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8 conseils pour avoir une discussion sereine avec un proche agressif

Vous prévoyez une explication corsée avec votre mère, fils, beau-père et vous savez que le ton risque de monter? Pour éviter de répéter les mêmes erreurs et pour améliorer vos relations, il est tout à fait possible de muscler votre capacité à gérer l'agressivité de l'autre.

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Un débat qui dégénère, un repas de famille qui se transforme en combat de tranchées? La vie familiale, intime et professionnelle nous met parfois à l'épreuve quand nous ne comprenons pas ou nous nous opposons à nos interlocuteurs. Dans une société de plus en plus polarisée, il n'est pas toujours facile de s'écouter et de se faire entendre. Notre Temps vous propose une expérience unique et originale: rencontrer quelqu'un qui ne pense pas comme vous… et prendre le temps de discuter, vraiment, dans le respect et l'écoute. Pas pour convaincre, mais pour se comprendre. Le nom de cette expérience? Faut qu'on parle. À l'occasion de cette opération "Faut qu'on parle", Notre Temps vous propose une série d'articles qui pourraient vous aider à améliorer votre compréhension, communication et bienveillance. Voici un volet sur comment gérer une personne agressive, un proche comme un inconnu...

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"J'aurais dû lui répondre ça", "pourquoi j'ai dit ça?", "la prochaine fois je ne me laisserai plus faire"… Quand une discussion vire à l'affrontement, il n'est pas évident de garder son calme, d'avancer des arguments rationnels, de privilégier l'empathie sur les propos blessants… C'est pourtant possible, nous rassure Jérôme Palazzolo, psychiatre, qui publie Petit traité de self-défense psychologique, comment gérer l'agressivité*.

Une ressource précieuse pour mieux préparer une altercation et supporter un proche agressif. À condition de se préparer, comme pour une compétition sportive, on peut anticiper, améliorer ses échanges, changer de posture et éviter ainsi de refaire le match dans sa tête. Le psychiatre livre quantité de conseils pratiques dans son dernier essai. Notre Temps en a sélectionné huit qui pourraient vous aider à avoir des relations plus apaisées.

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Connais-toi toi-même!

Vous vous rappelez certainement la devise de Socrate, qui s'applique également si vous espérez renforcer votre self-control. Connaître sur le bout des doigts ses valeurs, ses blessures, ses limites aussi, c'est un préalable pour savoir ce qui peut marcher et ce qui n'est pas acceptable pour vous. "C'est la priorité! prévient Jérôme Palazzolo. Dans un premier temps, il est nécessaire de savoir comment on fonctionne: ses points forts, points faibles..." 

Mais on est rarement un bon juge pour soi-même… Voilà pourquoi le médecin conseille d'interroger ses proches pour savoir quels sont vos principaux défauts et qualités… Une étape pas évidente, mais utile avant d'avoir une expérience de sincérité avec l'autre.

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Anticiper et formuler votre désir

Pour qu'un message soit bien reçu, encore faut-il qu'il soit bien formulé. Mieux vaut donc avoir réfléchi en amont au sujet précis que vous voulez aborder pour ne pas en dévier et exprimer avec des mots compréhensibles par l'autre votre demande. Vous pouvez vous entraîner devant une glace ou en vous filmant pour réviser vos arguments et détailler vos gestes, mimiques, votre langage non verbal… Trop ridicule? Alors jouez la scène dans votre tête. "Plus vous la revivez et plus votre confiance en vous augmente", assure le psychiatre. Comme une pièce de théâtre, vous serez ainsi moins désarçonné et plus clair au moment de demander une augmentation à votre chef ou de négocier avec votre mère pour qu'elle arrête de conduire.

Bien analyser la personne en face

Une fois au clair avec vous-même, on se concentre sur la partie adverse. Quel type de personne agressive est-elle? Quels sont ses reproches habituels? Un préalable pour éviter de répéter les mêmes boucles contre-productives. Et avancer des arguments concrets, qui font mouche, voire des solutions. Physiquement aussi, les signaux non verbaux sont importants à décoder: le rouge aux joues, les mâchoires qui se crispent, les mains qui tremblent... Autant d'indices qui prouvent que la moutarde monte et donc qu'il faut trouver une parade pour apaiser les choses.

