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Cancer: Ces soins qui aident à mieux le vivre

En oncologie, la prise en charge ne se limite pas aux seuls traitements anticancéreux. Sport adapté, soutien psychologique, art-thérapie… Les soins de support jouent un rôle crucial pour passer l’épreuve de la maladie. Mieux: les études démontrent qu’ils améliorent les taux de guérison.

Cet article est paru dans le magazine Notre Temps , N°671

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Les soins de support, pour une meilleure qualité de vie

Ces dernières années, les taux de rémission et de guérison du cancer ont progressé parce que les traitements (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie, thérapies ciblées, hormonothérapie) sont plus efficaces. Leurs effets secondaires (douleurs, nausées, fatigue…) mais aussi les difficultés induites par la maladie sont également mieux combattus, grâce notamment à ce qu'on appelle les soins de support, qui aident à mieux traverser cette période de grande fragilité. "Ces soins reposent sur une approche globale du patient et visent à lui assurer la meilleure qualité de vie possible", résume la Dre Christelle Besnard-Charvet, gynécologue, homéopathe, coautrice de Plus forts contre le cancer (éd. Robert Laffont, 2020). "Ils font partie intégrante de la prise en charge, en complément des traitements conventionnels spécifiques des cancers, et leur efficacité en termes de survie est démontrée", ajoute le Pr Claude Linassier, directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins à l'Institut national du cancer (INCa). Une validation essentielle pour les crédibiliser, et préciser comment les pratiquer au mieux.

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Traiter une personne malade, et pas seulement une maladie

Depuis sept ans, Vanessa enchaîne de multiples traitements, lourds d'effets secondaires, contre un cancer du sein triple négatif (appelé ainsi en raison de l'absence de récepteurs hormonaux servant à cibler la cellule cancéreuse). Elle trouve la force de supporter cette épreuve grâce à un suivi psychologique et à des séances de sport adapté, dont elle loue l'efficacité. "Le sport me fait beaucoup de bien physiquement, il redonne de l'énergie et il renforce l'estime de soi", explique la quinquagénaire. Quant aux séances chez le psychiatre, "elles sont incontournables, poursuit-elle, car vivre depuis si longtemps avec cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête demande un vrai accompagnement, pour moi comme pour mes proches. Ça a parfois été si dur, j'aurais pu tout abandonner sans ce soutien". Au fil des ans, Vanessa a aussi expérimenté d'autres soins de support: "Les séances d'acupuncture la veille des chimios m'ont aidée à réduire les nausées, et la sophrologie m'a permis de canaliser mes émotions avant des injections que j'appréhendais." Elle s'est également souciée de son esthétique, investissant dans "des vernis au silicium, pour les ongles qui cassent à cause des traitements, un tatouage des sourcils pour redonner de l'expression au regard, une perruque en cheveux naturels pour me sentir plus à l'aise", glissant néanmoins que "bien que ce soit essentiel, ça coûte cher…".

Le reste à charge est estimé entre 1 500 et 2 300€ par an par Cathy Apourceau-Poly. Sénatrice du Pas-de-Calais, elle est la rapporteure de la loi du 5 février 2025 qui vise à améliorer la prise en charge par l'Assurance maladie en cas de cancer du sein: remboursement intégral des actes de tatouage de l'aréole après une reconstruction mammaire, sous-vêtements adaptés à une prothèse… "Un texte nécessaire pour réduire les inégalités de prise en charge", insiste Vanessa, qui regrette que l'accès aux soins de support reste limité, faute de moyens humains mais aussi financiers. "Nous avons justement créé les maisons RoseUp pour aider les femmes à en bénéficier", ajoute Quitterie Brézillon, directrice de la communication de l'association du même nom. Deux maisons, à Bordeaux et Paris, accueillent ainsi des patientes de tous âges, touchées par tous types de cancer, pour un accompagnement gratuit et des ateliers variés: activité physique adaptée (APA), yoga, aide au retour à l'emploi, soutien psychologique…

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Diététique, prise en charge de la douleur, qi gong…

Aujourd'hui considérés comme essentiels, les soins de support se divisent en deux grandes catégories. La première, appelée "panier de soins de support", est un référentiel établi par l'INCa. Il est composé de neuf types de prises en charge, financées totalement ou partiellement par l'Assurance maladie: activité physique adaptée (APA), prise en charge de la douleur, accompagnement diététique, psychologique, social, familial et professionnel, préservation de la fertilité et de la sexualité, mais aussi soutien psychologique des proches, car pour un patient atteint de cancer, ce sont en moyenne quatre personnes qui sont durablement impactées (conjoint, parents, enfants…). La seconde catégorie regroupe des activités complémentaires, moins conventionnelles et généralement aux frais du patient, à moins d'être proposées par le biais d'associations: acupuncture, qi gong, homéopathie, art-thérapie, socio-esthétique, ostéopathie, sophrologie…

Oncologue à l'hôpital privé de Provence, le Dr Jean- Loup Mouysset est l'initiateur en 2001 du premier centre Ressource, à Aix-en-Provence, conçu pour améliorer le bien-être physique et moral des patients, adultes et enfants. Celui-ci vient de devenir le premier centre européen de santé intégrative, c'est-à-dire alliant soins médicaux et thérapies complémentaires. Une équipe de professionnels et de bénévoles y rend accessibles, pendant et après la maladie, des outils pour mieux gérer stress, douleurs, repas, activités du quotidien. Méditation, cohérence cardiaque (apprendre à caler sa respiration sur un cycle régulier), hypnose, massages, danse, groupes de parole… le programme est à la carte et la participation financière libre. "Devenir acteur, ne plus subir, (re) faire des projets, ça change tout, en qualité et en espérance de vie", assure le Dr Mouysset. "Aller mieux physiquement et moralement améliore la réponse aux traitements, et même l'immunité. Se sentir armé contre les effets secondaires augmente l'adhésion aux traitements conventionnels, et leur efficacité."

