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Je l'ai vécu: Marion, 51 ans: "J'ai rompu les liens avec ma famille, c'était douloureux mais libérateur"

Après avoir accumulé, des années durant, les blessures émotionnelles, Marion a choisi de rompre le lien avec sa famille. Une séparation qui l'a libérée, mais qui lui laisse un vide parfois difficile à combler. Elle témoigne.

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Je n'ai plus aucun contact ni avec mes parents, ni avec ma sœur, depuis bientôt vingt ans. Ce n'est pas la décision la plus facile que j'ai prise dans ma vie, mais je sais qu'elle m'a permis d'avancer et, surtout, de ne pas sombrer. Aujourd'hui encore, je me dis qu'il n'y avait pas d'autre issue possible. Il faut dire que, durant toute mon enfance, j'ai été le mouton noir de la famille. J'étais une petite fille docile et je faisais tout pour me faire accepter et aimer des miens, mais je me sentais constamment mise à l'écart, rejetée. Plus j'étais gentille, et plus on me repoussait.

Ma sœur Clémence, de dix-huit mois mon aînée, était particulièrement cruelle avec moi. Pour je ne sais quelle raison, elle m'excluait systématiquement de son petit monde, alors qu'elle était ultra-sociable et que, contrairement à moi, elle n'était jamais seule (une flopée de camarades défilait le week-end à la maison). Et si – miracle! - elle acceptait un jour que je joue avec elle dans sa chambre, ça ne durait jamais très longtemps. Au bout de quelques minutes, elle finissait toujours par décréter que j'étais bête (à l'entendre, je ne comprenais jamais rien) et je finissais neuf fois sur dix par quitter la pièce en pleurant. Maman, elle, ne me soutenait jamais.

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Comme j'avais des problèmes d'attention en classe et que mes résultats scolaires s'en ressentaient, elle n'arrêtait pas de me houspiller et de me rabaisser, en me répétant à longueur de journée que j'étais bonne à rien et que, si je ne me ressaisissais pas, j'allais finir SDF. Elle me comparait sans cesse à Clémence qui, elle, était brillante. Elle m'a même dit une fois regretter d'avoir eu un deuxième enfant. Tous mes cousins et cousines ont fait de belles études et, à l'entendre, j'étais la honte de la famille. Quant à mon père, il était plus intéressé par son travail que par mon éducation et n'avait aucune empathie pour moi. C'est à peine s'il savait dans quel établissement j'étais scolarisée. Bref, je ne recevais jamais d'encouragements, ni de reconnaissance. Autant dire que mon estime de moi était au plus bas.

Pendant des années, j'ai néanmoins continué à chercher – en vain - l'approbation de mes proches, celle de maman surtout. Et puis, un jour, j'en ai eu marre et j'ai décidé d'arrêter de quémander l'amour qu'on ne me donnait pas. Le déclic a eu lieu peu après la naissance de ma première fille, alors que j'étais allée rendre visite à mes parents. Après avoir souligné qu'elle n'aimait pas le prénom que mon mari et moi lui avions donné, ma mère a ajouté qu'elle "croisait les doigts pour que sa petite-fille soit un peu plus futée que sa fille et ne finisse pas secrétaire de direction". C'était dit sur le ton de la plaisanterie (du moins, j'imagine), mais j'étais sous l'influence des hormones de la grossesse et mon sang n'a alors fait qu'un tour. D'autant que mon père n'avait rien trouvé de mieux, ce jour-là, que de rire à gorge déployée des railleries de ma mère. J'ai alors claqué la porte, bien décidé à couper les ponts avec eux. J'avais compris que ma famille n'en serait jamais vraiment une et qu'elle était toxique.

Pour être tout à fait honnête, la cassure ne s'est pas faite tout de suite. Les deux premières années, je continuais à leur envoyer des SMS pour les occasions, comme les anniversaires. Et puis je me suis rendue compte que ni mes parents, ni ma sœur, ne cherchaient vraiment à rester en contact avec moi. Ils répondaient à mes messages, mais si je n'écrivais pas, je n'avais jamais de nouvelles. Pas même pour la nouvelle année. Sans compter que ma mère ne s'est jamais excusée, à la suite de ses propos déplacés. J'ai donc déménagé à 600 kilomètres de ma ville natale et rompu définitivement les ponts. Je n'avais plus envie de gaspiller mon énergie pour des personnes qui ne le méritaient pas.

Après un nombre incalculable de nuits blanches et de larmes, j'ai fini par ressentir une vraie délivrance. Il n'empêche: les fêtes de fin d'année me donnent encore systématiquement la nausée. De même que l'idée de savoir que la prochaine fois que je reverrai ma sœur, ce sera probablement chez le notaire, après le décès de nos parents. Ça me fend le cœur de réaliser que je ne leur dirai pas aurevoir, mais c'est comme ça. Il est trop tard pour envisager une réconciliation. Il m'arrive aussi parfois de regretter les petits marques d'affection, ou plutôt d'attention, que j'ai cru, à certains moments, percevoir de la part des uns et des autres. Tout cela me pèse terriblement. Car j'avoue que ce n'est pas normal de ne pas voir ses parents, ou ses frères et sœurs, et de ne jamais parler d'eux. Je me concentre sur ma relation avec mon mari et mes enfants, mais j'ai un gros sentiment de gâchis.

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