Cancers: Je me fais dépister… ou pas?
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°669
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Médecin au CHU de Tours (37), le Pr Claude Linassier sait à quel point un cancer détecté à un stade précoce bénéficie de traitements plus efficaces, plus légers, et laissant moins de séquelles. Désormais directeur du pôle prévention à l'INCa, il rappelle que seuls trois cancers sont la cible d'un dépistage organisé, car les tumeurs sont fréquentes, détectables tôt dans leur évolution, avec un test fiable et des traitements efficaces. C'est le cas pour le sein; le côlon et le rectum; et le col de l'utérus, disposant en France de programmes de dépistages sur invitation de l'Assurance maladie, gratuits sans avance de frais, depuis respectivement 2004, 2009 et 2018.
Le dépistage du cancer colorectal a profité d’une grande campagne d’information en 2025, pourquoi ?
Claude Linassier: Augmenter le taux de participation permettrait de sauver des vies. 17 000 morts par an de ce cancer en France, c'est beaucoup trop! Il évolue lentement et est repérable dès le stade du polype, tumeur bénigne qui, dépistée tôt, permet d'éviter le cancer! Pris tardivement, au stade de métastases, le taux de survie à cinq ans n'est que de 15%. C'est vraiment dommage, d'autant que les actuels tests immunologiques sont précis et faciles à réaliser chez soi. Il suffit de plonger un bâtonnet dans un peu de selles et d'envoyer le prélèvement en analyse. Dans 3% à 4% des cas, si du sang est détecté dans les selles, ce qui ne signe pas la présence d'un cancer, une coloscopie sera réalisée sous anesthésie pour comprendre l'origine du sang.
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Qui peut s’en passer?
Après 75 ans, le dépistage varie selon l'histoire médicale de chacun. Entre 50 et 74 ans, ne pas utiliser le kit de dépistage, gratuit, serait une perte de chance car il détecte la maladie avant tout symptôme. On peut se le procurer auprès d'un médecin, d'un pharmacien, ou le commander sur le site monkit.depistage-colorectal.fr. Trop de personnes ne se sentent pas concernées, à tort…
L’intérêt des mammographies a fait l’objet de discussions entre experts ces dernières années. Pour quelles femmes sont-elles conseillées ?
Claude Linassier: Le dépistage repose sur un examen clinique (palpation…) et une mammographie. Le dépistage organisé proposé de 50 à 74 ans tous les deux ans aux femmes sans symptômes apporte un vrai "plus" comparé au dépistage individuel: la double lecture des clichés, qui permet de repérer 6% de tumeurs supplémentaires. Il faut savoir que ce cancer se développe d'abord in situ, c'est-à-dire à un stade où il n'est pas disséminé hors du sein. On le guérit alors en conservant le sein, parfois sans chimiothérapie. Il s'agit du cancer féminin le plus fréquent (61000 nouveaux cas par an). Parmi les patientes concernées, 90 % sont en vie cinq ans après le diagnostic quand le repérage est précoce, et seulement 26% à un stade évolué de la maladie. Faire l'impasse sur le dépistage peut exposer à un traitement plus lourd. Les radiologues sont formés pour réduire les sensations d'inconfort lors de la mammographie. En 2024, 44% des femmes éligibles ont bénéficié du dépistage organisé, et 15% ont préféré le dépistage individuel: on peut faire mieux!
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Qui peut s'en passer?
Passé 75 ans, il est possible de poursuivre la surveillance avec un dépistage individuel. Le suivi est personnalisé selon les facteurs de risques de chacune, l'histoire familiale, les antécédents de santé. Un examen clinique reste recommandé tous les ans dès 25 ans tout au long de la vie. Enfin on sait qu'éviter alcool, tabac, surpoids et sédentarité limite les risques de maladie.
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Suède, Danemark et Australie pensent éradiquer d’ici 2040 le cancer du col de l’utérus. Et la France?
Claude Linassier: La France aussi, grâce à la conjugaison du dépistage et de la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) proposée dès 11 ans gratuitement aux collégiens, filles et garçons. Comme nos voisins d'Europe du Nord, nous sommes à 60% de participation au dépistage proposé aux femmes de 25 à 65 ans. Là aussi il est possible d'agir au stade précancéreux, en détectant les HPV, virus très fréquents (80% de la population est porteuse, hommes et femmes), capables de rester silencieux longtemps même sans activité sexuelle.
Qui peut s'en passer?
Entre 25 et 30 ans, si les résultats des deux premiers tests cytologiques réalisés à un an d'intervalle sont normaux, un frottis tous les trois ans suffit. Ensuite il n'est pas utile d'en réaliser plus d'un tous les cinq ans jusqu'à 65 ans, avec un test HPV cette fois. Le pic de l'âge au diagnostic est de 55 ans: on a une marge de dix ans avec un arrêt de dépistage à 65 ans. Mais il est possible de poursuivre le suivi, c'est même recommandé en cas de facteur de risque (problème vulvaire, antécédent de conisation…).
Autre dépistage qui ne fait pas consensus, celui du cancer de la prostate…
Claude Linassier: La recommandation ici est internationale: il n'y a pas de dépistage systématique. Les études sont trop contradictoires sur l'intérêt du dosage de PSA, un marqueur peu spécifique de ce cancer. On ne sait pas encore distinguer les formes agressives de celles qui évoluent lentement et sans symptômes… Et la chirurgie peut avoir un lourd impact sexuel et urinaire.
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Qui peut s'en passer?
La majorité des hommes, sauf symptômes ou facteurs de risque identifiés comme des antécédents familiaux, ou une prédisposition génétique: on sait que les personnes ayant la peau noire sont plus fréquemment touchées, avec des tumeurs plus agressives.
Contre le cancer du poumon, un dépistage organisé pourrait être bientôt proposé ?
Claude Linassier: De solides études démontrent qu'il est possible de le détecter avant tout symptôme par un scanner spiralé à faible dose, avec une nette amélioration du pronostic. Ce scanner ne demande pas d'injection d'iode, il irradie peu… une vraie chance pour les personnes à risque, c'est-à-dire les fumeurs ou ex-fumeurs! Le programme pilote "impulsion" codirigé avec l'AP-HP et les Hospices de Lyon, annoncé en 2025, devra déterminer la mise en œuvre de ce futur programme de dépistage national.
Qui pourra s’en passer ?
Surtout pas les gros fumeurs, ceux qui comptabilisent 20 paquets/années dans leur vie. C'est votre cas si vous avez fumé un paquet par jour pendant vingt ans, ou un demi-paquet durant quarante ans!
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Pour faire le point sur les dépistages
• Un site: jefaismondepistage.e-cancer.fr
• Un rendez-vous et une discussion chez votre médecin traitant.
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