Notretemps.com Notretemps.com Notretemps.com

Je l'ai vécu. Marlène: "Le jour où quelqu'un m'a cédé sa place dans le bus, je me suis découverte 'vieille'"

À 65 printemps, Marlène ne ressentait pas le poids des années, mais elle s'est un jour sentie "vieille" dans le regard des autres. Qu'importe: la sexagénaire a choisi de continuer à aller de l'avant et de s'aimer comme elle est.

Vous aimez cet article?


"Jusqu'à très récemment, je ne m'étais jamais sentie vieille. Il faut dire que j'ai la chance de n'avoir quasiment pas pris un gramme lors de ma ménopause (je suis passée d'un petit 34 à un 36) et, qui plus est, je n'ai pas trop de rides. Sans compter que j'ai toujours été quelqu'un d'alerte, d'enjoué et de positif. Bref, sans me prendre pour une jeune demoiselle, j'étais persuadée qu'on me donnait largement moins que mon âge. Mais l'été dernier, alors que passais quelques jours chez ma fille, dans le sud de la France, une femme, d'une bonne quarantaine d'années à vue de nez, s'est spontanément levée en me voyant monter dans le bus, afin de me céder sa place. Je précise quand même que ce jour-là, j'étais vêtue d'un jean bien coupé et légèrement maquillée. Bref, je me sentais au mieux de ma forme. J'ai d'abord gentiment refusé, en précisant que je descendais trois stations plus loin, mais elle a insisté, en ajoutant que "à mon âge, je devais être certainement fatiguée avec cette chaleur écrasante". Prise de court, j'ai donc accepté sa proposition qui partait, certes, d'un bon sentiment de sa part, mais j'avoue que ça m'a fait un choc. C'était la première fois qu'on me faisait remarquer que je n'étais plus de la première jeunesse et qu'on me renvoyait une image de moi avec laquelle je n'étais, sans le savoir, pas très à l'aise. Tout le reste du trajet, je n'ai pas arrêté de penser à ce qu'il venait de se passer. La pilule a été d'autant plus dure à avaler que, en racontant l'anecdote le soir à mon gendre, je me suis rendue compte qu'il n'avait finalement pas l'air plus surpris que ça qu'on me propose de m'asseoir dans les transports en commun. La dame avait eu, selon lui, le bon réflexe (c'était juste une question de politesse vis à vis des aînés, a-t-il ajouté) et, à aucun moment, il n'a imaginé qu'elle avait pu commettre un impair. Dans les jours qui ont suivi, je me suis littéralement scrutée dans le grand miroir sur pied de ma chambre à coucher. Et là, j'ai bien été obligée de reconnaître que, même si ma silhouette était encore harmonieuse et que je vieillissais globalement plutôt bien, l'ovale de mon visage, lui, n'était plus aussi bien dessiné qu'il ne l'était dix ans plus tôt. Quelques taches sur mes mains et mon décolleté trahissaient probablement aussi mon âge. Pour être tout à fait honnête, j'avais d'ailleurs constaté que, depuis un certain temps, les hommes ne me regardaient plus dans la rue. J'étais devenue invisible, alors que, autrefois, sans faire tourner les têtes, j'attirais souvent les regards et les sourires de la gent masculine. L'idée de la chirurgie esthétique m'a alors subrepticement traversé l'esprit. Et puis, je me suis très vite ravisée. En dépit de quelques douleurs articulaires ici et là et d'une mémoire parfois défaillante qui me faisait régulièrement oublier l'endroit où je venais de poser mes lunettes, j'étais encore en bonne santé et, surtout, très bien entourée. Au fond, c'était bien ça l'essentiel. J'ai alors pris la décision d'accepter pleinement d'être une personne âgée dans les yeux des autres et de continuer, pour ma part, à ne pas attacher plus d'importance que ça aux stigmates du temps. Ils représentent mon identité de femme qui a vécu et profité de la vie. Je n'ai plus le physique de mes vingt ans (on ne peut pas être et avoir été, dit le dicton), mais je me sens plus sage, plus sereine, et plus que jamais en harmonie avec moi-même. Comme avant, je savoure donc chaque instant intensément et profite désormais, sans remord ni regret, de mon statut de "vieille dame". Je paie non seulement moins cher mon ticket de cinéma, mais je m'assoie aussi lorsqu'on me le propose (ça arrive de plus en plus souvent), tout en essayant à chaque fois d'entamer un dialogue. Car ce n'est pas parce que je suis une personne du 3e âge que je dois cesser d'être ouverte d'esprit et d'interagir avec les autres".

Prolongez votre lecture sur le sujet :

Commentaires (0)