Didier Varrod: "Dans les festivals de musique, on vit des émotions rares"
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°668
La lecture de cet article est réservé aux abonnés
Se connecter
Avec plus de 4000 festivals de musique par an, la France s'est affirmée comme un géant européen dans ce domaine. Grand spécialiste de ces événements culturels qu'il parcourt depuis des décennies, Didier Varrod retrace l'histoire de leur essor et les défis auxquels ils sont désormais confrontés. En tant que producteur et animateur de nombreuses émissions, il continue, à 64 ans, de mettre en lumière de nouveaux artistes, tout en célébrant les anciens – avec des séries sur Charles Trenet ou Claude Nougaro, des documentaires sur Véronique Sanson et Renaud, par exemple. Aujourd'hui, Didier Varrod est directeur musical des antennes du groupe Radio France et programmateur de l'Hyper Weekend Festival qui se tient depuis quatre ans à la Maison de la Radio et de la Musique, à Paris. Pour lui, les grands festivals convoquent toutes les générations, et permettent à de vieux fans de rock de découvrir des pépites du rap ou aux plus jeunes de voir sur scène des artistes de légende qui nous sont familiers. Suivez le guide!
La France est-elle, selon vous, une nation de scène rock?
Didier Varrod: Notre pays est incontestablement une terre de festivals de musique, aujourd'hui le premier en Europe, ce qui contribue à la puissance culturelle de l'Hexagone. C'était loin d'être évident il y a une cinquantaine d'années. De nombreuses tentatives de création de festivals ont échoué dans les années 1960 et 1970, à l'exception du Printemps de Bourges, en 1977. Il est possible de situer le déclic à 1981 et à l'arrivée de la gauche au pouvoir. Les grands festivals, toujours en activité aujourd'hui, datent de cette période. C'est notamment le cas des Francofolies de La Rochelle, en 1985, et des Eurockéennes de Belfort, en 1989, deux rendez-vous incontournables. Les années 1990 et 2000 ont aussi été riches en créations.
Quels sont les festivals estivaux incontournables dans l’Hexagone?
Didier Varrod: Il est difficile de trancher tant ces derniers sont nombreux. Je suis particulièrement attaché au Festival Fnac Live, un évènement musical gratuit créé en 2011, qui se déroule chaque été à Paris sur le parvis de l'hôtel de ville et dans les salons de la mairie. Il donne le top départ de la saison. Je citerai ensuite les Eurockéennes de Belfort, qui prennent leurs quartiers chaque premier week-end de juillet sur la presqu'île du Malsaucy, un cadre naturel exceptionnel entouré de deux plans d'eau. On y abandonne son statut, sa condition sociale et l'on y vit des expériences musicales, culinaires, émotionnelles rares. Et comment ne pas mentionner les Francofolies de La Rochelle! Sa programmation – 100 % francophone – représente un formidable tremplin pour les jeunes talents. N'oublions pas les Vieilles Charrues, créés en 1992, le plus grand rendez-vous musical de France qui propose une diversité impressionnante. L'ancrage breton revendiqué est une réalité à travers la scénographie, la gastronomie et l'engagement pour la langue de la région. Enfin citons la Route du Rock, à Saint-Malo, avec sa programmation rock implacable, Rock en Seine, sur le parc de Saint-Cloud, les Nuits de Fourvière, à Lyon, ou encore le très beau et convivial festival Beauregard à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen.
Et les principaux ingrédients de la réussite?
Didier Varrod: Le bon dosage tient du casse-tête. Un festival ne doit pas renoncer à son identité d'origine, tout en parvenant à se réinventer. Les Francofolies, les Eurockéennes et le Printemps de Bourges, par exemple, ont réussi à relever ce défi. D'autres n'y sont pas parvenus, en voulant réaliser le grand écart et en formulant des propositions musicales contradictoires. Il est nécessaire de ne pas se contenter de proposer des têtes d'affiche mais d'être présent aussi sur d'autres tableaux avec de la gastronomie, des fêtes, des conférences… We Love Green, à Paris, au début du mois de juin, en parallèle de l'offre musicale très riche, accueille par exemple des ateliers, des débats sur l'écologie, etc. D'ailleurs, un peu partout, le profil des festivaliers a changé. Il y a vingt ou trente ans ils étaient de purs amateurs de musique. Aujourd'hui, bon nombre de participants sont des touristes qui viennent non seulement assister à des concerts, mais aussi découvrir une région, un patrimoine…
Comment parler à toutes les générations?
