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"Faut qu'on parle!": "J'ai l'impression qu'on se connaît depuis longtemps tant l'échange est fluide"

Notre journaliste, Agnès Duperrin, a participé samedi 22 novembre à l'opération "Faut qu'on parle!", qui consiste à faire se rencontrer des personnes qui ne pensent pas pareil. Elle nous raconte sa rencontre avec Nathalie à Auray (56). Toutes les deux espèrent bien se revoir après leur première rencontre.

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J'ai mis mon pull rose pour être tout de suite repérée dans le très chaleureux "Ailleurs café" près du Port de Saint-Goustan, à Auray, où nous nous sommes donné rendez-vous. Elle arrive quelques minutes après moi et me rejoint sans hésiter. Grand sourire, poignée de main, c'est parti pour "Faut Qu'on Parle", l'opération initiée par le Fonds Bayard, soutenue par Notre Temps, qui consiste à faire se rencontrer des gens qui pensent différemment. Nathalie ne se souvient plus très bien comment elle a connu cette initiative, une connaissance lui a envoyé un lien, mais ça l'a tout de suite intéressé. "C'est vraiment une bonne idée, parler avec un inconnu, échanger des idées…"

L'inconnue, c'est moi. Nous passons quelques minutes à nous présenter. Elle me raconte son parcours, son travail dans une association destinée à l'insertion professionnelle qui la passionne, c'est évident. Elle est volubile. Il faut dire que je pose pas mal de questions: découvrir cet univers à deux pas de chez moi, c'est une chance! Déformation professionnelle aussi, mais je ne dirai qu'à la fin de notre rencontre que je suis journaliste à Notre Temps

Nous parlons de notre région que nous aimons beaucoup, le Morbihan. Puis nous reprenons la fiche envoyée par l'algorithme qui a matché nos profils, sur laquelle sont pointés les sujets qui nous rassemblent et ceux qui sans doute nous opposent… Nous sommes en phase, cela se confirme vite, sur les valeurs auxquelles nous tenons -entraide, engagement, solidarité, respect de l'environnement-, en plus d'un tempérament plutôt positif. Nous ne nous y arrêtons pas, le plus intéressant est de creuser nos points de divergence n'est-ce pas?

À l'écoute des arguments de l'autre

On attaque avec l'intelligence artificielle. Va-t-elle nous rendre plus bêtes? Non, pense Nathalie, "à condition que nous soyons bien formés pour l'utiliser à bon escient, c'est-à-dire que nous sachions vérifier les sources, jamais donner d'informations personnelles…". J'ai répondu, "Oui… sauf si nous savons bien l'utiliser"! Fou rire entre nous deux: en fait, nous sommes alignées sur la réponse, nous avons donc trompé l'algorithme! Sur le thème "Faut-il voter pour les extrêmes pour que tout change?", en revanche, nous ne nous accordons pas. Il faut plus d'ordre, de respect des enseignants, des médecins, des pompiers, et pour cela notre société a besoin d'un électrochoc, pense Nathalie. Je suis dubitative et même inquiète d'un régime trop autoritaire. Nous échangeons longuement sur le sujet, écoutant avec attention les arguments que l'une et l'autre exprime avec conviction.  

Sujet suivant: doit-on se passer de viande pour lutter contre le changement climatique? Là aussi, nos avis divergent. Elle s'en régale et ne souhaite pas sans passer. Je suis végétarienne depuis des décennies! Nouvel éclat de rire. Pour autant, Nathalie précise faire attention à une consommation modérée qui privilégie la viande locale élevée en plein air. J'explique ma découverte de l'impact de l'élevage sur la biodiversité et le climat: ne plus manger de viande me parait une façon simple d'agir pour limiter mon impact environnemental. Et que dire des conditions de vie des animaux d'élevage? "J'essaie de m'en accommoder", reconnaît mon binôme avec franchise. J'abonde: nul n'est irréprochable en matière de futur souhaitable, je connais bien mes propres limites…

Nous passons encore en revue la question des retraités, "sont-ils privilégiés?", et l'encadrement des loyers "bonne ou mauvaise idée?" Avec spontanéité et sans tabou, nous déroulons nos arguments calmement, dans ce café dans lequel peu de consommateurs s'arrêtent aussi longtemps que nous. J'ai l'impression que nous nous connaissons depuis longtemps tant l'échange est fluide et sympathique! Cela fait déjà 1h30 que nous discutons en buvant notre thé. Je lui demande si elle accepte que je raconte notre échange pour Notre Temps. Elle sourit, découvrant ma profession: "Je trouvais bien que tu étais très à l'écoute, je comprends mieux pourquoi tu m'as demandé si tu pouvais prendre quelques notes!" C'est que nous sommes passées au tutoiement depuis un petit moment. "Il est temps de nous prendre en photo. Et ce serait sympa de se revoir", suggère Nathalie. Bonne idée!

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