L'édito de Marie Auffret: Quand la vente en ligne remplace le lèche-vitrine

Vous l'avez peut-être remarqué si vous avez parcouru cet été des villes françaises: les rues commerçantes y sont de moins en moins… commerçantes. Je ne parle pas des échoppes aux rideaux baissés pour cause de congés mérités, mais de celles qui ont bel et bien mis la clé sous la porte. De celles dont les grilles ou rideaux de fer sont souvent recouverts de tags ou tapissées d'affichettes décolorées. De celles qui sont murées, laissant peu d'espoir d'une renaissance prochaine. Difficile d'y échapper et de ne pas se laisser gagner par une certaine nostalgie face à ces portes closes.

Selon Codata, spécialisée dans la production de données sur l'immobilier de commerce, le nombre de boutiques fermées a encore augmenté en 2024, au point d'être plus élevé que pendant la période du Covid. "Entre 2004 et 2024, le taux de vacance moyen des magasins des centres-villes est passé de 5,94% à 10,85%" soulignait Le Monde dans son édition du 8 juillet, endénombrant 132 villes ayant vu leur taux de vacance doubler depuis 2016 (il a néanmoins reculé pour 102 d'entre elles). Et si ce phénomène est frappant dans les rues animées au cœur des villes, il n'épargne pas non plus les centres commerciaux. Autant de lieux de vie qui perdent de leur dynamisme et de leur attractivité pour les promeneurs, amateurs de jolies vitrines.

Inflation, inquiétudes sur le pouvoir d'achat, disparition de grandes enseignes d'habillement, développement du commerce en ligne et de la seconde main, manque d'accessibilité de certains centres-villes… toutes ces raisons contribuent à expliquer la fermeture de ces boutiques. Sans oublier d'interroger nos nouvelles habitudes de consommation qui passent – notamment chez les plus jeunes – par le "scroll" en ligne. Chez la nouvelle génération, le repérage de vêtements sur le smartphone a remplacé le lèche-vitrine (qui soit dit en passant permet pourtant aux moins sportifs d'entre nous d'accomplir sans même y penser les fameux 7000 pas quotidiensrecommandés pour garder la forme!). La tendance est désormais bien ancrée, comme en témoigne le classement de la plateforme Joko. Les distributeurs auprès desquelles les Français auraient le plus dépensé lors du dernier Noël dament le pion aux grands enseignes ayant pignon sur rue: Amazon et Action devant Leroy Merlin, puis Vinted, Cdiscount et Shein… Ceci explique sans doute cela.