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Gérard Jugnot: "Mes parents m’ont transmis l’honnêteté, le sens du travail, la gourmandise et le cholestérol!"

Éternel gamin, toujours partant pour faire le pitre au cinéma comme dans la vie, Gérard Jugnot est aussi un coeur tendre, aimé de toutes les générations. L’acteur et réalisateur revient sur grand écran cet été avec "Y a pas de réseau", une comédie familiale à son image.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°669

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Vous rencontrer, c’est un peu comme retrouver un membre de la famille . On doit souvent vous le dire…

Gérard Jugnot:  On me dit aussi: "Vous êtes un monument." Quand je me regarde dans la glace, j'ai plutôt l'impression de voir un monument en péril! Plus sérieusement, j'ai des rapports très chaleureux avec le public. Et parfois même un peu trop. J'ai l'impression de vivre dans un village de 68 millions d'habitants. Ce qui me fait plaisir, c'est que j'entends autant de "Ma grand-mère vous adore" que j'ai de demandes de selfies avec des mômes qui viennent me voir parce que j'ai joué dans Scout toujours ou Ducobu. Je brasse large!

Dans Y a pas de réseau, vous campez un rôle de malfrat attardé aux côtés de Maxime Gasteuil qui incarne votre fils. Un duo à la Laurel et Hardy! Comment s’est passée votre collaboration?

Gérard Jugnot: Je ne connaissais pas Maxime jusqu'en 2023, époque où il faisait la première partie de mon spectacle, au théâtre Édouard VII, à Paris. Chaque jour, ce couillon dépassait sur l'horaire prévu. Ça m'agaçait prodigieusement! Un soir, je suis allé voir son spectacle et j'ai trouvé ça formidable. Il a une présence sur scène, une énergie, une force. Il me fait penser à Coluche. On a sympathisé. Sur le tournage, on est devenus très amis et on a beaucoup ri. Humainement, c'est un type super. J'ai retrouvé avec lui le plaisir du comique burlesque, qui est très physique.

Devant ou derrière la caméra, vous tournez souvent avec des jeunes comédiens. Décrivez-nous vos relations avec cette génération.

Gérard Jugnot: J'aime sortir de ma zone de confort et m'acoquiner avec de jeunes acteurs. J'y suis un peu obligé parce que des vieux de ma génération, il y en a de moins en moins. Nous nous retrouvons sur le terrain du rire où il n'y a pas de frontière d'âge. Je me souviens, plus jeune, j'ai tourné avec Marielle, Rochefort, Jean Yanne, Jean Carmet… J'étais stupéfait que des types de 60 ans se comportent comme des gamins. J'avais envie d'être comme eux, au même âge.

Vous avez quel âge, aujourd’hui, dans votre tête?

Gérard Jugnot: Toujours 10 ans! Je pense que je devrais me ranger un peu mais ça m'excite beaucoup de continuer à faire des trucs de fou. Là, dans mon dernier film, je donne des leçons de zumba en prison. Pour préparer le tournage, j'ai dû prendre des cours de danse. Je ne sais pas si vous imaginez! Même chose quand je suis sur le plateau des Grosses Têtes sur RTL, j'ai l'impression d'être le petit jeune alors que je suis le petit vieux.

Quel rapport entretenez-vous à l’enfance?

Gérard Jugnot:  Je me sens à l'aise avec les mômes parce que je suis à leur niveau. Leur niveau de bêtise! Comme eux, j'adore jouer. Là par exemple, je tourne la suite de Ducobu que les enfants adorent. Pour eux, je suis un peu l'oncle déconneur. J'aime bien ce rôle. Et puis, peut-être que je me suis senti meilleur père et grand-père au cinéma que je ne l'ai été dans la vie. C'est pour cela aussi que j'ai fait du cinéma, pour vivre la vie en plus beau, en plus grand.

Comment le rire est-il entré dans votre vie?

Gérard Jugnot: Par l'intermédiaire d'un cousin qui avait ramené des farces et attrapes lors d'un repas de mariage. Chez nous, ça ne rigolait pas beaucoup. J'ai eu une enfance tout à fait heureuse, mais un peu grise. Et voir ce mec de 40 ans, mettre une crotte en plastique et un verre baveur sur la table, c'était extravagant. J'avais 8 ans et j'ai découvert la puissance du rire et sa capacité à éclairer la vie et, même, à la réparer. Je dis souvent que le rire, c'est comme les essuie-glaces: dans la pluie du malheur, ça n'arrête pas les gouttes, mais ça permet d'avancer.

Quel enfant étiez-vous?

