Cancer du sein: pourquoi les femmes de plus de 70 ans doivent avoir un meilleur suivi
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Une grosseur qui ne laisse aucun doute et une attente inquiétante… Avec 60 000 nouveaux cas environ chaque année, le cancer du sein reste le premier cancer féminin. En cette entrée dans l'automne, l'opération Octobre rose rappelle que le combat n'est pas encore gagné.
Certes, le cancer du sein sonne aujourd'hui moins comme une sentence qu'il y a cinquante ans. Le diagnostic intervient plus tôt qu'avant, les traitements sont plus précis, individualisés, moins lourds, les chances de survie ont augmenté… Depuis 2004, la France a mis en place un dépistage automatique vaste: toutes les Françaises, entre 50 et 74 ans, sont invitées par courrier à réaliser une mammographie tous les deux ans. Mais il reste beaucoup de trous dans la raquette: moins d'une femme sur deux en moyenne participe à cette campagne nationale. Et beaucoup de femmes plus jeunes et plus âgées sont touchées par cette maladie. Si on entend de plus en plus parler de trentenaires souffrant d'un cancer du sein, il ne faudrait pas oublier à l'autre extrémité de la pyramide des âges les femmes de plus de 70 ans victimes de cette pathologie. Elles pourraient pourtant être mieux dépistées et prises en charge. Pourquoi ne faut-il pas relâcher la surveillance après cet âge et comment mieux les soigner demain? Explications.
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Le cancer du sein touche aussi les femmes de plus de 70 ans
Le sujet n'est certes pas nouveau. Mais mérite qu'on s'y attarde. En 2021, à l'occasion d'Octobre rose, des gynécologues et cancérologues rappelaient dans une tribune l'intérêt du dépistage après 70 ans. En 2025, ce coup de projecteur reste d'actualité. Mais certaines données ont évolué.
Ce qui reste vrai, c'est que contrairement à une idée reçue, les cancers du sein n'épargnent pas les aînées. Aujourd'hui encore, l'âge médian du diagnostic est 64 ans et un tiers de patientes touchées par un cancer du sein ont plus de 70 ans. "Deux tiers des décès par cancer du sein surviennent après 70 ans", écrit Catherine Terret, oncogériatre au Centre Léon Bérard à Lyon. Les progrès de la médecine ont permis une diminution de la mortalité par cancer du sein, malheureusement moins marquée pour les femmes de plus de 70 ans." Un dépistage qui doit donc être amélioré à l'avenir, plaident certains médecins.
Pourquoi les femmes de plus de 70 ans sont diagnostiquées tardivement?
Les femmes de plus de 70 ans sont souvent diagnostiquées tardivement. Et cela porte à conséquences: on sait qu'une patiente atteinte d'une tumeur au sein à un stade précoce a plus de 90% de chances de survivre aujourd'hui. Cela implique également des chirurgies moins invasives, des traitements moins lourds, moins longs, moins handicapants...
Ce retard s'explique par un certain nombre de préjugés. Au premier rang desquels, un cancer du sein à cet âge, c'est rare et moins rapide. "On entend fréquemment chez nos patientes âgées, "après 70 ans, je suis tranquille", témoigne Alessandro Viansone, oncologue spécialisé dans le suivi des patientes "gériatriques" à Gustave Roussy (Villejuif). Mais s'il est vrai que les cellules cancéreuses se répliquent plus rapidement à 20 ans qu'à 70, un cancer du sein dépisté à un stade avancé peut évoluer rapidement à tout âge...
On l'a dit, les femmes de plus de 74 ans sortent du dépistage autormatique, ce qui peut renforcer ce préjugé. D'où une interrogation: certains estiment qu'il faudrait que le seuil de 74 ans évolue. Pourquoi cet âge pivot? "On n'a jamais démontré un impact en termes de survie quand on a un diagnostic précoce après cet âge, précise Alessandro Viansone. Mais les études sur lesquelles on s'appuie pour ces recommandations datent des années 2000. Or, les nouvelles thérapies apparues récemment améliorent la survie et ont moins d'impact sur une mauvaise qualité de vie."
