L'édito de France Lebreton: GPS, mémoire et orientation: vous en êtes où?

Nous en avons sans doute tous fait l'expérience: au volant de la voiture, ou en coéquipier, un regard sur la route, un regard sur le GPS, nous suivons docilement les indications vocales et visuelles de l'ordinateur de bord pour rouler d'un point à un autre. À l'arrivée , nous ne savons plus exactement par où nous sommes passés, il nous est d'ailleurs souvent difficile de nous remémorer les différents points de repère (panneau, rond-point, monument, élément de paysage...) croisés sur la route, et il est fort probable qu'au retour, nous demanderons à Google Maps ou à Waze de nous guider pour accomplir le chemin inverse. Mais comment faisions-nous avant pour nous déplacer? Nous disposions de cartes routières certes, et surtout d'une autre forme de GPS, autonome celui-ci, et toujours pr ésent dans un coin de notre tête, pourvu qu'il soit entraîné régulièrement: notre sens de l'orientation!

Or, dans un article lu dans la revue savante The Conversation, on apprend que l'usage systématique du GPS aurait un impact négatif sur notre boussole interne et notre manière de nous repérer dans l'espace en général. Différentes études suggèrent en effet que les utilisateurs intensifs de GPS s'orientent moins bien dans les environnements nouveaux et développent une connaissance moins précise des lieux visités. Bref, ces outils numériques, toujours plus envahissants, que ce soit en voiture ou lors d'une promenade à pied, nous feraient-ils perdre le sens de l'orientation? Celui-là même qui se forge dès les premières années de la vie.

Entre 6 mois et 9 mois, le bébé parvient à utiliser des repères visuels familiers pour ajuster son orientation. En apprenant à marcher, il fait progresser ses compétences spatiales qui vont s'affiner au fil des années. Et dès l'âge de 5 ans, l'enfant est capable de construire des "cartes mentales" dans sa tête.

"Notre cerveau utilise deux systèmes de navigation, explique le Dr Damien Mascret , interrogé par France Info. Le premier vous dit “prenez à droite”, “tournez à gauche”, c'est le système de navigation typique du GPS. L'autre système, beaucoup plus global, utilise la cartographie. Vous créez une carte mentale de l'endroit où vous êtes, de celui où vous voulez aller et du circuit que vous allez suivre entre les deux.

Alors évidemment, plus on utilise le système du GPS, moins on entretient sa mémoire, son sens de l'orientation, et sa cartographie." Alors, comme souvent, la solution se trouve probablement dans un usage raisonné et raisonnable de nos assistants électroniques. S'il est un allié précieux hors des sentiers battus, le GPS ne doit pas nous empêcher de lever les yeux, de vérifier les panneaux de direction, de mémoriser quelques repères, d'être attentif au paysage. Et pourquoi pas éviter de l'utiliser pour des trajets courts ou proches que l'on peut facilement préparer ou anticiper mentalement?

Enfin, une bonne vieille carte routière consultée avant le départ, puis glissée dans la portière ou la boîte à gants, nous dépannera d'une déconnexion intempestive (si, si ça arrive!), nous permettra d'élargir le champ de notre vision, de mieux appréhender les distances et le monde qu i nous entoure. Bon voyage!