Gérard Jugnot: J'ai toujours eu une espèce d'anxiété métaphysique. Tout petit déjà, j'étais un peu angoissé et taciturne. Je ressentais ce vertige d'exister. Le rire pour moi a été une manière de fuir ces questionnements et d'avancer coûte que coûte, sans regarder le vide. À mon âge, je n'ai toujours pas trouvé de solutions à ces interrogations et je n'ai pas plus de réponses qu'à 8 ans, mais je me suis bien marré.

Que vous ont transmis vos parents?

Gérard Jugnot: L'honnêteté, le sens du travail, des valeurs. Ce n'étaient pas des intellectuels, ils n'étaient pas cultivés. J'aurais aimé qu'ils me transmettent Shakespeare, Buster Keaton ou la littérature. Ils m'ont transmis le carpe diem, la gourmandise et le cholestérol! C'étaient des gens qui soignaient leurs inquiétudes de cette manière. Mon père ne comprenait pas bien pourquoi je faisais du cinéma. Il me disait toujours de ne pas m'emballer. C'était son expression. Ses doutes ont été un moteur. C'est probablement pour cela aussi que j'ai toujours essayé de faire des films qui pourraient plaire à des spectateurs comme mes parents. Je déteste l'élitisme. Mon père s'est aperçu que j'avais un peu réussi quand Drucker m'a invité à Vivement dimanche, dans les années 2000. Pour lui, ça a été une consécration.

Comment la mort brutale, l’an dernier, de Michel Blanc, pilier de la troupe du Splendid où vous avez débuté, vous a-t-elle affectée?

Gérard Jugnot: On ne s'y attendait pas du tout et ça a été un choc. C'est un gros maillon de la chaîne qui disparaît: la troupe du Splendid moins un… Je viens de tourner avec Thierry (Lhermitte, NDLR) et on a beaucoup parlé de ça, bien sûr. Le mieux que nous puissions faire est d'essayer de continuer à vivre le plus intensément possible, en pleine conscience.

De quelle manière ressentez-vous le temps qui passe?

Gérard Jugnot: C'est marrant car, récemment, en terminant la réalisation de mon dernier film (intitulé Mauvaise Pioche, sortie prévue en 2026, NDLR), je me disais que les tournages étaient un peu comme la vie. Ça passe à toute pompe et en même temps, quand je réfléchis à tout ce qu'on a fait en huit semaines, c'est énorme. Quand je regarde un peu en arrière, je me dis que je me suis offert des dizaines de panoplies, de scout, de policier, de SDF, de père, de grand-père, de mari, et que tout cela est passé bien vite. J'ai la chance que ça continue. Finalement, je n'ai jamais autant travaillé qu'aujourd'hui et j'en suis très heureux.

De quoi êtes-vous le plus fier?

Gérard Jugnot: Je suis ravi que des films que nous avons tournés dans les années 1980 perdurent. Que les gens continuent à éprouver du plaisir devant Le Père Noël est une ordure, Les Bronzés, Pinot simple flic ou Scout toujours me réjouit. Ce sont des films qui vieillissent bien. Je ressens aussi une petite satisfaction à avoir pris une revanche sur un certain cinéma qui nous regardait de haut. Aujourd'hui, des films consacrés à l'époque sont tombés dans les oubliettes. En réalité, je n'ai pas l'esprit de revanche, mais je dois avouer que cela me fait sourire.

film jugnot Dézoomer

Y a pas de réseau, d'Édouard Pluvieux

 Deux jeunes enfants en vacances dans un gîte en pleine forêt déjouent les plans de deux malfrats un peu débiles, cherchant à faire sauter une antenne relais pour couper le réseau internet. On pense beaucoup à Maman, j'ai raté l'avion devant cette comédie où les gamins malins donnent une bonne leçon aux vilains crétins. Mention spéciale aux seconds rôles portés par Bernard Farcy et Zabou Breitman, hilarants en gendarme dépassé et en bourgeoise perchée. Un excellent moment pour toute la famille.

Y a pas de réseau, d'Édouard Pluvieux. Sortie le 6 août

Les grandes dates de la biographie de Gérard Jugnot

1951 Naissance le 4 mai à Paris.

1962 Il entre au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) où il fait la rencontre de ceux qui formeront la troupe du Splendid.

1978 Les Bronzés lance sa carrière.

1982 Le Père Noël est une ordure lui apporte la reconnaissance du public.

2002 Il réalise Monsieur Batignole, son dixième film et un succès, régulièrement rediffusé à la télévision.

2004 Il joue dans Les Choristes, film phénomène avec plus de 8 millions d'entrées.

2025 Sortie de Y a pas de réseau.

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