d'enfants, aide aux proches, bénévolat…) a fait l'objet de nombreuses estimations et s'évalue à plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Il saurait que l'idée de stigmatiser une partie de la population, comme ici d'opposer les actifs et de prétendus oisifs, n'est pas une très bonne idée. Et surtout pas la plus digne. Derrière chaque "boomer" existent des réalités multiples (notamment financières) qui ne justifient pas un tel amalgame. La désignation d'un bouc émissaire n'a jamais permis de sortir d'une crise la tête haute.