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Faut qu'on parle: et si vous échangiez avec quelqu'un qui ne pense pas comme vous?

Notre Temps rejoint La Croix, le Fonds Bayard-Agir pour une société du lien et d’autres médias pour la deuxième édition de "Faut qu’on parle". L’opération, qui aura lieu le 22 novembre prochain, a pour vocation de favoriser le dialogue et de recréer du lien.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°672

95% des participants ont été heureux de la discussion, 75% sont restés en contact

Le 23 novembre 2024, Bruno a passé plus d'une heure dans un bistrot à la gare de Lille avec Amandine; Xavier-Marie et François se sont rencontrés dans un café à Figeac; Sophie et Rolando, eux, c'est à Nantes qu'ils se sont vus. Leur point commun? Aucuns d'entre eux ne se connaissaient, et leurs opinions divergeaient sur bien des sujets. Leurs chemins ne se seraient probablement jamais croisés s'ils n'avaient pas eu l'idée de participer à la première édition de "Faut qu'on parle", organisée par La Croix, le Fonds Bayard-Agir, d'autres médias et aussi cette année, Notre Temps. Les chiffres à l'issue de l'édition 2024 sont éloquents: 95% des participants ont été heureux de la discussion, 75% sont restés en contact avec leur interlocuteur, et 95% veulent réitérer l'expérience.

À l'heure où la conversation devient un art délicat, nous avons souhaité rejoindre cette belle initiative.

Ils témoignent de leur expérience

"Elle a partagé ses préoccupations de jeune adulte avec moi" Bruno, 83 ans, avec Amandine, à Douai (59)

"J'ai passé 1h15 dans un café à la gare de Lille avec Amandine, une jeune femme de cinquante ans de moins que moi, arrivée à vélo (j'étais venu en train). Nous avons pris une consommation, et nous avons partagé l'addition sans hésitation (ma femme me l'avait conseillé). Au contraste des idées a répondu un échange avec écoute réciproque, et une curiosité saine et franche. La confiance s'est vite imposée. Mon âge avancé a joué dans les confidences. J'avais l'impression qu'Amandine parlait à son grand-père, qu'elle partageait ses préoccupations de jeune adulte: son avenir sur une planète à la dérive, avec ou sans enfants, un conflit avec un proche, qu'elle regrette, des placements d'argent… De mon côté, j'ai été sensible à son souci de m'exposer clairement son engagement, à son écoute sur des sujets comme la succession et l'impôt sur la fortune. Se rencontrer ainsi loin des réseaux sociaux a été formidable, ça me fait encore réfléchir un an après (rires)."

"Nous avons sagement évité certains sujets…" Xavier-Marie, 64 ans, avec François, à Figeac (46)

"J'ai rencontré François, dix ans de plus que moi, dans un café de Figeac: contact sympathique, discussion ouverte pour cet exercice un peu biaisé, dans la mesure où nous savions dès le départ que nous avions des points de désaccord mais que nous étions dans un état d'esprit où nous n'allions pas en venir aux mains (rires). C'est confirmé, nous étions tellement sur deux planètes différentes qu'à l'arrivée, rien de ce que nous avons pu nous dire n'a, je crois, changé les opinions de l'autre. Nous avons abordé beaucoup de sujets, tout en en évitant sagement certains. Sur l'avortement, par exemple, car je suis sûr que nous avons des avis opposés dessus, et mes réactions auraient sans nul doute été davantage à fleur de peau… Je retire de cette initiative le sentiment que nos opinions, si argumentées soient-elles, relèvent souvent de la conviction intime, voire de la croyance, et qu'on peut s'en parler…"

"Nos montres nous ont rappelés à l'ordre!" Sophie, 61 ans, avec Rolando à Nantes (44)

 "J'étais curieuse de rencontrer Rolando, moi sexagénaire, lui, un peu plus jeune, curieuse de ma capacité à écouter vraiment, sans glisser dans la tentation de convaincre. C'était ma plus grande crainte. Ce que je savais de lui m'a tout de suite rassurée. Rolando aimait lire et écrire. J'étais en "lieu sûr", quelles que puissent être ses opinions. Nous avons échangé de façon fluide, agréable et respectueuse sur des positions qui, quand on prenait le temps de creuser, n'étaient pas si éloignées. Nous divergions davantage sur la forme que sur le fond. J'en retire le bienfait de laisser le temps de développer intégralement un point de vue. Au bout de deux heures et demie, nous nous sommes quittés parce que nos montres nous ont rappelés à l'ordre… Nous nous sommes donné des nouvelles quelques mois plus tard. Je conseille cette expérience à chacun, elle prouve qu'on peut échanger sans vouloir convaincre ou avoir raison, et accepter des différences de points de vue."

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