Notre édito de la semaine
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°669
L'édito de Marie Auffret: Jardins à partager
"Il faut cultiver notre jardin", concluait le Candide de Voltaire, nous encourageant à consacrer notre vie à agir à hauteur d'homme et à travailler sur nous-mêmes, plutôt que de nous abandonner à la passivité et à d'inutiles spéculations. Vous vous demandez sans doute ce que la morale de Candide vient faire ici? C'est qu'elle m'est venue à l'esprit en faisant la connaissance, dans ce numéro, de trois personnalités hors du commun. Bon, c'est vrai, j'ai été d'emblée inspirée par l'histoire d'Annie Blanchais, 73 ans, qui a créé chez elle, dans l'Orne, un jardin anglais. Un petit coin de paradis qu'elle cultive, au propre comme au figuré, huit à dix heures par jour. Au fil des années, elle a planté, déplanté, replanté… Aujourd'hui, elle fait découvrir à des visiteurs son œuvre d'ombres et de lumière et rien ne la réjouit tant que de transmettre son amour de la nature à des jeunes: "Quand je les vois, je me dis que la relève est assurée!" (p. 32)
Son jardin à lui est à mille lieues sous les mers. Lui, c'est François Sarano, plongeur et océanographe. Celui qui fut conseiller scientifique du commandant Cousteau a consacré sa vie à la défense des fonds marins. À 71 ans, il se bat pour que justice soit rendue aux habitants de la planète bleue. Et si Voltaire nous incite à cultiver notre jardin, François Sarano nous convie à agir et à entrer en empathie avec les océans. N'appartiennent-ils pas à notre jardin commun? Oui, rencontrer des baleines dans l'immensité du grand bleu, cela rend philosophe (p. 20).
Cultiver ce qui nous fait grandir, pour avancer sans se laisser submerger par "une espèce d'anxiété métaphysique": c'est la leçon de vie que Gérard Jugnot a adoptée. À sa façon, lui aussi a défriché, biné… Les années passant, il s'est extrait de ce qu'il nomme son "vertige d'exister" en perfectionnant son talent pour la comédie. Avec le rire face aux incertitudes du monde, il a apprivoisé ses peurs, transformé ses fragilités en force et, à 74 ans, a bâti une carrière qui traverse toutes les générations. "Je dis souvent que le rire, c'est comme les essuie-glaces. Dans la pluie du malheur, ça n'arrête pas les gouttes, mais ça permet d'avancer." (p. 8) Si ce n'est pas de la philosophie, ça y ressemble, non? Belle fin d'été!
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