Deuxième préjugé négatif: beaucoup ignorent qu'après 74 ans, les femmes peuvent toujours faire une mammographie, mais c'est à leur initiative. Certes, elles ne reçoivent plus d'invitation de la part de la Sécurité sociale, mais chacune peut tout à fait se faire prescrire une mammographie, prise en charge, par son généraliste ou gynécologue. Mieux informer les patientes pourrait améliorer leur prise en charge.
Autre frein à ce dépistage: à cet âge, la ménopause est loin, elles consultent donc rarement un gynécologue... voire plus du tout! D'autant que celles qui ont pu suivre un traitement hormonal de substitution (THS) l'ont en général interrompu avant 70 ans. "Mais les aînées voient beaucoup leurs généralistes, souvent pour d'autres raisons de santé", nuance Alessandro Viansone. C'est donc beaucoup sur les médecins traitants et généralistes que repose ce suivi. Et ils n'ont pas forcément le temps d'examiner la poitrine de leurs patientes.
Enfin, certaines femmes souffrent parfois d'autres pathologies, diabète, ostéoporose, hypertension, qui peuvent minorer la prévention, ignorer ou confondre des signaux d'alerte. Pire, quand la maladie d'Alzheimer ou le déclin cognitif s'invite dans la vie des patientes, elles risquent encore plus de passer à côté des signaux d'alerte.
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Qu'est-ce qui a changé pour ces patientes?
Le profil de ces patientes a évolué ces dernières années. Plus nombreuses, en raison de la pyramide des âges, elles sont également en meilleure santé. Aujourd'hui, une femme de 75 ans peut imaginer vivre sans gros problème de santé encore 10 ans... "On a beaucoup de patientes soixantenaires qui sont en bonne santé et on en aura de plus en plus, pointe Alessandro Viansone. Ce qui doit nous pousser à nous interroger: comment on peut les traiter de façon la plus adaptée?" Car l'approche doit se faire au cas par cas. Et avec des traitements nouveaux, plus efficaces, plus individualisés, on peut sans doute proposer un éventail plus large à ces patientes.
Aujourd'hui, la prise en charge d'une patiente de 70 ans n'est pas forcément la même que pour une femme de 30 ans. Car il faut combiner l'exigence de donner toutes les chances à cette patiente de survivre sans impacte trop sa qualité de vie. "Les anciennes chimiothérapies, longues, sont moins bien tolérées par les femmes de plus de 70 ans, reprend-il. En général, on adapte donc en fonction de l'âge. Mais les nouvelles thérapies (immunothérapie, hormonothérapie, anticorps conjugués) plus ciblées, plus adaptées, moins lourdes, posent moins de problèmes."
Est-ce que la prise en charge des femmes de plus de 70 ans souffrant d'un cancer du sein doit évoluer?
Les médecins doivent donc s'adapter à ce changement démographique, aux nouveaux traitements... mais également prendre en compte les découvertes pour proposer les thérapies les plus adéquates à leurs patientes. Une étude publiée en août 2025 a jeté un pavé dans la mare. En effet, l'étude Aster, publiée dans The Lancet et coordonnée par l'Institut Curie, démontre que l'ajout d'une chimiothérapie à un autre traitement après la chirurgie (hormonothérapie, mais aussi radiothérapie) n'apporte pas de bénéfice significatif de survie chez les femmes de 70 ans et plus atteintes d'un cancer du sein.
Quand on sait combien les effets secondaires d'une chimiothérapie peuvent être handicapants, combien ces séances peuvent être chronophages, ce serait une toute autre approche à proposer aux patientes si elles ne recevaient que de l'hormonothérapie à l'avenir. "Cette étude va peut-être faire évoluer la prise en charge en France: plusieurs centres commencent à se questionner sur la prescription de chimiothérapie pour ces patientes", reconnaît l'oncologue de Gustave Roussy. Une piste qui mérite d'être étudiée par d'autres essais à l'international, mais qui pourrait modifier en profondeur la prise en charge de ces patientes.
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