Cédric Sapin-Defour: "‘Son odeur après la pluie’ a fourni à mon épouse des raisons de s’estimer"
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°669
La lecture de cet article est réservé aux abonnés
Se connecter
Comment va votre épouse aujourd’hui?
Cédric Sapin-Defour: Au regard des pronostics des médecins le jour de l'accident, c'est une conquête miraculeuse. Mathilde peut marcher, communiquer et même éprouver la joie profonde d'être en vie. Évidemment, si nous pensons à notre vie d'avant, de sportifs, d'aventuriers, nous qui aimions prendre des risques, ça demeure triste et frustrant. Tout dépend de notre référent.
Que pense-t-elle de ce récit qui la touche au plus près?
Cédric Sapin-Defour: Elle l'a lu et, au fur et à mesure de sa lecture, je l'ai vue grandir car ce récit lui a fourni des raisons de s'estimer. Après une telle épreuve, le plus grand handicap, c'est la perte de confiance en soi. Ce qui la protège, c'est qu'elle n'a aucun souvenir de sa chute. Tomber du ciel, c'est une peur fondatrice pour nous tous. Je craignais que le texte fasse resurgir l'événement. Ce n'est pas le cas. Elle a pu le lire comme si elle n'était pas exactement l'héroïne de cette histoire.
L’idée d’une injustice est très présente. « Nous n’avons rien fait de mal », dites-vous. Est-ce parce que vous envisagez les épreuves de la vie comme des punitions?
Cédric Sapin-Defour: Je crois que, dans ces moments-là, on a besoin d'une entité à qui adresser des reproches. Même si je ne suis pas vraiment croyant, j'avais besoin d'éléments de compréhension. Comme si ce qui nous arrive de fâcheux devait être nécessairement lié à une faute ou avoir du sens. J'avais déjà écrit cette phrase prémonitoire dans Son odeur après la pluie: "Nous sommes si heureux que ça paraîtrait normal que ce bonheur se termine…" Je me reproche cette phrase aujourd'hui.
Où en étiez-vous de l’écriture de "Son odeur après la pluie" lorsque l’accident est arrivé?
Cédric Sapin-Defour: Peut-être aux deux tiers, mais j'ai cessé d'emblée. Ce texte ne présentait plus aucun intérêt pour moi, j'étais en permanence au chevet de Mathilde. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'au sortir du coma, alors qu'elle avait oublié jusqu'au prénom de sa mère, elle m'a demandé des nouvelles du "livre sur le chien". Comme si elle avait en elle la perception de l'importance qu'il aurait sur notre vie.
Comment avez-vous vécu votre incroyable succès *?
Cédric Sapin-Defour: Jusque-là, je n'avais écrit que des récits de montagne, alors c'était incroyable. Mais j'étais à la fois au centre et à la périphérie de cette aventure. Heureusement, la joie diffusait jusqu'à Mathilde. Le jour où elle a pu enfin m'accompagner à une rencontre avec des lecteurs, j'ai bien vu que ce succès la portait.
* 500000 exemplaires vendus.
Avec le recul, comment voyez-vous l’épreuve que vous avez subie?
Cédric Sapin-Defour: Plus nous avançons dans le temps, plus je vois des vertus à notre aventure, mais c'est plus facile pour moi qui ne souffre pas physiquement. Je voyais la montagne comme une terre de loisirs, aujourd'hui sa seule présence me suffit. Nous étions nomades, aujourd'hui Mathilde cherche une petite maison où nous serions chez nous. Et elle reprend plaisir à la douceur de la neige. Nous sommes très conscients du bonheur d'être en vie, d'être tous les deux amoureux depuis plus de vingt-cinq ans, et de vivre dans un pays confortable. Ça m'a donné une certaine humilité par rapport à mes certitudes d'avant.
Pour aller plus loin
Là où les étoiles tombent, Cédric Sapin-Defour, éd. Stock, 384 p., 22,50 €.
Prolongez votre lecture sur le sujet :
Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu !
Commentaires (0)