Didier Varrod: Là encore, il n'est pas simple de satisfaire à la fois des jeunes en quête de sensation et de radicalité, et un public plus âgé qui aspire légitimement à son confort et sa sécurité. Les études récentes démontrent d'ailleurs que les jeunes générations ont tendance à bouder les manifestations "généralistes" et à privilégier les événements qui rassemblent leurs communautés, dans une logique de tribu. Lorsque le festival dure plusieurs jours comme les Francofolies, la programmation est déclinée de façon verticale, par jour. Un jour plutôt dédié aux artistes populaires, un jour à la culture rap au sens large du terme, un jour sur les succès de l'année… Pour l'Hyper Weekend Festival, que j'organise depuis quatre ans à Radio France, j'ai à cœur d'imaginer une programmation audacieuse mais non excluante. Lors de la dernière édition, nous avons fait cohabiter le même soir le groupe Terrenoire et une création autour du répertoire du chanteur Renaud. Le lien? des artistes engagés, même s'ils ne se ressemblent pas.
À quelles difficultés ces événements font-ils face aujourd’hui?
Didier Varrod: Avec le dérèglement climatique, les épisodes de canicule et de tempête se multiplient. Les festivals doivent faire face à des primes d'assurance qui montent en flèche. L'inflation post-Covid a également laissé des traces sur les modèles économiques. Autre difficulté: l'explosion des cachets des artistes, notamment internationaux, qui jouent la surenchère et la concurrence entre festivals. C'est d'ailleurs pourquoi les bénévoles sont la colonne vertébrale de nombreux événements. Même si l'on ne dispose pas de chiffres précis sur le sujet, sans eux, nombre de manifestations ne pourraient tout simplement pas se dérouler ; l'organisation serait bien plus compliquée et coûteuse. Le célèbre festival de metal Hellfest, organisé à Clisson en Loire-Atlantique, mobilise près de 5000 bénévoles chaque année.
Et vous, quelles grandes émotions avez-vous vécues en festival ?
Didier Varrod: J'ai une quantité astronomique de souvenirs marquants. J'évoquerai le concert du groupe Kompromat aux Eurockéennes de Belfort en 2019. Ils ont proposé une performance exceptionnelle, chantée en allemand, une immersion dans une électro sombre et intense, tard dans la nuit, sous une chaleur suffocante, face au lac. Et puis un concert de Véronique Sanson aux Francofolies de La Rochelle, il y a plusieurs années. Le vent balayait la scène. Il a fallu utiliser des pinces à linge pour faire tenir les partitions des musiciens. Il s'en dégageait un lyrisme étonnant. Magique!
Le guide du parfait festivalier
Planifier
• Choisissez vos concerts à l'avance et repérez les scènes. Certains sites sont immenses, il est préférable d'avoir une idée de son itinéraire.
• Vérifiez les horaires et pensez aux éventuels temps de déplacement entre les scènes.
• Téléchargez l'application du festival si elle existe. Elle aide à suivre les mises à jour en temps réel.
S'équiper
• Il n'est pas toujours facile de trouver une place pour s'asseoir entre deux concerts. Certains festivals vous autorisent à venir avec une petite chaise pliante. Renseignez-vous.
• Une bonne paire de chaussures, et vos pieds vous diront merci…
• Une tenue adaptée à la météo (vêtements de pluie, casquette ou chapeau…). • Une gourde réutilisable (de nombreux festivals offrent des points d'eau gratuits).
• Une batterie externe pour recharger votre téléphone, si vous voulez joindre vos amis!
Côté festivals, le jazz n'est pas en reste pendant la saison estivale.
Programme des réjouissances.
Jazz in Marciac
Un rendez-vous incontournable qui se déroule chaque été à Marciac, dans le Gers, et propose une programmation prestigieuse (du 21 juillet au 7 août). Jazz à Vienne
Organisé dans l'amphithéâtre romain de Vienne (Isère), ce festival propose une diversité de styles, du jazz classique au jazz fusion (du 26 juin au 11 juillet).
Jazz à Juan
L'un des plus anciens festivals de jazz en France, situé à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes), dont la programmation rend hommage aux légendes du jazz (du 10 au 20 juillet)
. Nice Jazz Fest
Cet événement majeur mêle jazz et influences modernes, avec des concerts en plein air dans un cadre exceptionnel (du 24 au 27 juillet).
Paris Jazz Festival
Au cœur du parc Floral de Paris, ce festival met en avant des artistes internationaux et émergents (du 25juin au 7 septembre).
Prolongez votre lecture sur le sujet :
Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu !
Commentaires (0)