Privilégier l'écoute empathique

Une fois la discussion entamée, les mots comptent. Premier conseil: rester concentré sur l'objet de la discussion. Combien de fois une dispute sur un sujet dérive vers d'anciens nœuds non réglés? Si vous sentez que le débat s'éloigne de votre message initial, n'hésitez pas à le recadrer. "Garder l'esprit ouvert, de la souplesse, une présence ici et maintenant", synthétise Jérôme Palazzolo dans son essai. Nul doute que l'autre a peu de chance de se sentir écouté si vous répondez trois fois à votre téléphone pendant l'échange…

"Souvent, l'autre ne veut pas forcément que vous changiez, mais il espère être entendu", prévient-il. D'où une gymnastique exigeante, mais déterminante: quel message se cache sous les mots durs de l'autre? Et si vous estimez que vous êtes en tort, pourquoi ne pas commencer par le reconnaître et s'excuser? "Dire: "j'ai bien entendu ce que tu as dit, je m'en excuse et je vais essayer de modifier les choses", c'est très efficace pour désamorcer la colère que ça soit dans le couple, avec un ami, en voiture, même dans la rue", liste l'expert.

Se poser les bonnes questions

"Quand on a affaire à quelqu'un d'agressif, on a une réponse automatique émotionnelle, précise Jérôme Palazzolo. Et donc des pensées automatiques, pas réfléchies qui s'imposent." Souvent, vous avez envie de fuir, de crier, de blesser. Alors qu'en posant certaines questions: "est-ce que ça vaut le coup que je me batte pour ça?", "Quelles répercussions psychologiques je risque?", il est plus facile de passer des pensées automatiques aux réfléchies et de prendre les bonnes décisions.

Passer par un check-up physique

Pour garder son calme et passer de l'émotionnel au cognitif, se concentrer sur votre corps peut être une aide précieuse, car on peut difficilement être calme dans sa tête et stressé dans son corps!

"Physiologiquement, quand on a affaire à quelqu'un d'agressif, en raison des neurones miroir, on s'adapte et on adopte le même ton agressif", détaille le psychiatre. Mais si vous restez sur l'analyse de vos émotions, vous risquez de perdre de vue l'objectif de l'entrevue. "D'où l'intérêt lors de ce ping-pong de s'auto-observer, avance l'expert. Il faut 3 secondes pour prendre conscience de sa posture, de sa respiration, de sa fréquence cardiaque, des tempes qui tapent, des muscles qui se tendent…" La respiration, comme souvent, est un allié de taille. "Dans un couple quand il y a une forte dispute, on a l'impression d'avoir couru un 400 m, on est essoufflé parce que l'émotionnel prend le dessus, illustre-t-il. Le stress induit par une agression verbale provoque une respiration superficielle et inefficace. Le fait de ralentir, ça permet de poser les choses." 

L'affirmation de soi

"Une fois qu'on connaît ses propres limites, il faut être dans une dynamique d'affirmation de soi, reprend Jérôme Palazzolo. Pour faire part de ses ressentis, de ses droits en respectant ceux de l'autre." Peut-être que cette fois-ci, vous n'allez pas laisser passer les reproches injustes? C'est à vous de savoir quelle est la balance bénéfice/ risque de cette discussion musclée. Et l'expert de synthétiser: "choisissez une expression efficace, sincère et directe de ce que l'on pense, ce que l'on veut, ce que l'on ressent". Avec comme préalable de commencer ses phrases par "je" et non "tu", la base de la communication non violente. Plutôt que de catégoriser votre interlocuteur, vous allez ainsi vous référer à vos interprétations: "j'aurais aimé que", "j'ai l'impression que"…

Autre pilier de cette communication non violente: l'importance du feed back. Souvent, les deux interlocuteurs sont tellement absorbés par leurs émotions qu'ils n'entendent pas bien, ne retiennent pas le bon message. D'où l'intérêt de demander à ce proche si vous avez bien compris sa plainte… et de lui faire répéter quel était votre désir.

Savoir mettre fin à la discussion

S'affirmer, c'est aussi dire stop quand c'est trop pour vous. Le spécialiste invite à mettre un terme à l'affrontement quand les choses s'enveniment. "On peut proposer un report: "on va s'arrêter sinon on va dire des choses qu'on va regretter". Sans pour autant glisser le problème sous le tapis, mais se laisser quelques jours, voire quelques semaines pour faire le tri entre ce qui est utile et contre-productif fera davantage avancer la relation.

Petit traité de self-défense psychologique, comment gérer l'agressivité, Jérôme Palazzolo, Odile Jacob, 17,99 €, février 2025. 

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