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J'ai testé.... me balader seule en forêt

Notre journaliste Joséphine Lebard est passée outre sa crainte d'aller se balader en forêt, seule, à un moment où il y a peu de fréquentation. Elle nous livre son témoignage.
forêt
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Avec l'automne qui s'installe, forcément, l'appel de la forêt se fait ressentir. A moi les teintes mordorées des frondaisons, les parfums d'humus et de champignons, le scritch-scritch des feuilles mortes sous mes pas. Oui mais voilà. La seule fenêtre de tir que j'ai pour cette virée, c'est une matinée de semaine. Autant dire un moment où les sentiers, en termes d'affluence, n'ont pas grand chose à voir avec les Champs-Elysées... Et un moment où mes amis ne sont pas vraiment disponibles pour m'accompagner. Or, j'ai un peu la trouille d'aller randonner toute seule dans les bois. Dans mon malheur -ou disons plutôt dans mon angoisse- une source de réconfort: nous sommes visiblement un certain nombre à partager cette frousse. Selon une étude de 2022 menée par l'Office National des Forêts (ONF) sur la perception des Franciliens sur les forêts (1), à la question "pourquoi ne vous y rendez-vous pas plus fréquemment?", 50% des femmes sondées ont répondu ne pas aimer y aller seules.

"Pour mieux lutter contre une appréhension, rien ne vaut l'analyse", me dis-je. Et, de fait, en tant que femmes, on nous a inculqué à avoir peur de la forêt... C'est sûr que les péripéties du Petit Chaperon Rouge ne donnent pas forcément envie d'aller baguenauder en solo. Et que dire de la chanson "promenons-nous dans les bois?" qui, elle aussi, fait peser la menace du loup? Autant de classiques de l'enfance qui ont du imprégner, sans que je m'en rende compte, mon inconscient. Pour cette première virée, je décide de tout bien baliser pour me sécuriser. Je choisis la forêt de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) accessible en RER et non loin de la ville. Sur le net, je me trouve un parcours d'une dizaine de kilomètres que je télécharge via une appli. Evidemment, je pars avec mon téléphone portable chargé au maximum, une gourde d'eau elle aussi bien pleine, de quoi grignoter et une cape de pluie. J'ai prévenu de mon escapade quelques copines avec lesquelles je partage un groupe Whatsapp.

Le jour J, après un check météo, je m'engouffre donc dans le RER direction Saint-Germain-en-Laye. Si, dans le parc du domaine, je croise encore pas mal de flâneurs, cela se clairsème clairement une fois dans la forêt. Mon ouïe d'indécrottable urbaine est en alerte au moindre craquement de branche ou frou-frou de feuilles. Je me retourne une fois ou deux: est-ce qu'il n'y aurait pas quelqu'un derrière moi? "Ca va?", me textotent mes amies. J'envoie un selfie depuis une jolie clairière, sourire bravache aux lèvres. Allez, je ne vais pas me laisser décontenancer par deux marrons tombés au sol! Plutôt que de stresser, je décide de profiter.

Après tout, les gens savent où je suis et les Yvelines, ce n'est pas franchement le fin fond de l'Amazonie! A partir du moment où je décide de lâcher prise, je peux enfin être complètement dans le moment présent. Je m'attache aux couleurs des feuillages, aux essences d'arbres que je croise - l'occasion de constater qu'il faut que j'étoffe mes connaissances en la matière- et surtout je sens que mon cerveau arrête de mouliner. Rien d'étonnant, une étude américaine de 2015 a prouvé qu'une marche de 90 minutes dans la nature diminuerait la rumination. Je croise quelques marcheurs et nous nous saluons d'un hochement de tête accompagné d'un sourire, comme les membres d'un club conscients de leur chance. Si elle m'inquiétait un peu au départ, j'apprécie désormais cette solitude qui me permet d'aller à mon rythme, où je veux et sans être obligée de parler. Trois heures plus tard, me voici de retour à la gare. Sur le quai, je me fais la promesse que cette virée solo en forêt sera la première d'une longue série.

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