Chiffres, variations, HTA... 7 questions sur la tension artérielle
Cet article est paru dans le magazine Notre Temps Santé & Bien-Être
Que signifient les deux chiffres qui mesurent notre tension?
La tension (ou pression) artérielle correspond à la force exercée par le sang, "pompé" par le coeur, sur les parois des vaisseaux sanguins. Elle se caractérise par deux mesures. "La valeur haute, ou pression systolique, est mesurée lorsque le coeur se contracte pour propulser le sang par l'aorte vers les artères périphériques. La valeur basse, ou pression diastolique, est évaluée lorsque le coeur se relâche, ce qui permet aux ventricules de recevoir le sang arrivant dans les oreillettes par les veines caves et pulmonaires", décrit le Dr Adrian Chaboche, médecin généraliste.
Les pressions systolique et diastolique s'expriment en millimètres de mercure (mmHg). "Les tout premiers appareils à mesurer la tension utilisaient une colonne de mercure. Cette évaluation a été conservée par convention médicale, même si les tensiomètres ne contiennent plus de mercure", raconte le médecin. En effet, les modèles automatiques actuels, grâce à leur électronique embarquée, détectent les bruits du flux sanguin et les vibrations de la paroi artérielle. Même plus besoin de stéthoscope!
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Est-ce qu’elle varie beaucoup?
La tension peut connaître des écarts de plusieurs points, selon les circonstances dans lesquelles elle est mesurée. "Elle s'adapte à la nature de nos activités. Ainsi, elle baisse quand nous dormons et s'élève quand nous courons après le bus, afin que nos muscles soient assez oxygénés et puissent fournir l'effort nécessaire", explique notre expert. Le stress, parce qu'il envoie à notre corps le message d'une "menace" contre laquelle il faut se mobiliser, induit aussi une hausse de la tension. C'est ainsi que s'explique le "syndrome de la blouse blanche". "Pendant une consultation médicale, le patient anxieux voit souvent sa tension monter, même si son médecin ne porte pas de blouse blanche!", expose-t-il. D'où l'intérêt, pour une meilleure fiabilité, des automesures à faire au calme chez soi.
C’est quoi une "bonne" tension?
Une "bonne" tension est celle qui n'exerce pas, en permanence, des contraintes trop importantes sur les parois des artères. "Les seuils à ne pas dépasser sont de 140 mmHg pour la pression systolique et 90 mmHg pour la diastolique, lorsqu'elles sont mesurées au cabinet médical. Et plutôt 135 et 85 en automesure à la maison. Car on tient compte de l'effet blouse blanche!", précise le Dr Chaboche. Voilà pour la règle générale… qui peut connaître quelques adaptations.
"Pour les personnes âgées, on peut tolérer une tension à 150 mmHg, car avec le vieillissement, les artères se rigidifient, ce qui fait monter la pression systolique." En revanche, pour un patient ayant déjà connu des événements cardiovasculaires (AVC, infarctus) ou présentant des facteurs de risque cardiovasculaire (hypercholestérolémie, diabète, tabac, etc.), les seuils à ne pas dépasser sont 120/70. Autre caractéristique de la "bonne" tension, un écart de 4 à 5 points entre les deux pressions: "Si la diastolique monte et se rapproche de la systolique, c'est le signe que les ventricules peinent à se détendre. L'hypothèse d'une insuffisance cardiaque doit alors être explorée", prévient le spécialiste.
Pourquoi l’hypertension artérielle (HTA) est-elle une "vraie" maladie?
À force de subir une pression sanguine excessive, les artères s'abîment (rétrécissement, épaississement et rigidification des parois). "À partir du moment où ces dégâts ont eu lieu, toutes sortes de complications peuvent survenir, un peu partout dans l'organisme: AVC, infarctus du myocarde ou de l'intestin, artériopathie des membres inférieurs, insuffisance rénale ou cardiaque, rétinopathie, maladie neurodégénérative, anévrisme", liste le Dr Chaboche. Le principal souci est que la HTA commet le plus souvent ses ravages en toute discrétion.