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Trouver une structure proche de chez soi aide à économiser ses forces. Après celui d'Aix-en-Provence, d'autres centres Ressource ont ouvert à Montélimar, Montauban, Saint-Avold, Reims, Lyon, Marseille, Charleville-Mézières, Gap, Vienne, Épernay, et bientôt Montpellier et Besançon. On peut pratiquer à l'hôpital et en ville du qi gong, de l'art-thérapie, de la méditation ou de l'acupuncture. En dehors des structures officielles de soins de support, il faut alors vérifier que le coach ou le référent bien-être connaît le domaine du cancer et mesure l'impact de l'activité proposée sur les traitements anticancéreux. En parler avec l'équipe médicale est plus que conseillé, comme avant de prendre des compléments alimentaires ou des huiles essentielles. Se souvenir enfin que les soins de support ne s'opposent jamais aux traitements conventionnels: au contraire, ils les optimisent! Pour mieux entamer, demain, une nouvelle étape de vie loin de la maladie.

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… Et ça marche!

Les bénéfices des soins de support sont, de fait, scientifiquement établis. À la Cami (association spécialiste d'activité physique), on fait du karaté une véritable thérapie accessible à tous, avec depuis vingt-cinq ans des résultats confirmés d'étude en étude. La plus récente en 2025, observe, parmi les participants à son programme, une survie à cinq ans de 90,3% contre 83,2% avec un cancer du côlon à haut risque. En 2017, l'INCa relevait lui aussi que l'activité physique diminue la fatigue des patients, et améliore leur qualité de vie ainsi que leur tolérance aux traitements. Au point de réduire le risque de récidive de cancer du sein de 43% (étude Holmes, 2005), et de cancer de la prostate de 57% (Richman et coll., 2011). Selon une autre étude (Barbara Andersen, université de l'Ohio) menée auprès de femmes en rémission de cancer du sein, on peut abaisser le risque de récidive de 50% grâce à des activités alliant gestion du stress, conseils en nutrition, activités sportives et soutien relationnel, à raison d'une séance par semaine pendant un an. Des chiffres confirmés avec un recul de onze ans.

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Des adresses utiles

Cancer.fr, le site de l'Institut national du cancer (INCa), propose des fiches pratiques et des adresses (annuaires des associations, carte des établissements de soins…).

Afsos.org dresse un éventail des soins existants.

Ligue-cancer.net propose des accompagnements de proximité.

Rose-up.fr/accompagner permet de rejoindre les Maisons RoseUp partout en France.

Association-ressource.org répertorie les centres Ressource ayant ouvert en France.

Sportetcancer.com Le site de la CAMI Sport & Cancer, propose des cours de karaté pour les personnes ayant un cancer.

Nos lecteurs témoignent

  • Jules, 59 ans, Paris (75)

"Une lumière rouge qui aide à cicatriser": "Traité pour un cancer de l'amygdale l'hiver dernier, j'ai eu cinq séances de radiothérapie par semaine pendant six semaines qui ont provoqué aphtes, brûlure du cou, et inflammation des muqueuses, j'avais l'impression d'avoir constamment une angine. J'ai pu bénéficier à Gustave-Roussy (Villejuif) d'un nouveau dispositif qui consiste à exposer les tissus endommagés à une lumière particulière qui accélère la cicatrisation. L'effet de cette “photobiomodulation” est assez spectaculaire et sans douleur."

  • Martine, 63 ans, Rueil-Malmaison (92)

"Acupuncture et homéopathie avant les séances": "J'appréhendais tellement les nausées liées à la chimiothérapie que j'en avais avant même la pose de la perfusion! De l'acupuncture la veille des séances conjuguée à de l'homéopathie m'ont aidée à vivre la cure plus sereinement."

Une cure thermale

Dans les Hautes-Pyrénées, les thermes d'Argelès- Gazost sont spécialisés depuis plus de vingt ans dans la prise en charge des lymphoedèmes consécutifs au traitement des cancers du sein, de la prostate ou de la vessie: "La chirurgie peut abîmer des canaux lymphatiques, ce qui fait gonfler les bras ou les jambes, explique la directrice des thermes, Patricia Rozo- Bears. La cure vise à stimuler la circulation de la lymphe pour réduire les gonflements. Nous proposons aussi des séances d'éducation thérapeutique pour apprendre aux patients à adopter les bons gestes. Ils repartent plus détendus et plus autonomes." D'autres thermes (Balaruc-les-Bains, La Léchère, Luz-Saint-Sauveur…) proposent des cures post-cancer (sur prescription médicale et d'une durée de 18 jours, elles sont prises en charge par l'Assurance maladie).

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