Notre édito de la semaine
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°670
L'édito de Marie Auffret: Ma coloc et moi
Baby-boomers, génération X, Y ou Z… Les premiers seraient réfractaires au changement ; les autres, cyniques et individualistes, ou encore ne penseraient qu'aux loisirs… Stop aux clichés liés à l'âge! Et si, finalement, les diff érences étaient plus marquées à l'intérieur d'une génération qu'entre des personnes nées à plusieurs années – voire décennies – de distance? Pour vous en convaincre, je vous conseille la lecture de nos pages Rencontres (p. 34). Ce mois-ci, nous nous sommes rendus à Orléans faire la connaissance de Yasmina, 27 ans, de Capucine, 28 ans, et de Sylvie, 80 ans. Ces trois femmes ont vécu dans une colocation qui rassemblait retraités, étudiants et jeunes en activité. Leur "aventure humaine", comme la décrit Yasmina, a donné lieu à un documentaire*, La Coloc, diffusé au printemps dernier sur Canal+. Un état des lieux sans fard et passionnant qui nous a donné envie, quelques mois plus tard, de revenir sur cette expérience.
Évidemment, nous avons posé la question qui s'impose: y a-t-il eu une guerre des générations? Eh bien pas du tout! Dans leurs mots, leurs rires et leurs silences, on devine entre les trois femmes des liens solides faits de souvenirs communs d'affrontements, de petites mesquineries, mais aussi de moments de solidarité et de coopération inattendus dans lesquels l'âge des uns et des autres est à peine évoqué. Est-ce que cela nous donne envie de tenter l'expérience? Pourquoi pas, mais mieux vaut être clair et mesuré sur ses attentes, disposer d'une charte commune à laquelle se référer en cas de conflit… et aussi être doté, comme l'est la lumineuse Sylvie, d'un sens de la diplomatie et d'une ouverture d'esprit à toute épreuve. Ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Que retenir de cette expérience? Que, lorsque pour diverses raisons (financières, solitude, rupture…) le besoin de déménager s'impose, des alternatives, même temporaires, existent. Elles ne concernent aujourd'hui qu'une minorité d'entre nous, mais elles font leur chemin: béguinages solidaires, habitat inclusif, colocations pour seniors… Certes, dans une large majorité des cas, les Français souhaitent vieillir dans leur domicile "historique", parfois soutenus par des proches aidants que la société doit aussi protéger, au-delà de leur dédier une journée par an, le 6 octobre (p. 22, p. 42 et p. IX du cahier Droits). Mais il est rassurant d'apprendre que, face au vieillissement de la population, de nouvelles solutions émergent côté habitat. Pour Sylvie, c'est clair. Malgré les diffi cultés, elle l'affirme: "Si c'était à refaire, je signerais sans hésiter!" Elle est d'ailleurs à la recherche d'une nouvelle colocation intergénérationnelle… Avis aux amateurs!
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