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Greffe: la recherche franchit de nouveaux caps

Dernier recours quand un organe n’assume plus son rôle, la greffe est l’un des plus grands progrès médicaux du XXe siècle, et nous n’avons pas encore tout vu! Des pistes, déjà concrètes ou futuristes, sont en train d’émerger.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672

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Anticiper les risques de rejet grâce à l’intelligence artificielle

Maximiser la durée de vie du greffon

Un greffon n'est pas éternel: la survie médiane d'un rein transplanté est de quatorze ans (cela signifie que la moitié tiendra plus longtemps, l'autre moitié moins). L'organisme du patient transplanté peut en effet attaquer le greffon (on parle alors de "rejet"), et si le greffon est trop endommagé, le patient devra retourner à la dialyse et espérer une nouvelle greffe. Pour offrir la meilleure qualité de vie possible, surtout dans un contexte de pénurie d'organes, maximiser la durée de vie du greffon est donc un vrai enjeu, et l'intelligence artificielle (IA) peut y aider.

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Un outil IA de prédiction du risque de perte du greffon

L'équipe du Pr Alexandre Loupy à l'Institut de transplantation et de régénération d'organes de Paris, est une des plus avancées au monde dans le domaine de l'IA. Dès 2019, au terme de nombreuses années de recherches, elle a créé l'iBox, un outil d'aide à la décision pour le suivi des patients transplantés. Premier algorithme universel de prédiction du risque de perte du greffon, l'iBox permet, à partir des données médicales du patient (résultats de la biopsie du rein, analyse des anticorps dirigés contre le greffon, évaluation de la fonction rénale…), de déterminer, dès les premiers mois après la transplantation, l'espérance de survie du greffon sur une période allant jusqu'à dix ans.

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Une prédiction fiable à 80%

Une information cruciale, qui permet aux médecins d'ajuster le plus finement possible les traitements prescrits. "En prédisant le risque, la machine va permettre au médecin d'adapter sa stratégie thérapeutique pour améliorer le pronostic et faire durer le greffon le plus longtemps possible", explique le Dr Marc Raynaud, directeur scientifique et spécialiste de l'IA au sein de l'équipe. Et les résultats sont probants: "La prédiction de l'iBox est fiable à 80% , ajoute-t-il. Une étude publiée dans la revue scientifique Communications Medicine, qui a comparé ses performances à celles des médecins, a d'ailleurs conclu qu'elle fait mieux que l'homme pour prédire le risque!"

L'iBox est actuellement déployée à l'hôpital Tenon et à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, mais aussi à Grenoble, ainsi que dans plusieurs établissements en Grande- Bretagne (dont Oxford, Londres, Leeds), en Espagne et aux États- Unis. Elle devrait être utilisée prochainement en Inde.

Vessie, utérus… l’espoir de pouvoir transplanter davantage d’organes

Une première greffe de vessie humaine

Les premières transplantations réalisées, dès la fin des années 1960, ont privilégié les organes vitaux: coeur, poumon, foie, rein. Au fil du temps, les médecins ont élargi leur champ d'action pour s'ouvrir à des organes plus "fonctionnels": on a ainsi assisté en France à une double greffe de mains en 2000, une greffe d'utérus en 2019, de larynx en 2023… En mai 2025, une équipe américaine a même réalisé avec succès une première greffe de vessie humaine! De quoi éviter la traditionnelle poche de stomie en cas d'ablation (poche extérieure pouvant recueillir les urines), difficile à vivre pour les patients. Des pistes encourageantes, souligne le Dr Benoit Averland, directeur adjoint du prélèvement et de la greffe d'organes-tissus à l'Agence de la biomédecine, qui rappelle les conditions pour qu'une pratique de greffe se développe et se démocratise: "Il faut qu'elle soit éthiquement acceptable, il faut qu'elle marche, qu'il y ait des besoins, et que la balance bénéfice/risques penche en faveur de la transplantation. Pour le larynx, par exemple, la greffe fonctionne, mais le résultat reste à optimiser."

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Des organes de porcs pour pallier le manque de greffons?

Des exogreffes, une piste prometteuse

Afin de remédier au manque de donneurs (20 000 patients en attente de greffe en France pour seulement 6 000 transplantations par an), il est tentant d'imaginer pouvoir un jour recourir en masse à des organes animaux (on parle dans ce cas de "xénogreffe"). Le porc, disponible en quantité, et dont les organes présentent des similitudes anatomiques avec l'homme, notamment la taille, paraît tout indiqué, mais les tentatives ont longtemps buté sur un écueil: la violente réaction de rejet que cette espèce étrangère génère chez l'homme. En modifiant génétiquement des organes du porc, plusieurs équipes américaines et chinoises ont réussi à les "humaniser", et donc à les rendre plus compatibles. Coeur, rein, foie, poumon… plusieurs transplantations expérimentales, sans encore de résultat durable à ce jour, ont ainsi été réalisées ces dernières années, ouvrant une piste prometteuse.

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Et si, demain, on créait un intestin artificiel?

Fabriquer en laboratoire des segments d'intestin de quelques centimètres, à même de remplacer une fraction d'intestin grêle ou de colon manquante ou défaillante? C'est le grand projet de Maxime Mahé, chercheur à l'Inserm et à l'université de Nantes. Ses travaux, soutenus par la Fondation pour la recherche médicale, consistent à mettre au point des tissus artificiels, créés in vitro à partir de cellules souches humaines, capables de reproduire des tronçons de l'organe dans toute leur complexité, transplantables et fonctionnels. De là à imaginer la greffe d'un intestin artificiel en entier? "Nous commençons à mener des essais sur des modèles animaux, et on peut raisonnablement espérer pouvoir remplacer au moins un morceau d'intestin chez l'homme à l'horizon d'une quinzaine d'années", avance le chercheur.

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