Comment faire bon usage des antidouleurs en cas de douleurs articulaires?
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps Santé & Bien-Être
Le paracétamol: à petite dose
Comment prendre le paracétamol? Mode d'emploi
Bien qu'il s'agisse d'un médicament ancien, on ne connaît pas tout de ses modes d'action. "Une fois transformé par le foie, le paracétamol agirait sur certains récepteurs de la douleur (les récepteurs cannabinoïdes), bloquant la remontée du message douloureux jusqu'au cerveau. Il augmenterait aussi la concentration en endorphines, des antidouleurs endogènes produits par notre cerveau", explique le Pr Authier, psychiatre et pharmacologue. Le paracétamol, premier antalgique consommé en France, agit en 20 à 30 minutes et son efficacité dure de quatre à six heures.
Sous quelle forme?
"En comprimé pelliculé ou effervescent, en gélule ou en poudre, son efficacité et sa durée d'action sont les mêmes", indique notre spécialiste. En situation d'urgence, il peut être administré par voie intraveineuse.
Le bon usage: posologie et dosage à ne pas dépasser
La posologie est de 3 g par 24 heures en automédication (4 g sur prescription), en attendant au moins 4 heures entre deux prises. "Si les douleurs n'ont pas régressé après deux ou trois jours, il est inutile de continuer. Le paracétamol n'est pas efficace sur les inflammations (poussées d'arthrose) mais il peut soulager les lésions mécaniques (douleurs arthrosiques en dehors des poussées inflammatoires)."
Les effets indésirables du paracétamol
En cas de dépassement des doses recommandées ou de prises trop rapprochées, il existe des risques d'intoxication hépatique. "Pour se protéger des effets toxiques du paracétamol, le foie produit des molécules de dégradation. Si celles-ci doivent être fabriquées en trop grande quantité en raison d'un surdosage de paracétamol, elles deviennent à leur tour toxiques pour le foie", expose le Pr Authier. Les patients dont cet organe fonctionne mal (hépatite, foie gras, personnes âgées), qui boivent trop d'alcool ou ont une alimentation déséquilibrée sont plus à risque, même en respectant les doses.
En pharmacie: Doliprane, Efferalgan, Dafalgan, etc
L'ibuprofène, anti-inflammatoire non-stéroïdien (AINS): avec prudence
Comment ça marche?
Comment ça marche? Cet anti-inflammatoire non-stéroïdien (AINS) en vente libre peut soulager les douleurs articulaires de type inflammatoire. "L'ibuprofène agit en s'opposant à l'action des prostaglandines, des molécules qui stimulent l'inflammation et sensibilisent les nerfs à la douleur, notamment", indique notre spécialiste.
En pharmacie: Advil, Nurofen, Antarène, etc.
Sous quelle forme?
Il peut se prendre par voie orale ou topique (crème, gel), "mais sans cumuler les deux: même appliquée localement sur la peau, la molécule diff use dans le sang, donc dans tout le corps", prévient le Pr Authier. Sur une douleur arthrosique, la forme topique est rarement efficace, car elle ne pénètre pas assez en profondeur, mais elle peut soulager une entorse.
Le bon usage
La posologie journalière maximale est de 600 à 1 200 mg. "Le mieux est de commencer par 200 mg trois fois par jour, toutes les huit heures. Si cela ne suffi t pas, la dose peut être doublée, à voir avec votre praticien."
Des effets indésirables
La prise d'ibuprofène ne doit pas durer plus de cinq jours (idéalement, pas plus de trois jours). "Au-delà, on s'expose à des troubles gastriques. En effet, les prostaglandines protègent également la muqueuse de l'estomac. En inhibant leur action, l'ibuprofène prive ce dernier de leur protection, ce qui peut conduire à la formation d'un ulcère. Il est aussi susceptible d'être toxique pour les reins ou de provoquer une hypertension", alerte le médecin. Enfin, les interactions entre ce médicament et des anticoagulants augmentent sensiblement le risque de saignements internes (gastro-intestinaux, cérébraux ou pulmonaires).
Les opioïdes: sous grande surveillance
Comment ça marche ?
Les antalgiques opioïdes sont des dérivés de l'opium, ils regroupent six molécules : le tramadol, la codéine, la poudre d'opium, la morphine, l'oxycodone et le fentanyl. "Les opioïdes viennent se fixer sur les récepteurs mu (μ) de la moelle épinière, ce qui bloque le message douloureux venant des nerfs périphériques. Le tramadol a un effet supplémentaire; il favorise une concentration élevée en sérotonine et noradrénaline dans certains neurones, qui vont ainsi contribuer à stopper la remontée des informations douloureuses jusqu'au cerveau", détaille le Pr Authier.
En pharmacie: Dicodin, Moscontin, Oxycontin, Topalgic, etc.
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Sous quelle forme?
"Par des dispositifs à libération prolongée (comprimés, patchs) pour un traitement de fond, ou à libération immédiate (cachets à faire fondre sous la langue, pulvérisations nasales…) pour une action rapide sur un pic douloureux", décrit le Pr Authier.
Le bon usage
Pour les douleurs articulaires, souvent chroniques, un traitement aux opioïdes est déconseillé, "car il sera moins efficace avec le temps et surtout, il expose à un fort risque de dépendance, insiste le Pr Authier. On peut toutefois utiliser des opioïdes dans des situations particulières, par exemple, dans l'attente d'une prothèse quand les douleurs sont lourdes, ou en postopératoire pour une courte durée". Dans tous les cas, il faut respecter la posologie à la lettre et ne jamais réutiliser des opioïdes en automédication.
Les effets indésirables
Le principal est la dépendance physique, plus ou moins rapide et intense selon les individus. "Le patient a besoin de doses de plus en plus importantes pour soulager ses douleurs, ce qui lui fait courir le risque d'une overdose et d'un arrêt respiratoire. Et quand il veut se sevrer, il éprouve un syndrome de manque." Une dépendance psychologique peut aussi advenir: le besoin irrépressible de consommer des opioïdes, indépendamment d'une douleur à soulager.
Nos experts
Pr Nicolas Authier, psychiatre et pharmacologue spécialiste de la douleur, directeur de l'Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma).
Pr Roland Chapurlat, chef du service de rhumatologie et pathologie osseuse de l'hôpital Édouard-Herriot, Hospices civils de Lyon.
Anaëlle Davy, infirmière ressource douleur pour le Comité de lutte contre la douleur (Clud) au sein du CHU de Rennes.
Dr Alain Gahagnon, médecin algologue au Centre de la douleur du Pôle santé sud au Mans, coauteur, avec Martin Winckler, de Tu comprendras ta douleur (éd. Fayard).
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