On estime qu'une personne hypertendue sur deux n'a pas connaissance de son hypertension. "Malheureusement, lorsque des symptômes apparaissent – maux de tête permanents ou culminant le matin au réveil, vertiges, troubles de la vue, palpitations cardiaques, suées, saignements de nez –, c'est le signe que la pathologie est installée depuis un certain temps", explique le médecin. Il peut arriver que ces symptômes se manifestent ponctuellement, lors d'un pic important d'hypertension: il ne faut surtout pas les ignorer et consulter rapidement.
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Quand on souffre d’hypertension, peut-on aussi faire des chutes de tension?
Un patient hypertendu peut souffrir en parallèle d'hypotension orthostatique – sa tension chute brutalement quand il passe de la position couchée ou assise à la position debout. "C'est un phénomène que l'on observe assez souvent chez les personnes âgées: leur traitement antihypertenseur est parfois un peu trop “efficace” et majore leur hypotension orthostatique", avance le médecin.
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Quelle différence entre l’hypotension orthostatique et un malaise vagal?
Les deux phénomènes provoquent une baisse de la tension artérielle, mais par des mécanismes différents. "Le malaise vagal est un réflexe nerveux, souvent déclenché par un stress, une douleur, une chaleur intense ou une émotion forte. Le nerf vague et le système parasympathique sont alors activés, entraînant une baisse de la fréquence cardiaque et une dilatation brutale des vaisseaux, donc une chute de la tension. La personne a des sueurs froides, voit flou, mais cela va rarement jusqu'à la syncope, car elle a en général le temps de s'allonger avant, les jambes surélevées, ce qui fait reculer le malaise", décrypte le Dr Chaboche.
En cas d'hypotension, en revanche, la perte de connaissance est fréquente. "Il s'agit le plus souvent d'une hypotension orthostatique, l'une des plus courantes, touchant une personne âgée. Et là, c'est une mauvaise adaptation du système cardiovasculaire qui est en cause", complète-t-il. On évoque généralement une chute de tension en cas de "coup de barre", alors qu'il s'agit plus vraisemblablement d'un malaise vagal, surtout si la personne est jeune.
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L'hypertension est-elle héréditaire?
L'hypertension est-elle héréditaire? "Sans que l'on sache précisément expliquer les mécanismes à l'oeuvre, le fait d'avoir des parents hypertendus augmente le risque de l'être soimême", indique notre expert. L'âge constitue un autre facteur: si l'hypertension ne concerne que 10% des 18-34 ans, elle touche plus de 65% des plus de 65 ans. "Les habitudes et l'hygiène de vie sont aussi en partie responsables de cette maladie: manger trop salé (aliments transformés), fumer, boire de l'alcool, être en surpoids, être sédentaire (rester assis plusieurs heures par jour sans interruption comprime les artères des jambes)", souligne le Dr Chaboche. Bonne nouvelle, il est possible d'agir sur ces facteurs-là, à la différence de l'hérédité et de l'âge.
Comment savoir si l'on est à risque d'hypertension?
Test: êtes-vous à risque?
Répondez par "oui" ou par "non" aux questions suivantes.
• Avez-vous plus de 50 ans?
• Avez-vous un parent proche (père, mère, frère ou soeur) qui souffre d'hypertension?
• Êtes-vous en surpoids ou obèse (IMC supérieur à 25)?
• Avez-vous une alimentation riche en sel (plats industriels, charcuterie, fromages salés…)?
• Faites-vous moins de 30 minutes d'activité physique par jour, au moins cinq jours par semaine?
• Fumez-vous (régulièrement ou occasionnellement)?
• Consommez-vous de l'alcool plus de deux fois par semaine?
• Vous sentez-vous souvent stressé?
Si vous avez répondu six à huit fois "oui", vous présentez un risque élevé d'hypertension artérielle.
Si vous avez répondu trois à cinq fois "oui", votre risque est modéré.
Si vous avez répondu zéro à deux fois "oui", votre risque est faible.
Nos experts
Dr Adrian Chaboche, médecin généraliste, coauteur, avec Léonard Anthony de Fatigue, et si on apprenait vraiment à se reposer? (éd. Flammarion).
Pr Xavier Girerd, cardiologue, président de la Fondation de recherche sur l'hypertension
artérielle (FRHTA), frhta.org
Pr Olivier Hanon, cardiologue et gériatre à l'hôpital Broca, Assistance publique des hôpitaux de paris (AP-HP).
Dr Jean-François Renucci, médecin vasculaire au CHU de la Timone, à Marseille.
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