Notretemps.com Notretemps.com Notretemps.com

J'ai testé pour vous... le restaurant en solo

Mieux vaut être seul(e) que mal accompagné(e), à en croire l'adage. Mais fonctionne-t-il aussi devant l'assiette? Pour le vérifier, Rose Wojtasik a pris rendez-vous en tête-à-tête avec elle-même. Elle raconte.

Vous aimez cet article?

Pour être tout à fait honnête, ça fait des jours que je repousse l'écriture de cet article et, surtout, le moment où je vais devoir aller m'attabler en solitaire dans un restaurant près de chez moi, alors que j'ai, depuis des décennies, un copilote de vie et des copines qui ne demanderaient probablement qu'à m'accompagner (du moins, c'est ce que je veux croire!), et ce dans le seul but de vous raconter, chères lectrices, chers lecteurs, ce qu'une quinquagénaire, pas coutumière de l'exercice, ressent dans ce genre de situation.

Au fond de moi, je sais que déjeuner ou dîner seul(e) en public n'a rien de triste, d'infamant ou de bizarre. Des tas de gens - des hommes d'affaires en déplacement, mais aussi des esseulés pour une raison X ou Y-, s'adonnent chaque jour à cette pratique, que j'ai d'ailleurs moi-même expérimentée à l'occasion de reportages en province. Oui mais voilà, il y a, selon moi, une grosse différence entre le faire par nécessité ou par goût et le faire par choix, voire par obligation.

Lire aussi> "J'ai conscience d'avoir toujours plus donné à mon fils qu'à ma fille"

Qu'importe: ce vendredi soir je suis prête à repousser mes limites. Je laisse ma moitié se réchauffer un plat de lasagnes surgelées que, en épouse attentionnée, j'ai pris le soin de lui acheter la veille... et c'est parti. En franchissant la porte du café-cantine bio, je me sens un poil mal à l'aise. Ça faisait un moment que j'avais envie de tester ce lieu, mais le tofu, le seitan et les graines ne sont pas la tasse de thé de mes proches.

C'est le premier point positif de cette soirée: je ne suis pas obligée de négocier quoi que ce soit avec mes acolytes. Je vais où je veux et je mange ce qui me plaît. Bref, pour l'heure, j'ai surtout peur de tomber sur une connaissance qui se demanderait ce que je fais là seule. Je jette un rapide coup l'oeil dans la salle, mais ouf... la voie est libre de tout visage familier. J'aperçois au passage une jeune fille dégustant son burger végétal en sa seule compagnie. Elle n'a pas l'air le moins du monde gênée.

Ma réservation en solo intrigue néanmoins le serveur (est-ce dû à ma maturité?) qui me lance d'emblée un "Vous attendez quelqu'un?". Euh, non... Je choisis une petite table près de la fenêtre, en me disant que je pourrai toujours regarder les gens passer dans la rue. Car ce qui me turlupine le plus, hormis le fait d'être regardée, jugée ou même abordée, c'est de n'avoir personne à qui parler. Pour moi, manger rime forcément avec convivialité.

Ce soir, je crains de m'ennuyer ferme. J'ai d'ailleurs emporté un petit carnet et un stylo que j'ai posés à portée de main. Je pourrai toujours y griffonner quelques notes pour mon papier, mais surtout pour me donner bonne contenance. Quant à mon smartphone, il est, lui, chargé à fond. Je n'en suis pas fière, mais surfer sur internet reste souvent ma distraction favorite pour tuer le temps. Je me suis cependant fait la promesse de ne pas tout de suite céder à la tentation.

Une occasion propice à l'introspection

Je veux profiter de mon repas et de ce moment unique. En attendant mon poke bowl aux falafels et mon jus poire-pomme-gingembre, je regarde les assiettes passer et, surtout, j'observe, bien décidée à ne pas perdre une miette de la micro comédie-humaine qui se joue près de moi. À proximité de moi, il y a ceux qui parlent boulot, enfants, conjoint, météo ou s'échangent de bonnes adresses de restaurants branchés, ceux qui veulent un mets qui n'est pas sur la carte et s'agacent presque de ne pas obtenir satisfaction, ceux (et notamment celles) qui picorent dans le plat de l'autre, puis culpabilisent en prenant un dessert, mais aussi cet homme qui, sa commande à peine passée, bosse déjà sur son ordi, et ce couple, sensiblement de mon âge, qui ne décroche pas un mot de tout le repas.

Contre toute attente, aucun de ces clients ne semble avoir remarqué ma présence. Et dire que je pensais que j'allais être au centre de l'attention! Lorsque mon plat arrive, je prends le temps, pour la première fois, de savourer chaque bouchée, à mon rythme. Il est vrai que je n'ai pas besoin de me concentrer pour écouter quelqu'un parler ou lui faire la conversation. J'en profite ensuite pour réfléchir à mes projets personnels et aussi trouver des petites solutions rapides à mes problèmes d'intendance (demain j'appelle le jardinier pour tailler ma haie).

L'occasion est propice à l'introspection. Je ne cherche même pas à discuter avec le serveur, pourtant affable, ni même à consulter les notifications de mon portable. Je suis fière de moi. Il est bientôt 22 heures et, après un ultime pudding aux perles de chia et mangue, je m'apprête à regagner mes pénates. Suis-je prête à renouveler l'expérience? Je l'ignore encore, mais une chose est sûre: j'ai passé un très bon moment avec moi-même. Sans compter que j'ai découvert des mélanges inattendus et des saveurs originales.

Prolongez votre lecture sur le sujet :

Commentaires (4)